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Épiés et fichés au nom de la technologie

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AFP
Tokyo

Les Japonais se soumettent de bon coeur à la biométrie, ont les poches pleines de puces électroniques et sont constamment suivis par GPS. Pourtant, là où des Occidentaux s'inquièteraient, ils semblent indifférents à l'accumulation de données sur leur vie privée.

Sans la moindre réticence, ils utilisent des outils qui constituent autant de moyens potentiels de les espionner car ils sont attirés par les nouveautés techniques.

«Les Japonais se ruent dessus pour tester, sans s'interroger plus avant, en estimant qu'innovation technologique rime avec amélioration du quotidien», explique Hideaki Shirata, universitaire, spécialiste des libertés individuelles et des droits d'auteur.

Pour eux, la question de la sauvegarde des libertés individuelles ne se pose pas de la même façon que pour les Européens ou les Américains, assure ce professeur de 40 ans, vêtu d'un kimono traditionnel, qui préfère son éventail à un téléphone mobile dernier cri, «car c'est moins dangereux».

«Les Japonais considèrent comme une violation de l'intimité le fait que soient dévoilés publiquement des pans secrets de leur vie ou encore d'être diffamés», mais pas qu'une entreprise ou l'Etat sachent où ils se trouvent à chaque instant ou quels sont leurs centres d'intérêt.

«La société nippone n'est pas individualiste», souligne M. Shirata.

Au Japon, les membres d'une famille sont considérés comme un même corps et non des individualités, ajoute-t-il.

De ce point de vue, «il n'est pas anormal qu'une mère suive à la trace son fils sur le chemin de l'école via son téléphone portable ou une étiquette électronique».

De même, la réputation d'une entreprise dépend-elle souvent de la façon dont elle veille sur ses employés.

«Un salarié japonais ne trouve rien à redire au fait que son employeur sache à chaque moment où il est, car cette information est essentielle dans le cadre traditionnel du travail en équipe», relève M. Shirata.

L'accumulation de données sur les consommateurs par des fournisseurs de produits ou de services n'est pas perçue comme une menace par la plupart des Japonais.

«Les consommateurs ne voient souvent que les bénéfices de cette transparence. Ils ignorent, ou font mine d'ignorer, que tel ou tel service repose sur l'exploitation d'informations individuelles», déplore M. Shirata.

Un amateur de sushi qui reçoit sur son mobile une publicité pour un restaurant spécialisé qui se trouve justement dans le quartier où il se promène est ravi de profiter d'une information aussi pertinente. Le prestataire de services l'a ciblé en fonction de son profil, de ses goûts et de sa localisation.

«Le client ne se rend pas compte que l'expéditeur du message sait beaucoup de choses sur sa vie», s'inquiète M. Shirata.

L'intégration obligatoire depuis avril d'un récepteur de localisation par satellite (GPS) dans tous les nouveaux mobiles ne suscite pas de vifs débats.

Cette initiative gouvernementale vise à situer automatiquement une personne appelant les services de secours depuis un portable.

«Le peuple japonais n'entretient pas avec l'Etat une relation conflictuelle, il n'a pas fait la Révolution», rappelle M. Shirata.

Les Japonais considèrent que, dans un Archipel en proie à de fréquents séismes et typhons meurtriers, «le rôle de l'Etat est d'agir pour le bien-être de la population, ce qui suppose qu'il détienne des informations sur les citoyens», précise cet expert d'informatique qui pense néanmoins que «la sécurité constitue un prétexte facile» pour surveiller.

Malgré l'absence d'autorité indépendante pour la protection des libertés individuelles, des lois encadrent les pratiques.

Des associations d'industriels imposent en plus des règles de bonne conduite et labellisent les «bons élèves» afin d'éviter les dérives préjudiciables à leurs marchés.

«Il y a un intérêt mutuel entre l'Etat et les entreprises pour promouvoir l'usage des technologies 'made in Japan'», conclut M. Shirata.




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