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Livres numérisés: faut-il craindre Google?

AFP
Washington

La numérisation des grandes bibliothèques représente une transition majeure et obligatoire dont il ne faut pas laisser le monopole à un seul groupe comme Google, estime Jean-Claude Guédon, professeur de littérature comparée à l'Université de Montréal et vice-président de la Fédération canadienne des sciences humaines, interviewé par l'AFP.

Quels sont les enjeux de la numérisation des grandes bibliothèques ?

Nous sommes dans une grande période de transition, celle qui fait passer une culture d'une assise imprimée à une assise numérisée. C'est l'équivalent du passage à l'imprimerie au XVe siècle.

Tous les pays, toutes les cultures doivent s'y mettre. Celles qui ne le feront pas de façon suffisamment rapide, sur une échelle suffisamment grande et avec les bons moyens, ces langues, ces cultures vont être marginalisées, c'est aussi simple que cela.

Des pays qui avancent vite et bien vont occuper une place importante dans le concert international de la culture et vont décider d'un bon nombre d'enjeux pour les siècle à venir.

Une fois qu'on est dans la numérisation, on y est pour des siècles. N'oubliez pas que c'est la forme ultime de l'écriture, on ne peut guère simplifier plus qu'en écrivant avec deux signes, un 1 et un 0.

Faut-il avoir peur de Google qui va numériser les livres de nombreuses grandes bibliothèques américaines ?

Le but de Google est de créer un gigantesque corpus de textes venant de toutes les grandes bibliothèques en contrôlant les fichiers de reconnaissance de caractères qui sont derrière les pages images.

Google a mis au point des techniques de numérisation de masse sommaires mais efficaces pour numériser des dizaines de milliers de livres par mois.

Une fois ces textes numérisés en masse, tout le monde pourrait être forcé de chercher ses textes à travers Google. Comment voulez-vous justifier dans un organisme quelconque le projet de refaire pour un prix plus cher ce qui est déjà disponible par Google ?

Imaginez toutes les grandes bibliothèques du monde qui auraient leur catalogue contrôlé par une seule compagnie privée. C'est un peu inquiétant. Ce que fait Google, c'est ce qu'à fait Microsoft sur les ordinateurs en imposant son système d'exploitation.

C'est ce qui explique la volonté d'une certain nombre d'organismes de vouloir créer un projet concurrent.

Google a pourtant donné 3 millions de dollars au projet de l'Unesco d'une Bibliothèque numérique mondiale (World Digital Library) ?

Cela, c'est la feuille de vigne... si vous me pardonnez l'expression.




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