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Débusquer les cybercriminels

Pour traquer les criminels sur le web, les forces de l'ordre canadiennes ont créé un arsenal technologique leur permettant d'intercepter la moindre communication virtuelle sur l'Internet. Elles font maintenant pression sur Ottawa pour forcer tous les fournisseurs d'accès à installer cet équipement de surveillance sur leurs réseaux.

Le Montréalais de 39 ans aime les «peluches». Ni les hommes ni les femmes. Les «peluches». Sur le web, il cherche des images de fillettes de 8 à 10 ans nues en compagnie de chiens. Quand la police débarque chez lui, elle découvre une chambre remplie d'animaux en peluche «modifiés» pour assouvir ses pulsions sexuelles. Et de la pornographie infantile.

L'équipe Cybercrime composée de la Sûreté du Québec (SQ), de la Gendarmerie royale du Canada et de la police de Montréal a arrêté 75 hommes comme l'amateur de «peluches» (dans des cas souvent pires) au Québec depuis sa création à l'automne 2003. Son mandat principal est d'enquêter sur des dossiers d'exploitation sexuelle d'enfants sur l'Internet.

Le sergent-superviseur à la SQ André Boileau a dressé le bilan de son équipe dans le cadre d'un colloque sur la cybercriminalité à l'École nationale de police du Québec, à Nicolet, jeudi dernier. L'équipe Cybercrime est parmi les premières du genre au Canada. Elle travaille en étroite collaboration avec les autorités américaines.

Grâce à une information fournie par une escouade policière américaine qui fait de la vigie sur le web, l'équipe Cybercrime a mis la main au collet de l'«amateur de peluches». Des 75 hommes arrêtés au Québec (aucune femme), presque la moitié a été appréhendée à la suite de la même enquête commencée en sol américain en 2003. Après avoir saisi un serveur qui contenait les coordonnées d'abonnés à plusieurs sites de pornographie infantile, les Américains ont fourni une liste de 1200 abonnés canadiens. Parmi eux, 163 Québécois, dont 35 ont été arrêtés.

Les prédateurs sexuels, pédophiles ou amateurs de pornographie infantile peuvent être «n'importe qui», affirme le sergent Boileau. Parmi les 75 hommes arrêtés, il y a un enseignant de quatrième secondaire de la région de Québec (il a cessé d'enseigner après avoir plaidé coupable à l'accusation de possession de porno infantile).

Il y a aussi le propriétaire d'une petite entreprise de déménagement de Montréal. Un homme de 27 ans sans antécédents judiciaires qui vit avec ses parents et sa soeur. Quand il revient du travail le soir, il se construit de faux profils sur le site de rencontre pour adolescents (14 ans et plus) et pour adultes Nexopia.com. Un soir, il se fait passer pour une adolescente de 16 ans et se met à clavarder avec une ado de 13 ans qui vit en Alberta. Il lui propose de faire son éducation sexuelle en ligne.

Le Montréalais fait alors jouer une vidéo d'une ado de 16 ans qui se masturbe, en lui faisant croire que c'est avec elle qu'elle clavarde. «Fais la même chose que moi», lui suggère-t-il.

La jeune fille de 13 ans a une Webcam. Elle se met à l'imiter devant la caméra. Le pervers enregistre la prestation de l'adolescente. La suite est facile à deviner. Il la menace de tout diffuser sur le web si elle ne continue pas à se toucher pour... lui. Il répète son stratagème avec une autre adolescente, toujours en Alberta. L'une des deux finit par en parler à ses parents, qui alertent les autorités locales. Grâce à la collaboration entre les corps policiers, l'équipe Cybercrime arrête le Montréalais, qui ira subir son procès en Alberta.

«Les gens pensent que leurs enfants sont en sécurité à la maison, mais il n'en est rien. Aujourd'hui, presque tout le monde qui a une connexion Internet possède aussi une Webcam, il faut être vigilants», prévient le sergent Boileau.

Dénoncer sur le web

«Au Canada, on est encore mal équipé pour lutter contre la cybercriminalité. Sur 61 000 agents de la paix, on compte 250 cyberpoliciers», a dit le professeur de criminologie à l'Université de Montréal Benoît Dupont, lors du même colloque. L'équipe Cybercrime, elle, compte huit enquêteurs. «On reçoit beaucoup d'informations. À l'heure actuelle, on n'a pas le choix de donner la priorité à certains dossiers», a expliqué à La Presse, le lieutenant Frédérick Gaudreau, coordonnateur de la lutte contre la cybercriminalité à la SQ.

Cyberaide.ca, site internet qui reçoit les signalements anonymes d'enfants exploités sexuellement, collabore avec la police. Chaque année, la SQ reçoit de 20 à 30 dénonciations acheminées par l'organisme Child Find Manitoba, créateur de Cyberaide.ca. Le site se targue d'avoir donné des informations qui ont mené à 27 arrestations depuis sa création en 2002.

Trois pédophiles ont été identifiés au Québec grâce à ce site, selon le lieutenant Gaudreau. L'un d'eux, un Montréalais de 33 ans, violait sa fille de 4 ans et un garçon d'un an. «Tu veux savoir jusqu'où tu peux aller», a expliqué le pédophile à un policier lors de son interrogatoire en juin 2005. Des extraits de l'interrogatoire ont été diffusés lors du colloque. L'homme a plaidé coupable, mais il n'a jamais reçu sa sentence. Il s'est suicidé dans sa cellule ce jour-là.

«Plus tu fournis de matériel neuf et exclusif à la communauté de pédophiles, plus tu en reçois en retour», explique le lieutenant Gaudreau. C'est ce que recherchait le père de famille en distribuant des vidéos de lui-même en train de violer sa fille. Pour prouver l'exclusivité du matériel, certains pédophiles n'hésitent pas à inscrire sur une feuille tenue par leur jeune victime le nom du destinataire lors du tournage vidéo. Des pédophiles vont même jusqu'à offrir des agressions sexuelles en direct sur le web.

Pour la première fois au Canada en novembre dernier, un homme a été arrêté en Ontario après qu'un policier l'eut vu agresser, en direct sur internet, une fillette. L'an passé, la police a aussi arrêté un homme d'Edmonton qui faisait partie d'un réseau international de distribution de matériel de porno juvénile. Carl Treleaven a plaidé coupable et a contribué à mettre sous les barreaux 64 autres personnes au Canada et dans le monde, notamment en Australie et en Angleterre. Deux Québécois ont été arrêtés dans le cadre de cette enquête nommée projet Wickerman. Un Montréalais de 27 ans était l'un des administrateurs temporaires du réseau. Sans emploi, il vivait chez sa mère et passait une dizaine d'heures par jour à échanger du matériel sur le web. Incapable d'interagir avec les femmes, il collectionnait les images de petits garçons. Il a récemment plaidé coupable à une accusation de possession de pornographie juvénile.

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