La récession, tout le monde en parle ou la craint, mais ses effets directs sont encore parfois difficiles à cerner dans certains secteurs de l'économie.

Vincent Marissal LA PRESSE

Prenez le vin. Cette industrie montre une chose et son contraire: des ventes en baisse dans les restaurants, mais comme les gens restent davantage à la maison, il se vend autant sinon plus de bouteilles chez les détaillants. Par contre, les consommateurs ont réduit leur budget et achètent des bouteilles moins chères, en moyenne.

 

Cela dit, les ventes aux enchères se maintiennent et les grands crus prestigieux n'ont que légèrement perdu de leur valeur sur le marché.

On le voit déjà, de grosses maisons (des conglomérats du vin comme l'australienne Foster's, dont nous reparlerons) en arrachent dans leur marché, comme les grandes banques ou les géants de l'auto dans le leur.

Le pire, toutefois, reste peut-être à venir pour l'industrie viticole, pensent producteurs et vendeurs. L'affaissement de l'économie dans le très gros marché des pays asiatiques a de quoi inquiéter le monde viticole, en effet.

Pour le moment, ce n'est pas encore la catastrophe, mais certains signes inquiètent.

Tel un canari dans la mine (on envoyait ces oiseaux fragiles dans les mines pour vérifier s'il y avait émanation de gaz), Luc Desroches, le directeur commercial de la célèbre maison vénitienne Masi, a décelé des signes inquiétants lors d'une récente tournée en Asie.

«Je suis allé rencontrer un acheteur en Corée et je lui ai dit: bonne nouvelle, nos prix sont stables cette année. Il m'a répondu: peut-être que tes prix sont stables, mais le won coréen a perdu 50% de sa valeur par rapport à l'euro et l'économie ne va pas bien du tout ici.» Oups...

Le problème est répandu, ajoute M. Desroches. Et avec l'euro qui ne cesse de grimper, la situation ne fera qu'empirer pour les producteurs européens. «En ce moment, partout, les détaillants déstockent, ce qui veut dire qu'ils achètent moins qu'ils ne vendent, question de ne pas se retrouver avec un surplus d'inventaire en période de ralentissement», dit-il.

Pour Masi, une maison qui produit des «petits» vins de consommation courante connus partout dans le monde comme de grands vins prestigieux, le ralentissement ne se limite pas à l'Asie. Ses ventes ont aussi reculé de 22% aux États-Unis et de 20% en Grande-Bretagne.

Les temps sont durs, mais un constat se dégageait, il y a quelques semaines, parmi les producteurs italiens réunis à Montréal pour l'événement Grandi Marchi: les vieilles maisons familiales qui ont limité leurs activités au vin et qui ont évité de s'endetter lourdement au cours des dernières années pour assurer leur expansion commerciale s'en sortiront mieux.

«Ces maisons ont été bâties sur du solide, elles ont de bonnes valeurs et elles en ont vu d'autres», résume Luc Desroches.

 

MOINS DE 20$

MASI, Pinot grigio Verduzzo Masianco Veneto i.g.t. 2007 (Code SAQ: 10 439 404) 16,95$

Populaire auprès des Québécois pour ses rouges, Masi veut maintenant leur faire apprécier le pinot gris, un cépage qui, à cause de son fort taux de sucre résiduel, plaît moins ici. On y a donc ajouté le cépage verduzzo, question de défruiter le pinot gris. Très frais, l'été, sur la terrasse, c'est une option pour l'apéro.