Le concept semble simple: des producteurs de la Rioja veulent inscrire l'endroit précis d'où proviennent leurs raisins sur leurs étiquettes, comme c'est le cas dans plusieurs régions viticoles du monde. L'idée est pourtant loin  de faire consensus puisque le Conseil de la Rioja, le Consejo Regulador de la Denominacion de Origen Rioja, s'y oppose. État de la situation.

Publié le 21 janv. 2017
Karyne Duplessis Piché LA PRESSE

Classement actuel

Tous les vins de la région de Rioja sont regroupés sous la même appellation, qu'ils soient rouges, blancs ou rosés. Les raisins proviennent souvent de différentes sous-régions et de différentes parcelles, puis ils sont assemblés. La provenance des fruits est rarement inscrite sur l'étiquette. Le tempranillo est le cépage-vedette de la région, mais il y en a d'autres.

La Rioja hiérarchise plutôt ses vins selon le temps passé en fûts de chêne. Les mentions Crianza, Reserva et Gran reserva correspondent au temps de vieillissement et dictent le prix des cuvées. Ces vins sont appelés «traditionnels». Ils sont élevés dans des fûts de chêne américain. Ceux dits  modernes» séjournent dans des fûts de chêne français. Ils sont plus concentrés et portent moins souvent les mentions d'élevage.

Classement demandé

Plusieurs vignerons souhaitent s'affranchir du système de classement des vins de la Rioja, qui valorise la durée du vieillissement en barriques plutôt que le terroir où ont poussé les vignes. Ils veulent plutôt inscrire la provenance de leurs raisins sur les étiquettes, comme la sous-région, mais aussi le village et la parcelle où les fruits sont récoltés. Les producteurs souhaitent aussi faire découvrir les autres variétés de raisin, comme le grenache et le graciano, en les vinifiant séparément.

Les vignerons, comme Telmo Rodriguez, s'inspirent de la Bourgogne, de la vallée du Rhône et même du Piémont, où chaque village possède sa propre appellation.

Opposition

Jusqu'ici, le Conseil de la Rioja s'est montré froid à la demande des vignerons. Il craint que l'abandon des mentions Reserva et Gran reserva nuise à l'image des vins de la région. Ce nouveau classement pourrait également désavantager certaines maisons.

Comme c'est le cas en Champagne, bon nombre d'entreprises de la Rioja possèdent peu de vignes. Elles achètent du raisin dans toutes les parties de la région pour en faire des assemblages. «La notion de terroir n'est pas développée dans la Rioja, explique Patricio Brongo. La région est très conservatrice. Les changements sont longs à opérer.» Cette nouvelle façon de faire pourrait en effet dévaloriser les assemblages.

Sortir de l'appellation

Le domaine Artadi fait pression depuis plusieurs années sur le Conseil de la Rioja. Le vignoble n'inscrit plus depuis la fin des années 90 le temps d'élevage en barriques et il indique le nom du village sur ses étiquettes. En décembre 2015, il a décidé de hausser la pression d'un cran. Désigné comme étant un des meilleurs vignobles de la région, il est sorti de l'appellation. Ses vins ne portent plus la mention Rioja.

Le vigneron Telmo Rodriguez milite aussi pour un changement majeur. «On est en train de se réveiller d'un cauchemar, dit-il. On a essayé de masquer le terroir.» Il a publié l'an dernier, avec une centaine de vignerons, un manifeste. Il espère que le Conseil changera d'avis au cours des prochains mois.