En choisissant cette année un artiste chinois pour illustrer la nouvelle étiquette de Château Mouton Rothschild, la baronne Philippine de Rothschild, propriétaire du prestigieux cru bordelais, perpétue une tradition familiale de 65 ans alliant vin et art de renommée mondiale.

Publié le 22 déc. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Cocteau, Braque, Dali, Miro, Chagall, Warhol, Bacon... les plus grands artistes ont tour à tour dessiné l'étiquette de chaque millésime depuis 1945, ajoutant à la frénésie mondiale pour le premier cru classé de Pauillac.

«La seule chose vraiment importante c'est le vin qui est dans la bouteille mais les grands collectionneurs cherchent à avoir toutes les années de Mouton, même les moins bonnes, à cause des étiquettes», explique la baronne de Rothschild, dans un entretien à l'AFP.

L'idée a germé dans la tête de son père, le baron Philippe de Rothschild, qui en 1924 avait demandé à l'affichiste Jean Carlu de dessiner l'étiquette de Mouton. Mais il a fallu attendre 1945 pour que l'habitude soit prise.

Depuis le «V» de la Victoire, dessiné par le peintre Philippe Jullian pour célébrer la fin de la deuxième guerre mondiale, chaque millésime fut illustré par l'oeuvre originale d'un artiste, en échange de dix caisses de Mouton.

Seules exceptions, les étiquettes d'hommage post-mortem à Kandinsky et Picasso, ou encore celles commémorant un événement historique et une date clé de Mouton.

«C'est absolument unique en son genre», aime souligner Mme de Rothschild, 75 ans qui, depuis la mort de son père en 1988, s'occupe "entièrement et personnellement" du choix de l'artiste.

«Les étiquettes de Mouton, c'est de l'amusement d'abord», explique-t-elle, «ce n'est pas du marketing, pas du tout, c'est de l'engouement, de l'enthousiasme pour un artiste et puis c'est tout».

C'est donc «par goût, par amour» de l'oeuvre présentée que Mme de Rothschild, officier des Arts et Lettres, a retenu l'artiste chinois Xu Lei pour le millésime 2008, qui sera livré dans le monde entier à partir de janvier 2011 et atteint à ce jour près de 900 euros la bouteille en Asie.

«C'est avant tout un choix personnel plus qu'un choix mercantile», observe Hervé Berland, directeur général du groupe, en admettant que «la Chine étant devenue un grand pays consommateur de grands vins, ça paraissait naturel de sélectionner un Chinois».

«Je cherche à avoir des artistes de nationalité différente chaque année», explique la propriétaire, lauréate du Conservatoire national d'art dramatique de Paris, «et 2008 est une année de chance pour les Chinois». Xu Lei est le deuxième Chinois choisi par la baronne, après le calligraphiste Gu Gan pour le millésime 1996.

Etats-Unis, Espagne, Japon, Royaume-Uni, Pays-Bas... presque tous les pays sont représentés dans l'exposition itinérante des originaux, qui a sillonné plusieurs grands musées depuis 1981, mais n'est pas visible actuellement.

Pour le millésime 1988, Keith Haring s'inspira du bélier, emblème de Mouton Rothschild; en 1993, Balthus reprit un motif récurrent de son oeuvre: la nudité d'une adolescente, ce qui valut à l'étiquette d'être interdite aux Etats-Unis; en 1997, Niki de Saint Phalle composa une allégorie des plaisirs de la table...

«Ils ont une liberté totale par rapport au sujet», explique Mme de Rothschild, «il n'y a pas d'autres contrainte que l'horizontalité» pour s'adapter au format de l'étiquette. Andy Warhol est le seul qui ne s'était pas plié à cette exigence et si «ses originaux sont superbes, son étiquette est ratée», juge-t-elle.



Pour 2009, millésime jugé exceptionnel, la baronne a déjà quelques idées mais comme de coutume chez Mouton, rien ne sera dévoilé avant l'heure.