Le Super Bowl de l'intelligence artificielle (IA) aura lieu à Montréal la semaine prochaine. Huit mille délégués, dont les plus grands spécialistes mondiaux de l'apprentissage automatique, seront réunis au Palais des congrès pour un marathon d'ateliers et de présentations scientifiques.

Mis à jour le 30 nov. 2018
JEAN-SÉBASTIEN GAGNON LA PRESSE

La Conférence sur les systèmes de traitement de l'information neuronale, ou NeurIPS en anglais, est l'événement le plus important de l'année pour ce secteur technologique très pointu, mais dont les commanditaires, tout comme au Super Bowl, figurent parmi les plus grandes entreprises de la planète : Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Facebook, de même que la banque d'affaires JP Morgan et les sociétés chinoises Baidu, Tencent et Huawei.

Les statistiques entourant cet événement confirment l'intérêt croissant des multinationales pour ce secteur de recherche en général et la place qu'y occupe Montréal en particulier : alors que le nombre d'entreprises partenaires de l'événement a plus que doublé par rapport à l'édition tenue en Californie l'an dernier, la première tranche de 2000 billets mis en vente en septembre s'est écoulée en seulement 11 minutes.

Il avait fallu 12 jours pour atteindre la même marque en 2017, et six semaines l'année précédente.

Pour Montréal International, dont l'une des missions est de promouvoir la métropole auprès des investisseurs, travailleurs et étudiants étrangers, cette conférence est l'occasion de renforcer des liens ou d'en tisser de nouveaux.

« Le nom, le brand de Montréal dans le secteur de l'intelligence artificielle est maintenant reconnu », assure Stéphane Paquet, vice-président, investissements étrangers et organisations internationales de Montréal International.

« Lorsqu'on participe à des événements internationaux, on ne nous demande plus : "Pourquoi Montréal ?", mais plutôt à quel point c'est facile de s'y établir. »

L'organisme de démarchage va profiter de l'événement pour annoncer mardi l'implantation à Montréal de trois nouveaux acteurs majeurs dans le domaine. « Après l'arrivée des Google, DeepMind et compagnie, on assiste maintenant à un intérêt de la part d'entreprises issues de secteurs plus traditionnels comme l'aéronautique, la santé ou le commerce de détail, qui souhaitent profiter du bassin de talent présent à Montréal et y ouvrir un laboratoire de recherche », dit Stéphane Paquet.

Pionnier du domaine et directeur du laboratoire de Google dans la métropole, le Québécois Hugo Larochelle est l'un des scientifiques qui ont supervisé le processus de sélection et la relecture des articles scientifiques soumis dans le cadre de NeurIPS.

« Ce qui fait tout l'intérêt de cette conférence, c'est la grande profondeur et la variété des travaux qui y sont présentés », dit-il.

Plus de 4700 articles ont été soumis au total, dont seulement un millier a été retenu pour une présentation durant l'événement. Il s'agit d'un travail de relecture titanesque auquel plus de 3500 spécialistes ont participé.

« C'est excellent pour le curriculum vitae d'un étudiant lorsqu'un article qu'il a soumis est présenté au NeurIPS, dit Hugo Larochelle. C'est très prestigieux. »

Compte tenu de la rareté des spécialistes en intelligence artificielle et de la forte demande, la conférence est aussi devenue au fil des ans une véritable foire de l'emploi, reconnaît M. Larochelle. L'agence Bloomberg, qui couvrait l'événement l'an dernier, a parlé d'une frénésie digne du recrutement annuel de la NFL.

Le NeurIPS sera l'occasion de procéder au lancement officiel de la « Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'intelligence artificielle », une initiative de l'Université de Montréal qui est le fruit d'un an de consultations, tant auprès du public que des scientifiques et des gens d'affaires, en vue de baliser l'IA pour que le développement de cette dernière demeure conforme aux valeurs de progrès social.

Des sociétés comme la montréalaise Imagia, spécialisée dans l'application de l'IA en recherche médicale, profiteront aussi d'une journée portes ouvertes dimanche au Palais des congrès pour faire connaître leurs travaux à un plus large public, explique Alexandre Le Bouthillier, cofondateur et chef des opérations de l'entreprise.

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Quelques percées récentes en IA réalisées à Montréal

Octobre 2018

Un algorithme développé par le laboratoire de Facebook, dirigé par la Québécoise Joëlle Pineau, parvient à recréer une recette de tourtière à partir d'une simple photographie.

Septembre 2018

La société Aifred met au point un outil diagnostique qui permet de prévoir avec plus de précision l'efficacité des traitements contre la dépression.

Août 2018

Le Brain Mining Lab crée un algorithme qui détecte les émotions d'une personne selon la manière dont elle appuie sur l'écran de son téléphone intelligent.