Apple souffle les bougies du cinquième anniversaire du lancement de l'iPhone. Cinq ans de croissance exponentielle qui ont vu croître ses revenus de 41% par année, ses bénéfices d'exploitation de 69% et ses bénéfices par action de 65%.

Stéphanie Grammond LA PRESSE

Au-delà de l'iPhone, qui reste la pierre angulaire de sa stratégie, Apple a réussi à créer un véritable «écosystème», indique Michael Holt, analyste financier chez Morningstar.

Les consommateurs n'achètent pas simplement un appareil électronique, ils accèdent aussi à une panoplie d'applications et de contenus qu'ils bâtissent au fil des ans. «Cela permet de créer une relation qui survit au-delà du cycle de vie normal d'un simple et unique appareil», note l'analyste.

D'une part, la clientèle reste fidèle à Apple lorsque vient le temps changer d'appareil, plutôt que de chercher la marque qui offre le meilleur rapport qualité-prix, comme pour la majorité des produits (télévision, caméra, etc.). Et d'autre part, cet écosystème permet à Apple de lancer de nouveaux produits qui entrent très rapidement dans la routine des utilisateurs, explique M. Holt.

Cette révolution de l'industrie numérique a fait exploser Apple en Bourse. Son action qui valait 122$US, le jour du lancement de l'iPhone, il y a cinq ans, a touché un sommet de 644$US en avril dernier. Malgré le récent repli, à 569$US, le titre reste en hausse de 370% depuis cinq ans.

En février dernier, la valeur boursière d'Apple a dépassé la marque symbolique des 500 milliards de dollars US, un cap que seulement cinq autres entreprises ont déjà franchi dans l'histoire (Microsoft, Cisco Systems, Intel, General Electric et Exxon Mobil).

Mais cela a donné la frousse aux investisseurs qui se rappellent la déconfiture de certaines de ces entreprises. Par exemple, l'action de Cisco, qui avait grimpé à 82$US en 2000, a ensuite fondu à 15$US en quelques mois.

Ratio cours-bénéfices

Mais la comparaison avec Apple ne tient pas la route, estime Brian White, analyste chez Topeka Capital Market. «Lorsqu'elles ont franchi la barre des 500 milliards, les cinq entreprises avaient toutes (sauf Exxon) un ratio cours-bénéfices très élevé (environ 60 fois) et les sociétés de technologie profitaient d'un quasi-monopole», pointe-t-il.

Rien de tel pour Apple, qui se négocie à seulement 13 fois les profits. «C'est inférieur à la moyenne des 500 plus grandes entreprises américaines, malgré le fait qu'Apple a haussé ses profits de 86% par an, depuis sept ans», note M. White.

Il ajoute qu'Apple ne profite pas d'une situation monopolistique, comme Microsoft avec les systèmes d'exploitation ou Intel avec les processeurs. Au contraire, Apple ne détient que 5% du marché des ordinateurs, 9% des téléphones mobiles... mais 68% des tablettes numériques qu'il a inventées. Bref, il y a encore de la place pour la croissance, selon M. White.

«Apple est en voie de dégager le plus important bénéfice net jamais réalisé par une société inscrite en Bourse», prévoit-il. Selon l'analyste, le titre Apple pourrait dépasser 1000$US. En moyenne, les analystes sondés par Bloomberg ont un prix cible plus modéré de 734$US.

Apple devrait profiter de la croissance dans les pays émergents. En 2011, la Chine comptait pour 12% du chiffre d'affaires d'Apple, par rapport à seulement 2% en 2009. Et ce n'est qu'un début, selon Baird Equity Research. À preuve: au dernier trimestre, les ventes d'Apple en Chine ont bondi de 400%, par rapport au même trimestre de l'année précédente.

Cela dit, Apple n'est pas à l'abri de la morosité économique aux États-Unis, qui est encore son marché le plus important. La société pourrait aussi subir la concurrence de Google qui met de l'avant sa plateforme Android.

Mais ce qui a le plus pesé sur le titre d'Apple, depuis le printemps, est la peur que les fournisseurs de télécommunication américains cessent de subventionner l'achat de l'iPhone en offrant des téléphones au rabais pour attirer la clientèle.

Mais les craintes sont surfaites, considère Peter Misek, analyste chez Jefferies. Il souligne que les consommateurs américains apprécient la formule des téléphones subventionnés, comme l'a d'ailleurs confirmé le président d'AT&T Mobility.