Le logiciel de navigation virtuel Street View développé par le géant de l'internet Google s'est de nouveau attiré les foudres d'un organisme européen de protection des données, qui lui reproche notamment de conserver trop longtemps des photos non floutées.

Mis à jour le 28 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Le logiciel permet de se promener virtuellement dans certains lieux du monde, qui sont auparavant photographiés sous toutes les coutures. Google utilise un système automatique pour flouter les visages et les plaques minéralogiques afin d'empêcher leur identification.

Dans une lettre dont l'AFP a eu copie vendredi, le «groupe article 29» (G29), qui réunit plusieurs associations européennes de protection des données comme la Cnil française, reproche toutefois à Google de stocker trop longtemps les photos originales, non floutées.

Google fait valoir qu'il en a besoin pour corriger d'éventuelles erreurs du système automatique de floutage, qui parfois efface des noms de rue, des panneaux de signalisation...

Mais le G29 fait valoir dans sa lettre, envoyée le 11 février, que le taux d'erreur est «très bas» et qu'il est donc «disproportionné de conserver les copies non floutées des photos pendant un an» après la publication sur internet, comme Google le fait actuellement.

Pour lui, «une durée maximale de six mois» serait suffisante.

Dans une réaction par email, Peter Fleischer, conseiller de Google pour les questions de protection des données et destinataire de la lettre du G20, a défendu la durée de stockage de douze mois, selon lui «légitime et justifiée pour assurer la qualité et la justesse de nos cartes».

Prévenir les habitants dans les journaux

Le G29 estime par ailleurs que Google devrait prévenir davantage à l'avance les habitants des villes où il prévoit de faire des photos, «pas seulement sur son site internet, mais aussi par des annonces appropriées dans la presse nationale, régionale et/ou locale, ou toutes sources d'informations adéquates».

Il devrait aussi «éviter de prendre des photos d'une nature sensible ou incluant des détails intimes qu'un passant ne voit pas normalement», et «répondre systématiquement aux demandes d'individus ou de groupes demandant à ce que les photos ne soient pas publiées ou même pas prises».

Google n'a pas fait de commentaire sur ces points.

Street View a déjà fait l'objet de nombreuses critiques dans plusieurs pays européens, car il photographie des propriétés privées ou des personnes à leur insu et est ainsi susceptible de donner des idées à des voleurs ou de dévoiler des détails de la vie privée des gens.

La question de la protection des données privées sur internet a pris de plus en plus d'importance ces derniers mois en Europe.

La nouvelle commissaire européenne chargée de ces questions, Viviane Reding, a d'ailleurs annoncé récemment son intention de réviser l'actuelle loi sur la protection des données, qui date de 1995, soit bien avant l'essor d'internet.

«Améliorer la protection des données est une priorité. En Europe, nous avons des impératifs élevés en matière de protection des données, et je compte sur toutes les entreprises pour respecter les règles du jeu», a-t-elle commenté.