De plus en plus de vignes tombent chaque année victimes des «maladies du bois», un ensemble de troubles provoqués par des champignons. Les chercheurs n'ont toujours pas trouvé de remède, si bien que plusieurs comparent le problème à la crise du puceron phylloxéra d'il y a plus d'un siècle.

Karyne Duplessis-Piché LA PRESSE

En 2003, 5,5% des vignes françaises étaient improductives à cause des maladies du bois, selon Patrice Rey, professeur au département des Sciences et de la Gestion du Végétal à Bordeaux. Au cours des dix dernières années, ce chiffre a plus que doublé. En 2013, c'est 13% du vignoble français qui est affecté.

Les maladies du bois, en particulier l'esca, sont observées depuis l'Antiquité, explique le chercheur. Mais elles ont effectué une montée spectaculaire au cours des dernières années.

«À cette époque, ça atteignait des vignes assez âgées et c'était peu répandu, dit M. Rey. Or, depuis vingt ans, il y a une recrudescence de ces maladies.»

Outre l'esca, les vignes sont infectées par l'eutypiose et le black dead arm. Ces champignons s'attaquent surtout au bois de la plante. Ils peuvent tuer la vigne en quelques heures ou y être présents, mais ne pas l'affecter pendant plusieurs années. Il suffit toutefois d'ajouter 5% de raisins, dont la vigne est atteinte par le champignon, dans sa cuve pour que le vin développe des défauts aromatiques.

La France n'est pas le seul pays viticole à être touché par les maladies du bois. Philippe Rolshausen, chercheur à l'Université de Californie à Riverside (UCR), affirme que c'est l'un des problèmes majeurs de la viticulture aux États-Unis. Si bien que le département de l'Agriculture (USDA) a débloqué l'automne dernier 1,8 million de dollars pour financer les recherches sur ces troubles.

«Des scientifiques de partout dans le monde se réunissent tous les deux ans pour parler des maladies du bois, dit-il. Ça vous montre l'ampleur du problème.»

Le Jura et Cognac gravement atteints

En France, les vignobles du Jura et de Cognac sont les plus touchés.

Le vigneron Pierre Overnoy, dont le domaine familial est situé à Pupillin dans le Jura depuis plus d'un siècle, constate avec inquiétude la propagation de ces maladies.

«Ça fait très peur, dit-il. Certains se demandent si ce ne sera pas le phylloxéra du 21e siècle, car des vignobles sont affectés à près de 20% chaque année. Faites le compte. Au bout de cinq ans, il n'y aura plus rien.»

Le vigneron de 76 ans croit que les nouvelles techniques de greffage et les nouveaux activateurs de racine pourraient être à l'origine de ce fléau.

Les changements climatiques et pesticides

Patrice Rey avance que les changements climatiques et les nouvelles manières de tailler la vigne pourraient être en cause.

L'amplification des maladies du bois au cours des dix dernières années concorde également avec l'interdiction en France et ailleurs en Europe d'utiliser de l'arsenic de sodium pour contrôler ces champignons.

Devant l'ampleur des dégâts, le député français membre de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP - droite), Philippe Martin-Lalande, a demandé l'an dernier le retour de l'arsenic dans les vignes. Une mauvaise idée juge le chercheur, M. Rey.

«Si ça a été interdit, c'est parce que c'était dangereux pour la santé, dit-il. Il faut laisser un peu temps à la recherche. On ne va pas trouver tout de suite. Il y a beaucoup de facteurs qui interviennent.»

Le chercheur croit qu'une piste de solution serait de cultiver les variétés plus résistantes aux champignons, comme le merlot et le carignan.

Moins fréquentes au Québec

Les maladies du bois sont moins répandues au Québec, constate Philippe Rolshausen qui a étudié les vignes de la province en 2008 et 2009. Mais elles existent néanmoins.

Le chercheur a constaté que les vignes hybrides cultivées au Québec sont affectées par des maladies du bois différentes. Puisque l'esca se développe dans les vignes âgées entre dix et vingt ans, il croit que les domaines du Québec ne seront pas épargnés au cours de la prochaine décennie.