Le rachat controversé du groupe informatique américain Dell par son PDG-fondateur semble de plus en plus compromis, après un rejet mercredi des conditions qu'il posait à un relèvement de son offre.

Sophie ESTIENNE AGENCE FRANCE-PRESSE

À deux jours d'une assemblée générale censée trancher sur l'avenir du groupe, le comité spécial qui supervise le projet au sein du conseil d'administration a donné une fin de non-recevoir à la dernière demande de Michael Dell.

«Le comité n'est pas prêt à accepter votre proposition», lui a-t-il écrit.

Michael Dell, qui contrôle 15,6% du capital, tente depuis début février de convaincre les autres actionnaires de le laisser racheter le reste.

Il estime qu'une fois le groupe retiré de la Bourse, il pourra plus sereinement le recentrer sur d'autres marchés que celui du PC, en plein marasme. Plusieurs grands actionnaires, à commencer par l'investisseur Carl Icahn qui est la 2e force au sein du capital, s'opposent à l'opération, car ils jugent le prix proposé insuffisant.

Avec son associé, le fonds Silver Lake, Michael Dell s'est dit la semaine dernière prêt à relever son offre de 10 cents à 13,75$ par action. C'est une rallonge de 150 millions de dollars par rapport au projet de 24,4 milliards annoncé début février.

Il exigeait en échange un changement du mode de calcul du résultat des votes des actionnaires susceptible de lui faciliter la tâche: seulement le capital présent ou représenté devait être pris en compte pour calculer le résultat du vote. L'accord de février prévoyait que la proportion de votes favorables soit calculée par rapport à l'ensemble du capital, mais cela revient à compter les abstentions comme des «non».

Le comité spécial a rejeté cette demande, indiquant que si le nouveau prix est soumis aux actionnaires, ce sera «selon les modalités de vote existantes».

Seule concession: il propose de modifier la date de détention des actions Dell faisant référence pour pouvoir participer au vote, ce qui «permettrait aux nombreux actionnaires qui ont acheté leurs actions après le 3 juin (date de référence jusqu'ici) de voter sur la transaction», note-t-il.

Relever le prix «n'en vaut pas la peine»

Si Michael Dell n'accepte pas ses propositions, le comité spécial indique que son offre initiale de 13,65$ par action sera soumise comme prévu aux actionnaires lors de l'assemblée de vendredi.

Ce sera la troisième tentative pour faire voter les actionnaires, après deux reports ces deux dernières semaines.

«Ça suffit!», a d'ailleurs jugé Carl Icahn dans une lettre aux actionnaires et au comité spécial où il s'oppose à un changement de date qui entraînerait de nouveaux retards. «Laissons le vote avoir lieu vendredi. Michael Dell a dit qu'il était "en paix quelle que soit l'issue". (...) Il est temps de laisser le projet mourir».

Les investisseurs semblent perdre l'espoir d'une issue positive: à la Bourse de New York, l'action Dell a reculé de 1,56% mercredi et clôturé à 12,66$, bien en dessous du prix offert par le PDG.

«L'accord de Michael Dell et Silver Lake a l'air mort», résume le site d'analyses 247wallst.com, soulignant que même s'ils acceptent les propositions du comité spécial, «le changement ne suffira probablement pas à faire pencher la balance en leur faveur».

«La seule munition qui leur reste est une grosse augmentation de leur offre. Mais si elle était disponible, ils l'auraient utilisée depuis longtemps», relève le site.

«Je ne vois pas Michael Dell relever le prix, ça n'en vaut pas la peine», juge aussi Trip Chowdhry, un analyste de Global Equities Research.

Carl Icahn assure avoir déjà un candidat pour remplacer Michael Dell, et que renverser la direction du groupe sera son combat suivant s'il arrive à faire échouer le projet de rachat.

Le PDG a indiqué pour sa part dans une interview le week-end dernier avec le Wall Street Journal que même en cas d'échec, il comptait bien rester en poste.

«Si c'était moi, je retirerais l'offre, laisserais l'action tomber et me préparerais à un combat avec Icahn en le désignant comme la cause des malheurs des actionnaires», commente un autre expert du secteur, Robert Enderle. Mais «les fondateurs ont tendance à être plus tenaces que d'autres dirigeants», note-t-il.