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Google et le mythe de «Big Brother»

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Jean-Grégoire Bernard
La Presse

Au risque d'aller dans le sens contraire des discours actuels sur la protection des renseignements personnels sur l'internet, je l'affirme sans hésitation: Google n'est pas «Big Brother».

Google et ses compétiteurs n'ont rien du gouvernement totalitaire et oppressif dépeint par George Orwell dans le roman 1984, si ce n'est leur capacité à collecter des quantités colossales de renseignements personnels sur leurs utilisateurs. Bien au contraire, les engins de recherche de Google et de ses compétiteurs font en sorte que nous, en tant qu'utilisateur, sommes tous des petits «Big Brother» potentiels.

Lorsqu'il est question de Google et de la protection des renseignements personnels, la discussion tourne généralement autour des quantités importantes de renseignements personnels que l'entreprise collecte à propos de ses utilisateurs.

Le risque de piratage ou d'utilisation de ces informations pour des fins non anticipées est bien réel.

Toutefois, cet aspect fait en sorte qu'il est facile d'oublier que l'impact de Google sur la protection de la vie privée se fait beaucoup plus sentir par sa capacité à illuminer les coins obscurs du web et nous doter d'une mémoire collective qui n'oublie que très peu.

Vous désirez en connaître plus au sujet d'un postulant à un emploi de votre entreprise? De votre futur rendez-vous romantique? De votre médecin?

Vous n'avez qu'à saisir le nom de la personne sur Google qui vous fournira promptement une liste exhaustive de sites web contenant le nom de la personne en question.

Effets pernicieux

Alors que plusieurs applaudissent l'accès à l'information que procure Google, il est important de considérer les effets pernicieux d'un accès à l'information sans limite.

Par exemple, le New York Times a récemment mis en ligne l'ensemble de ses archives. Ces milliers d'articles et de coupures de presse ont rapidement été repris par Google. Cette initiative a le mérite de rendre disponible un trésor de connaissances. Mais qu'en est-il des articles contenant des erreurs ou des omissions? Prenez l'exemple d'Allen Kraus, un ancien cadre de la Ville de New York.

En 1991, il démissionne de son poste à la suite d'un conflit avec un superviseur. Six semaines plus tard, sa démission est annoncée dans un communiqué de presse annonçant aussi une enquête criminelle pour fraude dans son département.

Le New York Times a repris l'histoire le lendemain, sans la version d'Allen Kraus qui fut plus tard blanchi de tout soupçon.

Perte d'opportunités

Aujourd'hui, Allen Kraus dirige une entreprise de service conseil. Si on cherche «Allen Kraus», le premier résultat retourné par Google demeure l'article du New York Times, publié 16 ans plus tôt. Allen Kraus croit que la situation lui a fait perdre des opportunités d'affaires.

Le risque d'érosion des frontières de la vie privée est d'autant plus grand que les barrières techniques à la publication sur l'internet sont devenues quasi inexistantes.

La facilité d'utilisation des outils de réseautage comme Facebook et MySpace, de création de blogues comme Wordpress et Blogger, et de diffusion de vidéos comme YouTube ou d'images comme Flickr réduisent considérablement les barrières techniques à la publication sur l'internet.

Il y a à peine quelques années, il était nécessaire de connaître les rudiments de langages aux noms obscurs comme HTML, CSS, et JavaScript pour pouvoir publier du contenu sur l'internet. Aujourd'hui, la publication sur l'internet est à la portée de tous.

Ces outils ne sont pas seulement utilisés à des fins autobiographiques ou de commérage. Des communautés dédiées à la dénonciation des transgresseurs de normes sociales commencent tranquillement à voir le jour. Avez-vous garé votre voiture de manière inappropriée dernièrement?

Une photo de celle-ci se retrouve peut-être sur les sites caughtya.org ou mybikelane.com. Avez-vous coupé une file d'attente cette semaine? Une vidéo se retrouve peut-être sur YouTube.

Les intentions

Ce que nous craignons le plus en désirant protéger notre vie privée, ce n'est pas d'être empêché d'accomplir ses activités et ses intentions de manière anonyme et secrète.

C'est plutôt d'être incapable de savoir qui détient de l'information qui nous concerne et d'avoir un certain pouvoir sur sa diffusion et sa manipulation par les autres pour éviter d'être jugé hors contexte sur la base d'informations fragmentées et incomplètes. Malheureusement, Google excelle à nous fournir ces informations.

L'auteur est professeur adjoint à HEC Montréal et chercheur au CIRANO, le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations.




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