Les analystes financiers ne sont pas tendres avec RIM. C'est pourquoi le fabricant ontarien ignore les mauvaises nouvelles et se concentre sur la mise en marché, d'ici fin mars, de la prochaine génération de ses BlackBerry, qu'elle positionne comme un troisième choix solide derrière les appareils Android et iOS.

Alain McKenna LA PRESSE

«Le lancement de nos plus récents appareils, dont la tablette Playbook, nous a appris une foule de choses. Ce qu'on retient, c'est qu'à l'avenir, nous concentrerons nos efforts sur la satisfaction des fournisseurs de services sans fil, qui recherchent activement une troisième voie au-delà des appareils Android et iOS», résume Jean-Philippe Bouchard, directeur de la mise en marché pour Research in Motion.

M. Bouchard était à Montréal, à la fin de la semaine dernière, afin de présenter BlackBerry 10, son nouveau système né de l'acquisition des sociétés QNX, The Astonishing Tribe, Torch Mobile et Tungle. Naissance difficile dont le report répété a coûté cher au fabricant canadien. La veille de sa conférence à Montréal, un analyste notait encore que RIM allait attendre jusqu'à la fin mars pour lancer son prochain BlackBerry, un téléphone à écran tactile qui sera le premier de six nouveaux modèles attendus en 2013.

Nouvelle note d'analyste, nouvelle chute boursière. «On reconnaît que le marché est beaucoup plus concurrentiel qu'avant, mais les analystes financiers voient à trop court terme», se défend M. Bouchard. «BlackBerry 10, ce n'est pas qu'un téléphone: c'est un système conçu pour les 10 prochaines années qui nous fera gagner des parts de marché contre Apple, Microsoft, Nokia et Samsung dès l'an prochain.»

Applications, toujours importantes

Une «troisième voie» derrière Apple et Google, ça signifie une rivalité avec Microsoft qui semble se jouer en deux temps: les applications, puis le marché des entreprises. Ces derniers mois, RIM et Microsoft se sont d'ailleurs livrés à une chasse effrénée aux concepteurs d'applications mobiles.

Pour RIM, l'avantage est financier. Une étude réalisée le printemps dernier par la firme VisionMobile indique qu'en moyenne, chacune des 70 000 applications publiées dans sa boutique App World, incluant les jeux, rapporte mensuellement 3776$ à son développeur. C'est moins que les 4821$ des applications iOS, mais c'est mieux qu'Android (3319$) et, surtout, que le Marketplace de Windows Phone (1686$).

Ça se complique du côté des entreprises. Au Canada, RIM détient encore une bonne part de ce marché, mais ils sont nombreux les gestionnaires TI à songer à un renouvellement de leur plateforme mobile d'ici Noël. Sans nouveau BlackBerry à considérer, ils lorgnent surtout du côté d'Apple, ou même de Microsoft. Le lancement simultané de Windows 8 et de Windows Phone 8, ainsi que d'outils simplifiés de gestion des deux plateformes combinées, est perçu positivement par plusieurs d'entre eux.

RIM répliquera le printemps prochain avec BlackBerry Balance, un paramètre de sécurité isolant les applications de travail des applications personnelles de BlackBerry 10.

Quoiqu'en disent les analystes, RIM assure ne manquer ni d'argent ni d'ambition. Le temps, lui, commence à se faire rare. À Waterloo, on fonce les yeux fermés. «Nous nous concentrons sur l'exécution. Lançons un système BlackBerry libre de tout bogue, et on verra après pour la suite», conclut Jean-Philippe Bouchard.