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Papier électronique: implantation discrète

Vos habitudes de lecture seront-elles bouleversées dans un avenir proche? Si la technologie du papier électronique évolue plus rapidement que prévu, selon les experts, son implantation se fait encore modérément.

«On n'a pas encore trouvé l'alchimie du livre ou du journal. Au bout de quelques semaines, les utilisateurs reviennent au papier ou passent à l'ordinateur ou même à la lecture sur leur téléphone portable. Il faut donc réussir à se trouver dans une zone où l'on a un sentiment de lecture plus intéressant que sur le papier et l'ordinateur», admet le Français Bruno Rives. Associé à plusieurs projets d'implantation de papier électronique dans l'Hexagone (éducation nationale, journal économique Les Échos, etc.), ce consultant et conférencier était de passage cette semaine afin de faire le suivi sur la question auprès de professionnels de l'imprimé.

En mars dernier, La Presse a publié une série d'articles, sous ma signature, sur l'explosion imminente de cette technologie numérique. Rappelons que le concept du papier électronique repose sur des microcapsules d'encre qui constituent le texte à l'écran et qui comportent des caractéristiques fort intéressantes pour l'avenir des médias écrits: nettement moins énergivore (une seule recharge après avoir tourné 10 000 pages), résistant à l'eau, réinscriptible, communicant, comportant des applications comparables à celles des autres outils numériques - système de navigation, moteur de recherche, statistique de lectures, etc.

Qui plus est, la lisibilité de l'encre électronique reproduit les conditions de lecture du papier, alors qu'un écran rétroéclairé (ordinateur, cellulaire, iPod, etc.) cause 70% de déperdition de l'activité cérébrale. Pas plus de fatigue visuelle avec l'encre électronique qu'avec le papier, donc. Et que dire des considérations environnementales, aussi importantes, sinon plus, que les technologiques: l'implantation massive de l'encre électronique aura un effet positif sur la nature, qui a déjà beaucoup de mal à fournir en papier journal les classes moyennes émergentes sur cette petite planète - Inde, Chine, Brésil, Corée, etc. On imagine l'impact sur les manuels scolaires obligatoires; déjà, en Chine, des universités ont équipé leurs étudiants de lecteurs à encre électronique, ce qui coïncide avec une politique de reboisement du pays.

«La technologie évolue beaucoup plus rapidement que prévu. Ce sont surtout les acteurs du papier, papetières éthiques et imprimeurs visionnaires, qui développent cette technologie - la firme japonaise Topan, par exemple. Déjà, huit types d'encre ont été mis au point selon le type d'utilisation et une trentaine seront sur le marché d'ici deux ans. Une centaine de dispositifs différents de papier électronique ont été créés», explique Bruno Rives.

Cette très grande variété de projets de papier électronique infirme la tendance à l'implantation rapide d'un lecteur générique, comme l'est devenu le iPod dans le domaine de la lecture des fichiers audiovisuels. Il est donc trop tôt pour voir un modèle dominant poindre à l'horizon.

«Le lecteur de Sony, indique Rives, s'est très peu vendu jusqu'à maintenant - le contenu n'est pas très agréable à lire, des problèmes de DRM en affectent l'interopérabilité... Le projet du journal économique Les Échos est encore à l'état expérimental, on prévoit néanmoins avoir fidélisé un peu plus de 1500 lecteurs avec le lecteur StarEBook, ce qui est bien. Il faudra en outre observer de près l'évolution du Kindle, le lecteur d'Amazon.»

D'aucuns croient que le Kindle est actuellement l'un des lecteurs les plus complets sur le marché. Lancé cet automne par Amazon, ce lecteur comporte un écran noir et blanc, mais on l'estime plus facile d'usage que le eReader de Sony, par exemple. En fait, ce n'est pas tant la qualité du lecteur (encore peu convaincante pour le grand public) que sa capacité d'accéder aux contenus qui risque de conquérir les acheteurs précoces du papier électronique: c'est que son réseau se fonde sur une technologie cellulaire à large bande. Sans passer par l'internet, les utilisateurs américains du Kindle peuvent accéder à leurs contenus partout où il se trouvent (aux É.-U. seulement); il ont le choix d'acheter 93 000 livres, huit magazines, 11 journaux, ainsi qu'une plateforme de données incluant Wikipedia.

«Amazon trace sa route en investissant dans un tel réseau. Car c'est aujourd'hui que les places se prennent dans le marché», pense Bruno Rives. D'ores et déjà, le papier électronique permet aux livres et périodiques d'être enrichis de contenus audiovisuels, le format de lecture migre vers d'autres unités d'information écrite telles qu'on les connaît - la page du livre, les multi-colonnes de journal, etc. IRX, une filiale de Philips, a mis au point un prototype de lecteur à écran couleur qui en améliore la capacité de lecture, jugée trop lente. On passerait sous peu d'une capacité de 2 à 4 pages par seconde à 30 pages par seconde.

Chose certaine, nous en sommes encore aux premiers balbutiements de cette technologie, qui sera tôt ou tard consommée par une majorité de lecteurs. Quand? Voilà la question à 100 millions qui fait frémir les éditeurs et les groupes de presse. Car, une fois que l'imprimé aura basculé dans cet univers encore abstrait, l'économie des contenus sera bouleversée.




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