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La liqueur de Chartreuse: une longévité exceptionnelle

Bertrand De Nève, directeur de la nouvelle distillerie... (Photo AFP)

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Bertrand De Nève, directeur de la nouvelle distillerie inaugurée la semaine dernière.

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Pierre PRATABUY
Agence France-Presse
ENTRE-DEUX-GUIERS

Elle a plus de 400 ans et se voit encore là dans deux siècles. Forte d'une nouvelle distillerie, inaugurée la semaine dernière, et d'une feuille de route «pour les 200 prochaines années», la mystérieuse liqueur de Chartreuse confirme sa longévité exceptionnelle.

L'histoire de cette entreprise monacale qui remonte à 1605 - le maréchal d'Estrées remet alors aux moines de la Chartreuse de Vauvert, à Paris, un manuscrit révélant la formule d'un «élixir» de plantes médicinales, dont nul ne sait l'origine - n'a pourtant pas été sans cahots.

Dispersés durant la Révolution, expulsés en 1903, les pères liquoristes ont délocalisé un temps leur production à Tarragone, en Espagne, avant de revenir en Isère dans les années 1930. C'est à Voiron, depuis, qu'étaient produites les liqueurs verte et jaune, mises au point en 1764 et 1838 et bues aujourd'hui dans le monde entier, en particulier aux États-Unis, au Japon et en Australie en dehors de l'Europe.

Le chiffre d'affaires de Chartreuse Diffusion, la société qui commercialise les bouteilles depuis 1970 en échange d'une redevance payée aux moines, propriétaires de la recette qu'ils maintiennent secrète, a progressé ces dernières années pour atteindre 17 millions d'euros. «On profite à plein de la mode des cocktails, du retour aux produits authentiques», estime son PDG, Emmanuel Delafon. Selon le magazine britannique Drinks International, c'est la deuxième liqueur la plus vendue au monde, derrière le Campari.

Mais en 2014, un «séisme règlementaire» contraint à un nouveau déménagement. Pour des raisons de sécurité, le stockage ne peut plus se faire sur le site de Voiron, dont une mise aux normes serait trop complexe et coûteuse. «Nous faisons alors un choix d'avenir, celui d'aller ailleurs», poursuit le dirigeant.

Depuis novembre, après 18 mois de travaux et 10 millions d'euros d'investissement, une nouvelle distillerie, la septième de l'histoire des Chartreux, est en activité à Aiguenoire, hameau de la petite commune d'Entre-Deux-Guiers. Un retour aux sources: les moines avaient acheté la parcelle en 1618, le 30 août (jour choisi symboliquement pour l'inauguration, quatre siècles plus tard), avant d'en être chassés en 1791.

Deux moines pour une liqueur

Ils y ont retrouvé leur grange historique, dont la charpente est magnifiquement conservée sous 75 000 tuiles. Deux bâtiments ont été construits: un pour la distillation et la macération, avec alambics de cuivre et cuves en inox; et une cave où s'alignent les tonneaux de chêne, d'une capacité de stockage de deux millions de litres.

Le site est aussi plus proche du monastère fondé en l'an 1084 par Saint Bruno au coeur du massif de la Chartreuse. Et cela tombe bien, car la confection de la liqueur reste l'affaire des moines, même si la PME emploie 70 laïcs.

Deux sont à la manoeuvre: Frère Jean-Jacques s'occupe des 130 plantes entrant dans la composition de la recette, acheminées par sacs de 150 kilos, explique Bertrand De Nève, directeur de la distillerie qui travaille avec lui. Le religieux indique la marche à suivre: distiller d'abord telle mouture, en faire macérer le distillat avec telle autre, etc.

En trois semaines, 42 000 litres sont obtenus et partent en cave, où un autre père liquoriste, Dom Benoit, officie en maître de chai: les liqueurs les plus prometteuses y connaitront un «vieillissement exceptionnellement prolongé» en barriques. La gamme comprend 16 produits.

Secret oblige, le contenu des sacs est codé. Une moitié des plantes provient des Alpes, l'autre du reste du monde, voilà tout ce qu'on peut savoir. Le monastère s'approvisionne directement auprès de cueilleurs et de grossistes, et la société Chartreuse Diffusion paie des factures où le contenu des commandes est masqué, avec une rigueur cartusienne, d'un coup de correcteur liquide...

À l'instar du monastère, protégé par «une zone de silence» dans la montagne, Aiguenoire, où les activités d'emballage et d'expédition doivent arriver en 2020, n'est pas ouvert au public. «On garde la production des moines à l'abri des regards», souligne M. Delafon. Mais les amoureux de la Chartreuse et les touristes qu'elle attire restent accueillis à Voiron.




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