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Les contenus québécois victimes des pirates

À peine huit heures se sont écoulées depuis la diffusion du deuxième épisode des Boys, à Radio-Canada que, déjà, le segment apparaît sur le menu du site: «Les Boys — Série 01 épisode 02 [RIP by Ampli]». Le temps de le dire, une centaine d'utilisateurs commencent à se l'échanger. Le DVD copié du spectacle Les vraies affaires, de l'humoriste Guy Nantel, connaît aussi un franc succès sur le «tracker» pirate, mais ce n'est rien comparé à la popularité du dernier album-compilation de Sylvain Cossette, téléchargé illégalement par plus de 850 utilisateurs.

Bienvenue sur QuebecTorrent.com, un site pirate purement québécois créé il y a 14 mois, et qui se vante d'être «la référence québécoise du partage libre».

Par «partage libre», ses 42 864 membres veulent essentiellement dire «échange de fichiers protégés par des droits d'auteurs»: en tout temps, on en trouve plus de 5000 en circulation sur le site; CD, DVD, films toujours en salle, émissions de télé... le choix est vaste.

En un peu plus d'un an, selon les statistiques affichées sur la page d'accueil, les membres se sont échangé quelque 850 terra-octets de contenu. C'est l'équivalent de 185 000 films sur DVD ou de... 15 millions d'albums musicaux en format MP3! On retrouve dans le lot des centaines de films hollywoodiens et quelques jeux vidéo, mais le contenu québécois occupe une place de choix.

Dans un autre genre, on trouve aussi sur la Toile pirate québécoise TV-QC.net, un site privé comptant 3000 membres, qui se spécialise uniquement dans le partage d'émissions de télé québécoises. Que ce soit Le négociateur, Les Bougon ou Symphorien, tout s'y trouve. «Nous respectons les exigences de l'industrie cinématographique et musicale. Nous ne proposons qu'un service d'aide gratuit très privé et à but non lucratif!» lit-on sur la page d'accueil.

Aucune pression

Les spécialistes consultés par La Presse sont pourtant formels: les deux sites violent la Loi sur les droits d'auteur. «Même s'il s'agissait d'émissions captées sur les ondes avec des oreilles de lapin, ce serait illégal de les partager en ligne sans l'autorisation des ayants droit», indique Sunny Handa, professeur de droit de l'informatique à l'Université McGill.

Doditz, l'unique administrateur de QuebecTorrent, assure néanmoins n'avoir jamais été menacé de fermeture par les autorités ou par des propriétaires de contenus. «En un an, j'ai eu une seule fois une mise en demeure des producteurs de l'émission Radio Enfer», explique-t-il lors d'une séance de clavardage. Il assure avoir obtempéré.

Mais pour tout le reste, aucune pression. Dans le milieu du piratage, c'est d'ailleurs un secret de Polichinelle: les autorités canadiennes en font très peu pour forcer l'application de la loi. Si bien que Doditz n'a même pas jugé bon de consulter un avocat avant de lancer QuebecTorrent.

Répression à l'américaine

Cette situation tranche avec celle qui a cours aux États-Unis où, depuis 2003, la puissante Recording Industry Association of America (RIAA) a intenté plus de 26 000 poursuites contre des utilisateurs de réseaux d'échange pair-à-pair (peer-2-peer). La plupart d'entre eux ont réglé à l'amiable en versant 4000$ en moyenne à l'industrie du disque, selon le New York Times.

Rien de tel ici, où aucune poursuite criminelle n'a été engagée contre des pirates du Net s'adonnant au partage de fichiers sur des réseaux d'échange, confirment deux différentes sources. Le problème n'est pas d'ordre législatif; la loi est suffisamment claire pour permettre des poursuites criminelles, explique-t-on. «Mais ce n'est pas une stratégie envisagée ici, tout simplement», a expliqué à La Presse un représentant de l'industrie du disque.

Reste la possibilité de poursuites civiles. Mais encore là, les propriétaires de contenus québécois piratés admettent préférer une approche plus douce. «Nous préférons faire du renforcement positif. Ça ne nous semble pas être une bonne idée de poursuivre en cour des gens qui sont probablement des amoureux de musique, voire des acheteurs fréquents de disques québécois», explique Solange Drouin, directrice générale de l'ADISQ.

Pour le réseau TVA, dont beaucoup d'émissions finissent aussi par atterrir sur QuebecTorrent, TV-QC et même sur YouTube, la solution se trouve également ailleurs. Le télédiffuseur croit qu'il faut plutôt permettre aux internautes d'accéder à ses contenus quand bon leur semble, grâce à une offre vidéo en téléchargement contrôlé (streaming), explique la porte-parole Nicole Tardif. Le hic, c'est que la licence accordée par le CRTC, de même que les ententes avec les nombreux ayants droit représentant les intérêts des artistes, comme l'UDA, l'APFTQ, la SODEC, ne le permettent pas pour l'instant. «D'ici à ce que ce soit réglé, chose certaine, pour chaque site pirate que nous faisons disparaître, il en apparaît 10 le lendemain», note Mme Tardif.

À lire aussi :

- Le culte des «power seeders»

- QuebecTorrent.com: une éthique variable




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