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Mexique: des correspondants de guerre nouveau genre sur l'internet

Dans les réseaux sociaux, des correspondants de guerre d'un... (Photo Archives AP)

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Dans les réseaux sociaux, des correspondants de guerre d'un genre nouveau racontent les meurtres, fusillades et règlements de comptes que les journaux locaux n'osent rapporter de peur de représailles.

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Agence France-Presse
Mexico

Des correspondants de guerre d'un genre nouveau sont apparus dans les régions mexicaines touchées par la violence des narcotrafiquants: des blogueurs et twitteurs qui défient, au péril de leur vie, la loi du silence imposée à la presse par le crime organisé.

Dans les réseaux sociaux, ils racontent les meurtres, fusillades, règlements de comptes, que les journaux locaux n'osent rapporter de peur de représailles, permettant aux Mexicains d'être informés sur les dangers, enlèvements, barrages routiers, qui menacent leurs villes gangrenées par le trafic de drogue.

«Ça se tue méchamment! Fusillade dans le quartier de Lazaro Cardenas (...) Évitez cet endroit». Ce message est un exemple parmi de nombreux autres envoyés par des twitteurs à Monterrey, une ville du nord en proie depuis plus de trois ans à des affrontements entre deux organisations criminelles, le cartel du Golfe et les Zetas.

Cette activité d'information parallèle a pris une telle ampleur qu'une équipe d'analystes de Microsoft.com vient de publier une étude sur le sujet: «Les nouveaux correspondants de guerre: l'ascension des administrateurs de réseaux sociaux dans la guerre urbaine».

Placée sous la direction du Mexicain Andres Monroy Hernandez, cette équipe a observé pendant plusieurs mois l'activité des twitteurs de Monterrey, mais aussi Reynosa et Saltillo (nord), et Veracruz (est), d'autres secteurs fortement touchés par la criminalité des cartels.

Les termes les plus utilisés dans les messages? «détonations», «fusillade», «échanges de tirs».

L'activité la plus intense des twitteurs date du 25 août 2011: ce jour-là, des membres présumés des Zétas ont incendié un casino, faisant 52 morts à Monterrey, selon l'analyste. Les images du sinistre et les noms des victimes ont été partagés 7000 fois.

L'équipe de chercheurs a dénombré sept ou six «administrateurs» de comptes, comptant plusieurs milliers d'abonnés, et considérés comme les sources à suivre pour être informé sur la guerre de la drogue.

Passionnés, ces vigies consacrent jusqu'à 15 heures par jour à recueillir des informations sur les faits violents et à les répercuter.

«C'est comme si j'étais un correspondant sur les réseaux sociaux de la guerre urbaine que nous sommes en train de vivre», confie une administratrice de réseau qui souhaite garder l'anonymat.

«Ils ont une grande visibilité dans ces villes, mais ils tentent de rester dans l'anonymat» pour ne pas être identifiés par le crime organisé, selon Monroy Hernandez.

La violence liée au crime organisé a fait 70 000 morts durant le sexennat de Felipe Calderon, et ne s'est pas réduite significativement lors des six premiers mois du nouveau président, Enrique Pena Nieto.

Loi du silence

Le Mexique est l'un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes: 86 d'entre eux ont été assassinés et 18 sont portés disparus depuis 2000, selon la Commission nationale des droits de l'homme.

Le résultat: «une loi du silence qui s'est imposée, en raison de pressions évidentes, du manque de protection des journalistes, et de la dangerosité des narcos», dit à l'AFP Octavio Islas, de l'Institut technologique de Monterrey.

Les animateurs de réseaux sociaux sont aussi dans la ligne de mire du crime organisé.

En septembre 2011, le corps décapité d'une femme de 39 ans, mère de deux enfants, a été retrouvé à Nuevo Laredo, près de la frontière avec les États-Unis. Près de son cadavre, on avait laissé un clavier d'ordinateur et un message indiquant qu'elle devait sa mort à son activité d'information sur le crime organisé dans les réseaux sociaux.

Deux jours auparavant, un homme et une femme avaient été tués et suspendus à un pont de la même ville, pour le même motif.

«Deux des personnes qui nous envoyaient régulièrement des informations ont été exécutées», confirme par courrier électronique l'auteure du «Blog del Narco», qui se fait appeler Lucy. Elle-même a dû se réfugier en Espagne après la disparition de son compagnon, chargé de la maintenance et de la sécurité du site.

Le Blog del Narco est devenu une lecture obligée pour les citoyens mexicains qui veulent être informés. Mais il a aussi suscité une polémique parce qu'il publie des vidéos ou photos crues, montrant des exécutions ou des décapitations, sans épargner aucun détail, même atroce.

Lucy utilise des informations de toutes provenances: journalistes, policiers, militaires, chauffeurs de taxi, mères au foyer et même narcotrafiquants, qui fournissent données, photos ou vidéos. Mais, assure Lucy, toute l'information, qu'elle vienne du Mexique, des États-Unis ou d'Europe, «est vérifiée». Comment ces informations transitent est gardé secret.

Malgré les précautions que prennent blogueurs ou twitteurs pour rester dans l'ombre, un expert du renseignement estime que les organisations criminelles ont des moyens d'accéder aux informations dont disposent les compagnies téléphoniques ou les fournisseurs d'internet pour remonter à l'identité de ces auteurs ou surveiller leurs communications.

Un autre blogueur utilise une page Facebook, «Valor por Tamaulipas» (Courage pour le Tamaulipas, État du nord-est), pour alerter les citoyens sur la criminalité d'une des régions les plus dangereuses du Mexique.

Le crime organisé a offert 46 500 dollars pour obtenir son identité. Mais le blogueur anonyme continue de compter les morts de la guerre des narcos.




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