Internet, toujours plus rapide

L'UIT souligne que le principal obstacle est le... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

L'UIT souligne que le principal obstacle est le coût de l'accès au haut débit, qui a certes baissé globalement au cours de la dernière décennie, mais reste «clairement inabordable» dans beaucoup de pays pauvres.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Hier, il fallait parfois attendre plusieurs minutes pour ouvrir une simple image. Aujourd'hui, c'est tout un film en haute définition que l'on peut télécharger en quelques secondes à peine. En 25 ans, la vitesse d'accès à l'internet a fait des bonds de géant. Et c'est loin d'être fini. À l'heure où les fournisseurs commencent à offrir des connexions en gigabit par seconde, soit 100 fois la vitesse moyenne actuellement utilisée au Canada, La Presse pose la question : à quoi bon aller toujours plus vite ?

Bienvenue à l'ère du gigabit par seconde

Imaginez acheter une rutilante voiture sport pouvant atteindre des vitesses de 300 km/h... mais ne jamais voir l'aiguille de son odomètre dépasser la barre des 30 km/h parce que son bolide est constamment coincé dans les bouchons. C'est le sentiment que risquent d'éprouver les gens s'abonnant aux services internet ultra-haute vitesse qui commencent (enfin) à arriver à Montréal.

Google Fiber a lancé le bal en 2013 en annonçant un accès à un gigabit par seconde dans une poignée de villes américaines - seulement quatre à ce jour. Au Québec, Bell a lancé son propre service ultra-haute vitesse l'été dernier, tandis que Vidéotron s'apprête à le faire d'ici à la fin de 2016.

Les utilisateurs qui font le saut n'atteignent toutefois pas toujours cette vitesse puisqu'ils doivent surfer sur des réseaux dont certaines portions ne permettent par d'accéder à de telles vitesses.

« Il faut savoir que, pour l'heure, l'internet n'opère pas à une vitesse d'un gigabit par seconde. La connexion entre votre maison et votre fournisseur sera peut-être d'un gigabit par seconde, mais le reste de l'internet ne va pas à cette vitesse », estime Jeffrey Eisenach, spécialiste de l'accès à l'internet chez la firme NERA.

Bell prévient d'ailleurs ses abonnées que « la vitesse variera selon l'équipement, la configuration, l'achalandage sur internet, le serveur et d'autres facteurs ». Mais l'entreprise assure que des tests menés sur des réseaux de fibre optique d'un bout à l'autre ont démontré que la vitesse atteint - et dépasse même - le gigabit par seconde.

Selon diverses firmes spécialisées, dont Akamai, la vitesse réelle sur le réseau des réseaux oscillerait plutôt entre 15 et 25 mégabits par seconde, soit de 40 à 60 fois moins vite. Ainsi, « les gens qui s'abonneront au service à un gigabit ne verront pas leur vitesse décuplée pour autant », dit Jeffrey Eisenach.

« De toute façon, en ce moment, les logiciels, les services capables de tirer avantage des gigabits n'existent pas encore », ajoute Carmi Levy, analyste en technologie.

Plusieurs l'admettent, une connexion de 5 mégabits par seconde convient à la majorité des utilisateurs aujourd'hui, celle-ci étant assez rapide pour permettre aux internautes d'écouter des films en ligne. Si plusieurs personnes partagent une même connexion, un accès de 25 mégabits par seconde convient parfaitement. La connexion moyenne au Canada est de 11,9 mégabits par seconde (21e au monde), selon Akamai. En comparaison, le plus rapide, celui de la Corée du Sud, affiche une vitesse moyenne de 20,5 mégabits par seconde.

Alors, à quoi bon offrir des connexions à un gigabit ?

Même si l'internet n'est pas encore prêt à tirer profit de telles vitesses, les experts s'entendent pour dire que cette course effrénée est pour le mieux. Parce que, contrairement aux voitures, augmenter la vitesse maximale d'accès à l'internet permet à tous les utilisateurs d'aller plus loin et d'en faire beaucoup plus.

Jeffrey Eisenach compare l'arrivée de ces connexions à ultra-haute vitesse à l'élargissement d'une autoroute. « Quand tu passes de quatre à six voies, au début, les voies ne sont pas utilisées à leur pleine capacité, mais rapidement des promoteurs construisent en amont et l'achalandage augmente sur la route. »

L'arrivée de connexions de plus en plus rapides a pour effet de pousser à la hausse la vitesse moyenne de tous les utilisateurs, comme si on pesait sur l'accélérateur de tout l'internet. Ainsi, l'arrivée des connexions à un gigabit par seconde risque d'inciter un plus grand nombre de gens à s'abonner à des services de 100 mégabits par seconde, croit Jeffrey Eisenach.

« Si vous donnez de la largeur de bande, les gens vont l'occuper », résume quant à elle Brunilde Sansò, spécialiste des réseaux informatiques de Polytechnique Montréal.

Et l'histoire donne raison à ces spécialistes. Depuis 25 ans, le volume de données transitant sur l'internet augmente de façon exponentielle d'année en année. L'entreprise Cisco évalue que 100 Gb de données se déplaçaient par jour en 1992. Cinq ans plus tard, ce même volume transitait chaque heure. Puis en 2002, c'était chaque seconde. Au rythme où progresse la technologie, le trafic sur l'internet s'élèvera à 51 800 Gb chaque seconde en 2019.

Pour avoir une vague idée de ce que représente une telle quantité de données, c'est comme si l'on déplaçait toutes les deux minutes l'équivalent de tous les films produits depuis l'invention du cinéma, illustre Cisco.

BON POUR L'ÉCONOMIE DES VILLES

Au-delà de donner (éventuellement) un accès plus rapide à l'internet, l'arrivée du gigabit incite les fournisseurs à étendre leur réseau de fibre optique, nécessaire pour atteindre de telles vitesses.

« Mettre en place un réseau pouvant offrir des connexions à un gigabit par seconde permet de mettre à jour l'ensemble des infrastructures de télécommunications, explique Jeffrey Eisenach.Et avoir un réseau moderne, ça permet de stimuler le développement économique et la qualité de vie des gens. C'est bon pour les entreprises, c'est bon pour les universités. »

Des entreprises peuvent choisir de s'établir dans une ville plutôt qu'une autre s'ils constatent que l'infrastructure d'accès à l'internet est plus rapide, avance Carmi Levy.

La Ville de Montréal veut d'ailleurs s'assurer de ne pas rater ce train (à haute vitesse). Le déploiement d'un réseau à très grande vitesse fait partie des priorités de la stratégie de ville intelligente de la métropole québécoise.

« Vous souvenez-vous de votre premier modem 56 Kb/s et de son bruit strident ? Ce niveau technologique nous apparaît inimaginable aujourd'hui alors qu'à l'époque, il satisfaisait amplement à la demande. Les besoins technologiques des individus évoluent et se raffinent », illustre Harout Chitilian, élu responsable des technologies de l'information.

TOUJOURS PLUS VITE

« Le gigabit par seconde est la prochaine étape importante. En fait, ça ne me surprendrait pas qu'une entreprise arrive déjà avec un service plus rapide encore », dit Carmi Levy.

C'est déjà le cas aux États-Unis. La société Comcast offre depuis quelques mois à Atlanta des connexions à deux gigabits par seconde. Mais attention, il faut être prêt à payer pour surfer à de telles vitesses. Ce service ultra-ultra-haute vitesse réservé aux simples citoyens - les entreprises ne sont pas admissibles - coûte la bagatelle de 300 $ US par mois. Sans oublier les frais de 1000 $ US pour l'installation de la fibre optique jusqu'à la maison. Les abonnés doivent aussi s'engager pour un minimum de deux ans. Bref, la facture revient à un peu plus de 5000 $ US (6300 $) par an.

ET LES LAISSÉS POUR COMPTE ?

Paradoxalement, l'arrivée des connexions à un gigabit par seconde survient alors que de nombreux Canadiens n'ont toujours pas accès à la haute vitesse. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) mène une consultation sur les services de base afin d'évaluer la pertinence d'imposer aux fournisseurs une vitesse minimale d'accès à l'internet. Lors des audiences qui ont lieu actuellement à Gatineau, Bell a proposé de viser un service de 10 Mb/s pour tout le pays, sauf les régions couvertes par satellite, où elle suggère plutôt 5 Mb/s. Rogers est allé plus loin en proposant de cibler une vitesse minimale de 25 Mb/s d'ici à 2020, soit deux fois l'actuelle vitesse moyenne d'accès à l'internet au pays. Vidéotron plaide pour sa part que le seuil devrait être de 5 Mb/s, puisqu'il suffit à réponde à la demande des services offerts actuellement.

Trois applications pour des connexions à ultra-haute vitesse

L'INTERNET DES OBJETS : Du réfrigérateur à la voiture, l'internet n'est plus seulement limité aux ordinateurs, tablettes et téléphones intelligents. Cisco prédit que le nombre d'appareils branchés à l'internet sera trois fois plus élevé que la population mondiale en 2019, ce qui engendrera une pression énorme sur les réseaux. D'où l'utilité d'améliorer sa bande passante.

RÉALITÉ VIRTUELLE : Écouter des films, c'est bien. Se plonger dans la réalité virtuelle, c'est encore mieux. L'analyste technologique Carmi Levy croit que l'avènement de la réalité virtuelle risque de bénéficier grandement de ces connexions à ultra-haute vitesse, puisqu'elle nécessite d'importantes quantités de données pour assurer la qualité de l'immersion.

VIDÉOS DE QUALITÉ : Les connexions à ultra-haute vitesse permettent d'augmenter la qualité des films téléchargés sans nuire à la diffusion. Un accès à 1 gigabit par seconde permet ainsi d'écouter en même temps cinq vidéos en haute définition sans ralentissement. Pionnier de l'ultra-haute vitesse, Google affirme que son service permet que jusqu'à 10 personnes se joignent à une même vidéoconférence.

Petite histoire (accélérée) de la vitesse sur l'internet

La vitesse d'accès à l'internet a fait des bonds de géant depuis 25 ans. Du modem téléphonique à la fibre optique, voici une petite histoire... en accéléré.

BIT : 1

À l'origine, la vitesse de connexion à l'ancêtre de l'internet, ARPANET, se calculait en bits. Les premières connexions étaient de 1200 bits par seconde.

Temps pour télécharger un film (700 Mb) à 1200 b/s : 1359 heures (57 jours)

KILOBIT : 1000  

Depuis l'apparition de l'internet, au début des années 90, la vitesse d'accès au réseau des réseaux a rapidement augmenté. En 1993, le nec plus ultra était de se payer une connexion par modem téléphonique à 56 kilobits par seconde.

Temps pour télécharger un film (700 Mb) à 56 Kb/s : environ 28 heures

MÉGABIT : 1 000 000

Les connexions à large bande ont fait leur apparition à la fin des années 90. À l'heure actuelle, les Canadiens surfent sur l'internet à une vitesse moyenne de 11,9 mégabits par seconde.

Temps pour télécharger un film (700 Mb) à 12 Mb/s : 8 minutes

GIGABIT : 1 000 000 000

L'heure est maintenant aux connexions à 1 gigabit par seconde. Si le service de Google Fiber coûte 70 $US par mois, la facture est plus élevée au Canada, où Bell offre des forfaits à 150 $ par mois. Vidéotron n'a pas encore dévoilé sa grille tarifaire.

Temps pour télécharger un film (700 Mb) à 1 Gb/s : moins de 0,1 seconde

TÉRABIT : 1 000 000 000 000

Et ensuite ? La seule limite est la vitesse de la lumière. Et des chercheurs britanniques pensent l'avoir pratiquement atteinte en 2013 en trouvant comment transférer des données à 99,7 % de la vitesse de la lumière. Ils ont ainsi atteint un débit de 73,7 térabits par seconde.




Les plus populaires : Techno

Tous les plus populaires de la section Techno
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer