Les bracelets d'entraînement, c'est pratique. Mais la technologie sportive, c'est bien plus : dérailleurs intelligents, piratage potentiel et capteurs pour visualiser son élan de golf. La Presse fait le point sur la tendance et les produits.

Publié le 24 mai 2015
SIMON LORD LA PRESSE

LES SPORTS À L'ÈRE DU TOUT-INTELLIGENT

La technologie transforme le sport. Elle optimise l'entraînement, confirme les buts marqués, améliore le confort et la performance des équipements. Mais comme c'est souvent le cas dans le domaine techno, les nouveaux gadgets coûtent cher et sont vulnérables au piratage.

Pour l'instant, l'équipement grand public 2.0 le plus connu des consommateurs demeure sans doute le bracelet d'entraînement. Il en existe une kyrielle, dont ceux de Nike, Fitbit et Jawbone. Mais les entreprises ont flairé le profit et commencent à créer d'autres « bébelles » branchées en munissant différents équipements de puces et de capteurs.

« Le sport-spectacle et le sport de pratique sont devenus tendance, surtout chez les jeunes. Et les jeunes sont férus de technologie. On a là une combinaison très intéressante pour les compagnies qui fabriquent ces produits », estime André Richelieu, professeur titulaire en marketing du sport à l'Université du Québec à Montréal.

Shimano dévoilait l'an dernier le premier dérailleur intelligent pour vélo de montagne. C'est un dérailleur sans fil qui change les vitesses grâce à un petit moteur. Il fait partie du groupe XTR M9050 Di2. Mais à un prix de détail de 4000 $US, ce système n'est probablement pas destiné aux jeunes cyclistes.

Les équipements branchés grand public visent plusieurs marchés, dont les athlètes de haut niveau. On peut également penser aux sportifs gonflables.

« C'est comme les gens qui achètent une voiture à 100 000 $ parce qu'ils en ont les moyens, alors qu'une Camry ferait l'affaire. Pour certains, ça devient plus de l'exhibitionnisme que du sport », dit André Richelieu, qui estime cependant que ces acheteurs sont probablement un marché secondaire.

Pour le moment, les équipements intelligents ne semblent par susciter d'engouement généralisé. « Il n'y a pas encore nécessairement de clients qui parlent de ces produits », dit Antonin Lambert, gestionnaire d'Ekkip boutique sport, à Montréal.

Le magasin offrira toutefois sous peu le capteur Sony Smart Tennis. Il enregistre entre autres la vitesse des tirs et permet de visualiser le point d'impact de la balle sur la raquette au moyen d'une application pour téléphone intelligent.

Comme cet appareil coûte environ 200 $ à l'achat, l'entreprise prévoit aussi le louer à 20 $ par jour. « Ça permettra aux gens de l'utiliser de temps à autre pour travailler leur technique », dit M. Lambert.

LES ENTRAÎNEURS TOUJOURS PERTINENTS

Les entraîneurs, eux, ont remarqué l'arrivée de ces produits. Mais ils ne craignent pas d'être remplacés par des capteurs et des téléphones intelligents.

« Ce n'est pas une menace. Certains de mes élèves ont des capteurs pour analyser leur swing. Mais souvent, ils sont incapables de corriger leurs erreurs », dit Jean Beaudry, enseignant-entraîneur de golf.

Et si ces appareils donnent une saveur « high-tech » au sport, il n'est pas toujours évident qu'ils amènent quelque chose de nouveau à la table.

« J'ai toujours filmé le swing de mes élèves. Ce qu'on voit en chiffres avec les capteurs, je peux déjà le voir avec ma caméra », explique M. Beaudry.

C'est sans compter que les capteurs et appareils grand public ne sont pas toujours de première qualité. « Il faut faire attention. La plupart de ces produits ont des accéléromètres bon marché. Si on désire avoir un accéléromètre portable, avec un échantillonnage de 100 Hz et une résolution de 100 g, ça coûte de 3000 $ à 5000 $ », indique David Pearsall, codirecteur du Groupe de recherche sur le hockey sur glace de l'Université McGill.

LE DANGER DU PIRATAGE

La technologie envahit par ailleurs les terrains de jeu. Beaucoup de ligues sportives nord-américaines de haut niveau ont implanté un système de reprise vidéo, alors que les ligues de soccer européennes commencent à recourir aux ballons intelligents qui confirment les buts marqués.

Tout ça met la table pour les pirates. Le NCC Group, un consultant international en sécurité de l'information, a publié en février dernier une mise en garde contre l'exploitation des failles de sécurité des équipements sportifs technologiques.

Un cycliste pourrait perpétrer une attaque contre un concurrent en causant un malfonctionnement de son dérailleur électronique à un moment inopportun. Des criminels pourraient frauder les paris sportifs en prenant le contrôle des systèmes de confirmation des buts.

Un autre risque, peut-être plus probable, c'est qu'il soit de plus en plus difficile de s'équiper à bon prix.

« On l'a vu dans tous les domaines de la technologie, dit André Richelieu. C'est pratiquement impossible de trouver un téléphone cellulaire de base pour se dépanner. Il faut acheter des modèles extrêmement sophistiqués qui demandent un doctorat pour savoir comment ça fonctionne. »

PLUS VITE, PLUS HAUT, PLUS FORT ET PLUS INTELLIGENT

Des équipes d'experts aident les athlètes de haut niveau à perfectionner leur technique. Dans cette course à la performance, les outils technologiques arrivent en tête.

« Utiliser la technologie nous donne un énorme avantage », dit Pro Stergiou, directeur de la biomécanique et de l'analyse de la performance au Centre canadien du sport, à Calgary.

Il travaille avec les athlètes olympiques et paralympiques canadiens de plusieurs disciplines, comme le bobsleigh, le hockey, la natation et le ski. Son rôle est de les aider à améliorer leur technique et à utiliser leur équipement d'entraînement ou d'analyse de manière optimale.

Plus généralement, son travail vise deux objectifs : réduire les blessures et améliorer la performance.

Pour ce faire, Pro Stergiou et son équipe font appel entre autres à l'électromyographie. C'est une technique qui permet de mesurer l'activation musculaire grâce à des électrodes placées sur les muscles.

« On peut par exemple mesurer les asymétries gauche-droite. Une déficience sur ce plan peut parfois mener à des blessures. Si on trouve un problème, on peut alors dire à l'athlète de travailler la force d'un muscle sur un côté en particulier », dit Pro Stergiou.

Actuellement, il travaille surtout avec les équipes de bobsleigh, de luge et de skeleton. Pour analyser leurs performances, il utilise entre autres des accéléromètres. Il s'agit d'un appareil permettant de mesurer l'accélération de l'objet sur lequel il est installé et d'estimer la vitesse du déplacement.

Cette technologie n'est toutefois pas avant-gardiste. On la retrouve dans la plupart des téléphones intelligents. C'est ce qui leur permet de connaître leur orientation pour présenter l'écran du bon côté.

Cela signifie que presque tout le monde a dans sa poche un outil pour évaluer sa performance sportive.

« Certaines personnes collent leur téléphone intelligent sur leur bobsleigh avec du ruban adhésif. Ça leur permet d'obtenir l'information générée par l'accéléromètre du téléphone avec une application gratuite », dit Pro Stergiou.

Ils peuvent donc savoir, par exemple, qu'ils ont atteint une force de 5G dans un virage. Mais qu'est-ce que ça dit sur leur performance ? C'est trop, ou trop peu ?

« La technologie facilite énormément la récolte de données. Mais c'est beaucoup plus important de savoir comment interpréter l'information qui est générée par ces appareils », dit Pro Stergiou, directeur de la biomécanique et de l'analyse de la performance au Centre canadien du sport.

En luge, au départ, les athlètes se propulsent sur la piste en tirant sur des poignées. Ensuite, ils prennent de la vitesse en « pagayant » sur la glace, comme des petits singes, avec des gants cloués.

« On sait qu'ils auront une mauvaise performance s'ils ont un mauvais départ », dit M. Stergiou.

Les accéléromètres permettent de déterminer à quel moment l'athlète est inefficace et de déterminer quelle lacune technique il doit corriger. Le mois suivant, les tests reprennent.

« Depuis 10 ans, nous avons ainsi réussi à faire de nos lugeurs les meilleurs au monde, en phase de départ, grâce aux outils technologiques. »

ÉQUIPEMENT SPORTIF INTELLIGENT

Il existe déjà une bonne gamme de produits sportifs intelligents destinés au grand public. Coup d'oeil sur une poignée d'entre eux.

ZEPP

Le Zepp est un capteur qui permet de visualiser son élan de golf et de baseball ou son coup au tennis et de colliger des données sur ceux-ci, comme la vitesse ou l'angle de frappe. Le gadget transmet les données vers son appareil intelligent à l'aide de la technologie Bluetooth. L'application permet ensuite d'analyser son coup et de le comparer à celui de ses amis ou de différents athlètes professionnels. Elle génère aussi des conseils personnalisés pour améliorer sa technique. Le Zepp coûte 149,99 $US et peut être commandé sur le site web de l'entreprise.

KAYAK POWER METER

Le Kayak Power Meter est un manche de pagaie intelligent pour les kayakistes. Il permet de mesurer la puissance et la fréquence de pagayage. Les données sont colligées pour le côté gauche et le côté droit, puis affichées en temps réel sur un appareil compatible ANT+ comme la montre d'entraînement Garmin Forerunner 310XT ou même un Samsung Galaxy S5. Elles peuvent aussi être envoyées vers un ordinateur et analysées à l'aide du logiciel de l'entreprise, offert seulement pour Windows, ou d'autres logiciels similaires. Un modèle pour le canot et le SUP est en développement. Le Kayak Power Meter de base peut être commandé sur le site web de l'entreprise néo-zélandaise pour 1068 $US, incluant la livraison.

SHIMANO XTR M9050 DI2

Le Shimano XTR M9050 Di2 est le premier dérailleur intelligent, électronique et sans fil pour vélo de montagne. Il permet de contrôler les dérailleurs avant arrière à l'aide d'une seule manette. L'ensemble M9050 en entier, incluant entre autres les dérailleurs, pédaliers et freins, coûte environ 4000 $US. Il est offert en ligne et dans certaines boutiques de vélo locales.

94FIFTY

Le ballon de basketball intelligent 94Fifty est muni d'un capteur. Il mesure les forces appliquées sur le ballon, comme la rotation et l'accélération, et transmet les données vers une application compatible avec Android et iOS. On peut alors savoir, par exemple, si on applique trop, ou pas assez, de rotation sur le ballon. Il est aussi possible de comptabiliser les tirs réussis et manqués, mais pour ça, il faut acheter le filet intelligent 94Fifty. Le ballon et le filet sont offerts sur le site web du fabricant, respectivement au coût de 219,99 $ et de 24,99 $.

RECON SNOW2

Le Recon Snow2 est un affichage HUD qui s'intègre aux lunettes de ski compatibles. Il permet de superposer une foule d'informations au verre des lunettes, un peu comme les casques de pilotes d'avion de guerre. Diverses données peuvent être affichées ou stockées, comme la vitesse et l'altitude actuelles, l'endroit où se trouvent nos amis, le dénivelé et la distance parcourue. Les lunettes peuvent aussi être connectées à son téléphone, via Bluetooth, pour prendre le contrôle de la musique et afficher les appels entrants. Le Recon Snow2 est offert pour 399 $US sur le site web de l'entreprise de Vancouver.

PHOTO FOURNIE PAR ZEPP