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Interopérabilité et DRM d'un autre type

Parmi les concepts-clés de l'ère Web 2.0, l'interopérabilité désigne la circulation des contenus numérisés d'un support à un autre - par exemple d'une plateforme légale de téléchargement à un ordinateur personnel, d'un ordi à un baladeur numérique ou encore d'un site internet à un téléphone portable.

Une interopérabilité sans entraves exclut d'emblée les verrouillages informatiques, ces fameux digital rights management (DRM) de plus en plus critiqués parce qu'ils comprennent souvent des mesures techniques de protection freinant la circulation des contenus dans l'univers numérique.

Mais l'absence totale de mesures techniques permettant de suivre la trajectoire des contenus est-elle vraiment souhaitable ? Et si on créait un autre type de DRM qui voyageait sans entrave d'un outil numérique à un autre ? D'un internaute à un autre ?

C'est vous dire que l'expression interopérabilité a fait un bout de chemin aux dernières Rencontres québécoises de l'industrie de la musique, organisées mercredi et jeudi dernier par l'ADISQ. À votre tour d'en évaluer les enjeux à l'aide de ces fragments de réflexion.

Pour certains professionnels, il est devenu primordial de créer un standard permettant aux consommateurs de profiter des contenus achetés sur Internet tout en assurant la protection des droits d'auteurs.

C'est le point de vue de Jack Lacy, président de Coral Consortium, nouveau groupe de pression dont fait partie la Motion Picture Association of America et ses grands studios d'Hollywood, la Recording Industry Association of America et ses quatre multinationales de l'industrie de la musique. Fait plus rare, ces gestionnaires de grands répertoires audiovisuels se retrouvent à la même table que des fabricants tels Samsung, Sony, Philips et autres Panasonic. Idem pour d'importants fournisseurs d'accès internet tel America Online. Au sein de ce Coral Consortium se trouve toute la chaîne de l'économie des contenus.

«Ce changement de paradigme technologique entraîne son lot de pépins, mais il annonce aussi une période des plus excitantes pour les occasions d'affaires, se réjouit Jack Lacy. Il faut en ce sens que les DRM soient en phase avec les nouveaux modèles d'affaires, de iTunes aux systèmes d'abonnement mensuels à des quantités quasi illimitées de contenu en passant par la problématique du partage des contenus. Les DRM doivent faire partie de cette expression avec pour objectif que les créateurs soient soutenus.

«Le DRM, en fait, n'est qu'une technologie qui doit rappeler aux consommateurs leurs obligations pour les ayants droit. Sur ce plan, nous n'en sommes qu'au début du processus. Ce que nous voulons avec les DRM, c'est une forme créative de traçabilité et de protection des contenus dans un contexte où la structure de distribution se transforme radicalement.»

Dans cette optique du Coral Consortium, il existerait d'autres scénarios pour assurer la compatibilité des DRM qui, soit dit en passant, ne comportent pas obligatoirement de systèmes anticopie ou autres mesures techniques de protection visant à restreindre l'interopérabilité des contenus. Par exemple, un organisme pourrait autoriser le transfert d'un DRM vers un autre tout en conservant l'état des droits attachés au contenu (nombre de copies autorisé, limite de durée...) et la nature du fichier numérique.

Marc Benaïche est éditeur de Mondomix, site internet qui diffuse l'information sur les musiques du monde en plus d'être une importante plateforme de téléchargement ainsi qu'un agrégateur indépendant de contenus.

Comment en assurer le développement ? Benaïche ne cache pas son inquiétude : «Si on continue à vendre des contenus en ligne excluant leur traçabilité, il n'y aura pas de marché de la distribution numérique dans une génération. Un indice fort ? La courbe exponentielle des ventes de la distribution numérique indique un ralentissement beaucoup plus précoce que prévu. Nous traversons une période où l'échange des contenus est totalement incontrôlé ; l'offre légale pourrait donc s'écrouler... et nombre de producteurs indépendants pourraient disparaître.»

Pendant ce temps, «les opérateurs de téléphone mobile, par exemple, réalisent des profits avec l'aide de contenus culturels qui ne seront pas payés. Il faut donc un système hybride où l'on pourra à la fois vendre l'accès à des contenus et en même temps imposer une taxation de la bande passante en fonction d'une mesure statistique de la circulation des contenus échangés gratuitement», poursuit Benaïche.

Selon lui, il y a urgence de trouver des solutions pour assurer la traçabilité des contenus afin d'en déterminer l'intensité de la circulation et d'ainsi en déterminer la valeur : «Un DRM universel est bien sûr utopique, mais on pourrait favoriser l'implantation de DRM non propriétaires, transparents, gratuits et interopérables sur l'ensemble des appareils permettant de lire, d'écouter de la musique, de regarder des films, etc.»

Éditeur de QuestionCopyright.org, site californien d'information et de réflexion sur de nouvelles façons d'envisager le droit d'auteur dans un environnement numérique, Karl Fogel ne croit pas que les DRM, même sans contraintes, garantissent l'équité aux créateurs. Les modèles d'affaires en ligne ne peuvent envisager les verrouillages numériques, d'autant plus que le droit d'auteur actuel est loin d'être une panacée pour les créateurs de contenus.

«Même dans le monde physique, fait-il observer, peu d'artistes professionnels gagnent leur vie avec les redevances fondées sur le droit d'auteur. En tout cas, on ne peut dire qu'ils en tirent des revenus substantiels. Les compositeurs classiques, par exemple, sont pour la plupart enseignants et créent leur musique grâce à des bourses d'études. On a beau souhaiter une interopérabilité optimale et une traçabilité efficace des contenus, il faudra néanmoins rester conscients que cela ne garantira pas une juste rétribution de créateurs.»

L'interopérabilité de contenus viables pour leur créateur a encore une longue route à parcourir, force est de constater...




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