Une soixantaine de vignerons en biodynamie débarquent à Montréal la semaine prochaine, dans le cadre d'un salon d'un jour. Ces amants de la vigne cultivée le plus naturellement possible sont tous membres du groupe La renaissance des appellations. Entrevue avec le fondateur du regroupement, le grand vigneron de la Loire Nicolas Joly.

Mis à jour le 27 févr. 2012
Ève Dumas LA PRESSE

La renaissance des appellations a été créée il y a 10 ans avec pour mission de «retrouver la vérité d'un goût original», celui que les appellations devaient protéger.

«Au départ, l'appellation contrôlée était une chose vraie, qui reposait sur un climat et un sol», explique celui qui est titulaire de l'appellation Coulée de Serrant, aujourd'hui monopole de la famille Joly. Les autres vins du domaine, où l'on cultive exclusivement du chenin blanc, sont sous appellation Savennières et Savennières-Roche aux moines. Le domaine fut planté au XIIe siècle par des moines cisterciens.

«Jusqu'aux années 60-70, tous les vins étaient vrais, puis la chimie est venue cogner aux portes des vignerons, leur permettant parfois de tripler leurs rendements, mais au détriment de la santé de la vigne. Depuis, pour compenser, le vin est souvent «corrigé» de toutes sortes de manières au moment de la vinification. On retrouve aujourd'hui près d'un millier de levures aromatiques conçues pour redonner au vin le goût qu'il «devrait» avoir.»

Nicolas Joly classe les vins en deux grandes catégories: ceux qui sont fabriqués par la nature et ceux qui sont fabriqués par la technologie. «Le combat le plus important dans le milieu du vin en ce moment est celui de la vérité du vin. Le consommateur devrait avoir le droit de savoir ce qu'il boit. Si c'est un vin qui est fait avec le moins d'intervention possible, ou si c'est un vin qui goûte le petit fruit rouge parce qu'on lui a ajouté une levure industrielle. Mais attention! Un vrai goût n'est pas non plus nécessairement un grand goût!» prévient-il.

Les principes de la biodynamie

La renaissance des appellations exige avant tout de ses membres qu'ils travaillent selon les principes de la biodynamie, avec des contrôles rigoureux tous les ans. La biodynamie est autant une philosophie qu'un mode d'agriculture. Elle vise à redonner à la vigne et au sol un équilibre, une résistance et une vitalité perdus au fil des traitements chimiques.

«Lorsqu'on est un grand agriculteur, il n'y a pratiquement rien à faire dans le cellier, croit fortement Nicolas Joly, aidé dans le chai par sa fille Virginie depuis plusieurs années.

En 10 ans, La renaissance des appellations est passée d'une dizaine de petits producteurs à près de 200. Elle a été témoin d'un véritable engouement pour les vins plus naturels. Chez nous, les oenophiles s'y intéressent de plus en plus. La visite de La renaissance en 2008, à l'invitation de Slow Food Montréal, était peut-être un peu précoce.

Le regroupement ouvre tranquillement ses rangs à autre chose que du vin. On y trouve pour l'instant un producteur de café et un de chocolat. D'ailleurs, pourquoi la biodynamie est-elle beaucoup plus présente dans le vin que dans la nourriture?

«Parce qu'on goûte et qu'on déguste le vin sans arrêt. Le jour où on commencera à goûter les légumes comme on goûte les vins, il y aura plus d'agriculteurs qui se mettront à la biodynamie», croit M. Joly.

«Reste la question du coût, avoue le vigneron. Mais elle n'est pas insurmontable. La biodynamie coûte plus cher de main-d'oeuvre, mais beaucoup moins cher de produits chimiques. À rendement équivalent, ça ne coûte pas beaucoup plus cher. Le problème est que les vignobles se sont habitués à de trop grands rendements.»

Bref, pour Nicolas Joly: «Small is beautiful!»

Salon de La Renaissance des Appellations, organisé en collaboration avec le RASPIPAV, le 29 février, de 17h30 à 21h (pour le grand public) au Loft Hotel, 334, Terrasse Saint-Denis. Inscriptions: larenaissancedesappellations.eventbrite.ca

Autour du salon

À partir de mardi, on peut profiter de cette manne de vignerons à Montréal en participant à une ou plusieurs des activités organisées autour du salon. Les choix sont déchirants, mais voici tout de même quelques suggestions:

Mardi, à compter de 17h

Le Pullman reçoit une belle brochette de vignerons représentés au Québec par Rézin et Les Vins Alain Bélanger: Ludovic Bonnelle (Domaine du Pech), Dominique Derain (Domaine Derain), Joseph Landron (Domaines Landron), Stéphane Tissot (Domaine André et Mireille Tissot), entre autres.

Mardi, 19h

Les bionynamistes rencontrent les amateurs de vin au restaurant Victoire. Les vignerons présents sont ceux que représente au Québec l'agence Raisonnance, dont Nicolas Joly et sa fille Virginie, Éric et Justine Saurel (Montirius), Bruno Ciofi (Domaine de la Pinte), Véronique Cochran (Château Falfas). Réservation vivement recommandée au 514-521-6789.

Mardi, 19h

Projection, au cinéma du Parc, du film L'esprit du vin, le réveil des terroirs, qui démystifie à merveille la production de vin en biodynamie. Cette soirée est organisée par l'agence de vin LA QV, en collaboration avec les saucissons biologiques de Kamouraska Fou du cochon et l'agence Oenopole. Le visionnement sera suivi d'une période de questions et d'une dégustation de produits en biodynamie, en présence des vignerons Olympe et Yvon Minvielle (Château Lagarette, Bordeaux), Françoise Gourdon (Château La Tour Grise, Loire), Frédéric Chauffray (La réserve d'Ô, Languedoc), Sophie Barmès (Domaine Barmès-Buecher, Alsace).

Ensuite...

Le vigneron alsacien Pierre Frick (représenté par Primavin) se promènera à Montréal. On peut l'attraper au Bouillon Bilk (jeudi, midi à 14h30), à la Salle à manger (jeudi, 19h à minuit), chez Accords (vendredi, midi à 14h30) et chez Cuisine et dépendance (samedi, 19h).