Sans crier gare, Apple a fait dans les derniers jours un grand ménage sur les tablettes virtuelles de son App Store. D'un seul coup de balai, quelque 5000 applications pour l'iPhone, dont l'utilité se résumait à exhiber des photos de jeunes femmes en bikini ou en petite tenue, ont été bannies du magasin en ligne.

Mis à jour le 28 févr. 2010
Tristan Péloquin LA PRESSE

Ces applications, aux noms aussi suggestifs qu'iBoobs et Exotic Positions, avaient pourtant été dûment approuvées par Apple avant de se retrouver en vente.

Pourquoi une telle réaction? Dans les derniers mois, l'entreprise s'est retrouvée aux prises avec un nombre grandissant de demandes d'approbation pour ce genre d'application au contenu suggestif. «Ce sont des applications très faciles à programmer. En quelques heures seulement, une personne habile peut en mettre une au point et la vendre sur iTunes. Même si ça ne lui rapporte que quelques dollars, il a gagné son pari», explique Yann Bouschet, développeur montréalais de jeux pour iPhone à qui on doit l'application iPétanque.

Pour des raisons de marketing et d'image, Apple a décidé de passer à l'acte sans demander leur avis aux développeurs. «On était rendu au point où on recevait des plaintes de clientes qui trouvaient que le contenu (de l'App Store) devenait trop dégradant. Des parents se plaignaient aussi de ce que leurs enfants pouvaient y voir», a expliqué au New York Times le grand patron du marketing d'Apple, Philip Schiller.

Le hic, c'est que dans ce grand ménage vertueux, quelques exceptions ont été oubliées. Et non les moindres. L'application Playboy, qui permet de voir les photos des pin up du magazine en sous-vêtements, ainsi que la populaire application Sports Illustrated, consacrée aux photos de modèles en bikini du célèbre numéro spécial de la publication, ont survécu. Allez savoir pourquoi. Les critères précis d'exclusion qu'a retenus Apple restent inconnus. Et le fait qu'il n'y ait pas de «cahier d'exclusion» très précis pose problème, estime Philippe Bertrand, porte-parole de Vortex, importante boîte montréalaise de conception qui crée des applications pour l'iPhone. Un exemple: son entreprise est justement en train de concevoir une application pour la chaîne américaine de salons de bronzage et de spas Planet Beach. «L'application contient un volet concours, dans lequel apparaîtront énormément de photos de femmes en maillot de bain. On a donc des inquiétudes. Est-ce qu'Apple va bannir notre application parce qu'il y a des femmes en bikini? On ne sait pas. Apple agit de façon autoritaire et unilatérale, et si elle refuse notre application, c'est huit semaines de mise au point qui tombent à l'eau. Malheureusement, si ça arrive, on n'a pas les moyens d'aller se battre contre Apple.»

N'empêche, ce manque de transparence de la part d'Apple est un désagrément mineur, estiment la plupart des développeurs joints par La Presse. «L'App Store reste un outil formidable pour distribuer des applications. Apple a simplifié au maximum les processus d'installation d'applications, et ça marche à merveille. Il faut absolument qu'Apple joue un peu les policiers», croit Michel Nadeau, de la firme montréalaise Tactio Software. Son entreprise a notamment créé une application iPhone pour le Groupe Jean Coutu. «Au début, elle se trouvait dans la section Lifestyle de l'App Store, au milieu de plusieurs applications à caractère sexuel. Ce n'était pas très sérieux, alors on a dû la retirer de cette section pour la placer dans une autre, explique-t-il. C'est le genre de problème qui peut jouer sérieusement contre Apple et son image. Et si personne ne faisait le ménage, la plateforme d'Apple deviendrait vite à l'image du reste de l'internet: un endroit fantastique où on trouve beaucoup de cochonneries.»