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La présidentielle française dans Second Life

Nicolas Sarkozy, le candidat favori de la droite en vue de l'élection présidentielle française, s'avance tranquillement, fendant la foule de partisans socialistes sur sa majestueuse monture noire.

«Après les cochons du Front national, voilà Sarko et les chevaux», commente un militant irrité, tandis que le politicien, en marge de la foule, commence une inquiétante mutation.

Ses bras et ses jambes s'allongent, son complet disparaît au profit de vêtements sexy et sa tête fait place à celle de... la candidate socialiste Ségolène Royal, armée d'un fouet.

Quelques minutes plus tard, la dite Ségolène se retrouve au bord d'une piscine, discutant tranquillement avec le chef du Front national (FN), Jean-Marie Le Pen, vêtu pour l'occasion d'un modeste caleçon blanc et de lunettes.

Bienvenue dans l'univers singulier de Second Life, un jeu 3D sur le Web, d'origine américaine, devenu au cours des dernières semaines un nouvel espace d'affrontement pour les partis français en lice pour le scrutin d'avril prochain.

Le Pen virtuel

Il permet à ses quelque trois millions d'usagers d'adopter un personnage de leur choix - appelé «avatar» - qui peut se déplacer et voler dans divers environnements virtuels et interagir avec les personnes rencontrées, notamment en discutant.

Le Front national a créé l'événement en décembre en annonçant l'ouverture d'une permanence virtuelle dans le jeu, devenant la première formation hexagonale à procéder en ce sens.

«Notre parti n'a pas d'ouverture dans les médias traditionnels. Nous sommes donc constamment forcés de chercher d'autres façons de faire passer notre message», explique le responsable de la section jeunesse du parti d'extrême droite, Alexandre Ayroulet.

L'arrivée de la formation n'a pas fait que des heureux dans Second Life. Rapidement, des manifestants ont convergé vers le local avec des pancartes montrant Jean-Marie Le Pen avec une moustache à la Hitler.

L'affrontement a dégénéré au fil des jours en bataille rangée. Les comptes rendus réalisés par les journalistes qui travaillent dans le jeu - l'agence Reuters y compte notamment un reporter à temps plein - relatent que des opposants attaquaient le local du FN avec des grenades en forme de cochon rose et des feuilles de marijuana.

M. Ayroulet affirme que ces attaques, inoffensives, étaient le fruit de quelques «énergumènes virtuels» se croyant investis d'une «mission divine» contre le parti.

Finalement, la formation d'extrême droite a déménagé dans un autre secteur de l'île. Une vingtaine de personnes y discutaient lors du passage de La Presse dans Second Life, ce week-end.

«Nous sommes tous d'accord sur la nécessité de botter les Noirs, les Arabes et les youpins hors de France», a commenté un des participants, sans susciter de commentaires réprobateurs.

Ségolène plonge aussi

Le Parti socialiste (PS), après avoir réagi avec scepticisme à l'entrée du FN dans le jeu, a annoncé l'ouverture de sa propre section il y a quelques semaines. Il s'agit d'un espace de discussion décoré de quelques dizaines de chaises, où plusieurs forums ont été organisés.

Les échanges fusent et vont dans toutes les directions. «C'est un niveau de conversation digne du café de la gare», a commenté ce week-end AlphaOmega, un avatar à l'image de Jésus-Christ portant une énorme croix et un gigantesque joint de marijuana.

L'endroit est aussi sujet aux «attaques virtuelles», comme en témoigne le passage d'un avatar qui s'est mis à crier «FN, FN, FN», supplantant du coup toutes les autres conversations pour quelques instants. Des logos du parti d'extrême droite, s'élevant comme des bulles, ont aussi été lancés à plusieurs reprises.

Le PS, qui a inauguré son local avec un discours de la «vraie» Ségolène Royal, affirme que Second Life est un «lieu d'échange, un lieu participatif par excellence où chacun contribue à la création de ce monde».

Puissant outil

Bien que certains de ses militants soient présents et arborent des t-shirts aux couleurs du parti, l'UMP de Nicolas Sarkozy n'a pas ouvert de bureau dans Second Life. «Pour nous, la campagne va se dérouler dans la vie réelle avec des vrais gens, pas des avatars», a déclaré récemment le secrétaire national du parti.

Ce qui n'a pas empêché Chris Houliez, ressortissant français résidant en Saskatchewan, de produire des caricatures tridimensionnelles des candidats présidentiels, incluant une de Nicolas Sarkozy.

C'est lui qui, dimanche, était caché derrière l'avatar du candidat de droite lorsqu'il circulait parmi les militants socialistes en présence du représentant de La Presse, réincarné pour l'occasion sous le nom de Marko Voom.

C'est lui encore qui a produit l'avatar de Jean-Marie Le Pen rencontré un peu plus tard. " J'en ai vendu quelques-uns jusqu'à maintenant ", a expliqué M. Houliez lors d'une entrevue réalisée à sa maison virtuelle. Il s'était alors réincarné sous la forme d'un minuscule George W. Bush, portant de grandes bottes de cow-boy.

Ce professeur d'université estime que l'UMP a tort de se montrer aussi «méprisante» puisque Second Life constitue, selon lui, un outil de communication très puissant qui est appelé à gagner en importance, y compris dans la sphère politique.

«La preuve, c'est qu'il me permet de participer à la campagne à partir de la Saskatchewan... Je ne connais pas le sens du mot distance», conclut-il.

Un monde incontournable

Bien que l'initiative ait peu de précédents, le Front national et le Parti socialiste français ne sont pas les premières formations politiques à user de Second Life comme vitrine. Mark Warner, qui fut un temps pressenti comme candidat à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle américaine de 2008, y a notamment tenu une conférence de presse.

Une représentation virtuelle de la Chambre des représentants américaine, cautionnée par le Congrès, existe par ailleurs dans le jeu. Plusieurs entreprises sont présentes pour offrir leurs produits. De grandes universités américaines ont par ailleurs des campus. La semaine dernière, la Suède a annoncé qu'elle deviendrait le premier pays à ouvrir une «ambassade» dans le jeu.

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