Elle ne s'appelle pas NFC mais Felica, et cela fait exactement dix ans que cette puce de paiement et autres transactions sans contact est implantée dans les mobiles vendus au Japon, seuls ou presque les iPhone d'Apple ayant jusqu'ici fait exception.

Publié le 10 sept. 2014
Karyn POUPEE AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je sors le matin de chez moi avec pour seul objet mon téléphone portable et je peux tout faire, payer, prendre les transports, simplement en effleurant un lecteur spécial dans les commerces, gares ou aéroports», expliquait il y a une décennie Takeshi Natsuno, alors charismatique directeur des services multimédias de l'opérateur NTT Docomo.

L'annonce initiale avait eu lieu le 16 juin 2004, dix ans avant la prestation de la marque à la pomme.

Les premiers téléphones équipés étaient signés Sony, Panasonic, Sharp et Fujitsu. Une quarantaine d'entreprises étaient sur les rangs (les supérettes AM-PM, le transporteur aérien ANA, Coca-Cola, les banques UFJ et Tokyo Mitsubishi, la compagnie de train JR East, MasterCard, les cinémas Toho, etc.)

Le pionnier des services cellulaires lançait ainsi auprès de ses plus de 40 millions d'abonnés du moment le concept «osaifu keitai» (le portable portefeuille), un ensemble d'applications reposant sur la puce sans contact Felica de Sony, devenue un standard de facto au Japon, même si son expansion internationale a été freinée par des aléas sectoriels.

Felica au Japon, précurseur et modèle

La norme NFC (Near Field Communication - communication en champ proche) a été approuvée en 2003 comme fruit d'un compromis entre Felica et la technologie Mifare du néerlandais Philips Semiconductors (aujourd'hui NXP Semiconductors).

Felica (aussi désormais appelée NFC-F), elle, est installée depuis bien plus longtemps dans l'archipel, et ses deux autres variantes (NFC-A, NFC-B) sont aujourd'hui en cours de déploiement.

Son développement avait débuté en 1989. Avant son intégration dans le mobile en 2004, cette technologie avait d'abord été choisie à Hong Kong dans les années 1990 pour les titres de transport, puis a pris son envol à partir de 2001 en étant adoptée dans les cartes passes sans contact Suica de la compagnie de train japonaise JR East (qui dessert Tokyo), puis dans celles de tous les autres transporteurs et pour les porte-monnaie électroniques.

À présent, «le Japon possède l'infrastructure sans contact la plus importante au monde et les consommateurs sont déjà familiers avec l'utilisation de leurs mobiles pour les services sans contact», soulignait récemment Michael Au, président de la filiale du français Gemalto pour l'Asie du Sud et le Japon.

Grâce aux centaines de milliers de lecteurs déployés et à un mobile équipé, on peut prendre les transports en commun (avec la puce Felica transformée, en passe multitrajet Suica), entrer dans son entreprise (Felica badge), payer dans les commerces, aux distributeurs de boissons ou à la cantine (avec Felica devenue porte-monnaie électronique), prendre l'avion (avec Felica transformée en billet électronique ANA ou JAL), laisser des bagages dans une consigne ou dans sa chambre d'hôtel (avec Felica muée en clef), etc.

«Nous avons livré près de 530 millions de puces Felica pour des cartes et 245 millions pour des mobiles», explique Sony, qui comptabilise une centaine de services divers basés sur sa technologie.

Le problème, souligne aujourd'hui Takeshi Natsuno, devenu professeur à l'Université Keio, «c'est qu'on n'a pas étendu ce concept au reste du monde». «On n'y peut rien» si aujourd'hui Apple, en annonçant un iPhone 6 avec puce NFC, fait tant parler à l'étranger alors que les services ont déjà dix ans d'âge dans l'archipel.

«En termes de technologie de communication en champ proche, Felica joue un rôle important, comme exemple de système popularisé de paiement mobile sans contact, ce à quoi aspire NFC qui n'a pas encore atteint le niveau d'adoption et d'intégration dans les systèmes actuels qu'a Felica au Japon», insiste le site de promotion de NFC Nearfieldcommunication.org.

Même s'il n'a pas réussi à imposer la marque Felica à l'étranger, Sony veut se rattraper avec le NFC dont il est aussi à l'origine. Un grand nombre de ses produits, à commencer par ses téléphones intelligents, intègrent cette puce qui permet aussi des échanges d'informations entre appareils de façon très simple et rapide.