Plusieurs lecteurs et amateurs de vin au Québec ont été surpris, intrigués même, de voir la SAQ se lancer plus tôt cet automne sur le marché international de l'alcool.

Vincent Marissal LA PRESSE

La société d'État a en effet annoncé un partenariat avec le Fonds de solidarité de la FTQ et Fondaction de la CSN pour devenir grossiste au Canada et à l'étranger, en plus d'investir des marchés pour l'expertise de la SAQ.

Modeste pour le moment, ce projet pourrait rapporter, d'ici quelques années, de 50 à 100 millions.

Mais pourquoi diable tenter cette aventure alors que la SAQ connaît une croissance constante au Québec, où elle profite de sa situation de monopole?

Une partie de l'explication se trouvait dans le plan stratégique 2010-2012 de la SAQ: «La population du Québec vieillit et la consommation d'alcool d'un pan complet de la clientèle de la société d'État sera appelée à diminuer progressivement. Selon l'Institut de la statistique du Québec, les personnes de 65 ans et plus représenteront 24,4% de la population en 2026. Ces consommateurs qui les ont suivis ne seront pas tous remplacés puisque les générations les ayant suivies ont été moins populeuses. Ces statistiques laissent poindre un possible ralentissement de la croissance des ventes de boissons alcooliques au Québec, du moins dans la prochaine décennie. Afin de bien planifier ses activités à moyen et long terme et de prévoir le versement de dividendes croissants, la SAQ analysera avec prudence des avenues de revenus additionnels sur divers marchés. Il est entendu néanmoins que l'analyse de ces nouvelles occasions ne devra jamais escamoter la raison d'être de la SAQ: le marché du Québec.»

Ceci explique cela: on vieillit vite, on boira donc moins, ce qui entraînera inévitablement un plafonnement, puis une baisse des ventes au Québec.

Dans le milieu, les agents importateurs interrogés sur ces prévisions doutent d'un prochain (et inéluctable) ralentissement.

Cela dit, les chiffres sont incontestables: d'ici 15 ans, une personne sur quatre au Québec aura plus de 65 ans.

Voilà une statistique inquiétante. Et pas seulement pour la SAQ!

Cuvée Récession

Pas de panique, toutefois. Pour le moment, la SAQ s'en sort ma foi très bien.

La récession et la crise économique ont toutefois laissé leur marque sur les ventes de certains produits de la Société au cours des derniers mois.

De septembre 2009 à septembre 2010, les ventes de bouteilles de vin de plus de 50$ ont diminué de 8% en volume et de 11% en dollars.

Ces données négatives confirment une tendance notée par les restaurateurs au cours des deux dernières années et par les agences d'importation qui les fournissent.

Bordeaux 09 c. Bordeaux 05

Crise peut-être, mais l'intérêt pour les grands vins de Bordeaux ne se dément pas au Québec. Malgré des prix prohibitifs, les bordeaux primeurs (commandés alors qu'ils sont encore en barrique et livrés deux ans plus tard) se sont bien écoulés cet automne. Au total, la SAQ a vendu 9367 caisses, pour une valeur de 11,7 millions.

C'est toutefois 2500 caisses de moins que pour les bordeaux primeurs 2005 (11955 caisses pour 10,5 millions).

Le beaujolais nouveau en voie de disparition

Il fut un temps pas si lointain où les amateurs faisaient la queue devant les SAQ pour acheter leurs bouteilles de beaujolais nouveau, dont l'arrivée était le plus grand événement viticole de l'année du Québec.

Cette année, c'est à peine si on a remarqué l'apparition des bouteilles de vin nouveau sur les tablettes.

La SAQ n'a commandé que trois vins nouveaux, deux beaujolais et un italien, un total de 3400 caisses (40 800 bouteilles), 17 fois moins qu'il y a 10 ans.

Montée et dégringolade du vin nouveau, en chiffres:

> 2010: 40 800 bouteilles;

> 2000: 720 000 bouteilles;

> 1995: 360 000 bouteilles;

> 1985: 327 600 bouteilles.

Un peu plus de 20$

Terres Dorées, Chardonnay, Beaujolais 2009 (00713495) 21,15$

Faites un test : servez cemagnifique blanc de Jean-Paul Brun à vos amis pendant les Fêtes et annoncez-leur ensuite qu'ils viennent de boire un Beaujolais. Un chardonnay de grande classe, dont le prix peut faire rougir bien des bourgognes.