L'achat de T-Mobile USA par AT&T créera un nouveau géant des télécoms en Amérique du Nord. Loin d'être sans effet pour le secteur canadien du sans fil, cette consolidation pourrait surtout avoir des effets négatifs pour les consommateurs d'ici. En voici trois.

Cet impact sur le marché canadien ne se fera probablement pas sentir à court terme. Le gouvernement américain doit de toute façon approuver la transaction, ce qui ne semble pas acquis d'avance. Cela dit, si les analystes canadiens prédisent peu d'effet sur les transactions entre entreprises canadiennes, on peut craindre les effets que cette acquisition aura sur les consommateurs.

> Suivez Alain McKenna sur Twitter: @mcken

Moins de choix dans les appareils

Dans les télécoms comme dans les autres secteurs de consommation, le Canada est un petit marché pour les multinationales. Il est d'ailleurs souvent considéré comme un petit bonus au marché américain, ce qui signifie que les fabricants de téléphones sans fil, notamment, ne feront pas l'effort de vendre au Canada un appareil qui ne se vendra pas aux États-Unis.

En consolidant la bande GSM aux États-Unis, le duo AT&T-T-Mobile devient soudainement un seul et unique client pour des fabricants étrangers comme HTC, Nokia et Samsung. Ses 130 millions de clients seraient presque dix fois plus importants que le marché canadien au grand complet.

Pour les consommateurs américains, cela signifie à la fois moins de choix de forfaits et d'appareils. Moins de choix de modèles à mettre en marché aux États-Unis, du coup, cela signifie encore moins de choix pour les consommateurs canadiens.

En revanche, on pourrait espérer une mise en marché accélérée des nouveaux produits au Canada, en phase avec le marché états-unien, mais même là, personne ne retiendra son souffle : les tablettes Xoom et Motorola et iPad 2 d'Apple témoignent de belle façon de la perception des grands fabricants selon laquelle le Canada est un marché secondaire.

Une concentration des marchés d'applications mobiles

En Amérique du Nord, la relation entre les fabricants d'appareils et les fournisseurs de services sans fil est une lutte de pouvoir. L'arrivée d'Apple dans le marché a eu l'effet d'une énorme secousse : pour la première fois, un fabricant imposait ses règles à un fournisseur. Lequel? AT&T.

Ce dernier n'oubliera pas les misères imposées à son réseau, ni les revenus perdus en n'ayant pas de main mise sur le marché des applications mobiles d'Apple, le fameux App Store. Traditionnellement, les applications mobiles avant l'ère du iPhone étaient développées et négociées par des tiers selon l'humeur du fournisseur de services sans fil.

Déjà, des observateurs craignent qu'AT&T-T-Mobile retourne la situation à sa faveur et impose son propre marché d'applications à ses clients. Il a le poids économique pour le faire et la plupart des fabricants ne rechigneront pas à voir Apple subir les contrecoups d'un tel geste.

Un tel geste trouverait rapidement écho auprès des fournisseurs canadiens. Le résultat : les applications pourraient être plus coûteuses et forceraient l'utilisation des autres services des fournisseurs, comme le contenu télé, les films et la musique.

Des frais d'itinérance à la hausse

Si, comme le veut désormais la rumeur, Verizon réagit et met la main sur Sprint, la consolidation de secteur américain des télécoms sera encore plus grande, accentuant une pression à la hausse des coûts. La fusion AT&T-T-Mobile place Verizon au deuxième rang dans le marché, avec Sprint loin derrière.

Les Américains craignent qu'une concentration du secteur des télécoms entraîne une hausse des coûts d'utilisation de leurs sans fil. Imaginez l'impact sur les coûts d'appels en itinérance pour les Canadiens en voyage chez l'oncle Sam. Pis, AT&T affirmant être en manque de bande passante sur son réseau, le coût de la transmission des données en itinérance risque lui aussi de rester élevé pour les clients canadiens de passage en sol américain.