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L'industrie musicale en quête d'une identité

«Imaginez un monde virtuel où le trafic entier de la musique en ligne serait monnayable», nous suggère l'Américain Scott Cohen dont l'entreprise The Orchard est un leader mondial de la distribution électronique - bureaux dans 25 pays, 2500 labels représentés, tous genres musicaux confondus. Eh bien ce monde ne serait pas rentable pour l'industrie.

Scott Cohen a fait l'exercice devant une foule de professionnels réunis aux Rencontres québécoises de l'industrie de la musique, tenues hier et mercredi par l'ADISQ au Marché Bonsecours.

«Si nous touchions 99 cents sur chaque chanson circulant sur les réseaux peer to peer illégaux, un trafic estimé à environ un milliard de chansons par mois, nous obtiendrions 12 milliards par an. Ajoutons cette somme à ce que nous touchons vraiment en ligne avec les services légaux de téléchargement, soit 360 millions par an. Les revenus de iTunes? Environ 350 millions. Les sonneries de téléphone, elles, rapportent plus d'un demi-milliard en 2006. Le partage des revenus publicitaires sur l'internet ? MySpace a généré 280 millions en 2006, un petit pourcentage revient aux créateurs. Faisons la somme: moins de 15 milliards US si le piratage était totalement éradiqué. Ce n'est vraiment pas suffisant.»

Provocateur, Scott Cohen estime que ces ventes ne peuvent et ne pourront compenser les bénéfices des ventes de CD qui fondent comme neige au soleil.

«Les revenus de l'industrie de la musique étaient d'environ 40 milliards en 1999, ils étaient de plus ou moins 30 milliards au cours de la dernière année. On recensait 4000 manufacturiers de CD il y a 10 ans aux États-Unis, il n'en reste que 2000... Ceux qui croient encore à la vie du CD sont comme mes compatriotes américains qui persistent à nier le réchauffement de la planète!»

Alors? Comme tant d'observateurs allumés de l'industrie de la musique, Scott Cohen croit qu'il est devenu urgent de rajuster le tir: «Nous devons opter pour une approche mondiale fondée sur un système de redevances - imaginez si tout le monde était mis à contribution: 1,1 milliard de connexions internet, 2,6 milliards de téléphones portables. Ce rajustement se produira dans un avenir pas si lointain, car les CD poursuivront leur descente vertigineuse», conclut le propriétaire de The Orchard.

Mais de quelle façon ces nouveaux partenaires rétribueront les créateurs de musique?

«Tout dépend du type de contenu, c'est-à-dire leur impact au près de notre clientèle. Nous remettons déjà de 30% à 60% de nos revenus publicitaires aux fournisseurs de contenus, tous droits inclus», indique Scott Kepron directeur associé au développement d'affaires chez Bell Mobilité. Quant au partage des revenus de la fourniture d'accès, on repassera.

Les redevances sont de plus en plus importantes, croit néanmoins l'éditeur Phil Hardy. Selon lui, plusieurs scénarios sont possibles: «Les majors pourraient s'accrocher et maintenir un certain contrôle. Mais de nouveaux modèles d'affaires pourraient aussi s'imposer, les artistes pourraient même s'approprier le contrôle de leur production.»

«On s'entend sur le fait que le CD va disparaître un jour. Quant à la vitesse où on va en arriver là, je ne crois pas que ce soit aussi rapide que ne le prédit Scott Cohen, soutient Solange Drouin, directrice générale de l'ADSIQ. Je suis néanmoins d'accord avec lui dans son empressement d'investir le marché numérique. C'est aussi clair qu'il faudra trouver des revenus ailleurs que dans les actuels modèles d'affaires. En fait, il faut entièrement repenser le modèle de la distribution de la musique. Dans cette optique, les fournisseurs d'accès internet, les entreprises de télécommunication et de téléphonie mobile sans compter les manufacturiers d'outils numériques devront tous faire partie de la solution.




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