Ali Nafii et Kristina McGovern forment un couple depuis quatre ans. Ils ont quitté Montréal pour aller vivre leur rêve américain. À 29 et 27 ans, le jeune financier et la thérapeute sportive tentent leur chance en Californie, convaincus que les vraies racines sont celles du coeur.

Publié le 26 juin 2018

Ali Nafii s'en souvient comme si c'était hier. En vacances avec ses parents et sa soeur, il se rend au port de Newport Beach, en Californie, et se sent aussitôt interpellé. « Je trouvais que les gens ici semblaient plus cool qu'ailleurs. »

À la station-service, l'adolescent voit cette grande blonde sortir d'une Aston Martin. « Elle est allée payer nu-pieds, raconte Ali. Elle revenait de surfer, un matin de jour de semaine, et elle avait glissé sa planche dans son bolide, comme si tout ce sable dans une voiture de luxe n'importait pas. Il y avait là une telle nonchalance, mais aussi, une belle liberté. »

Quand le père d'Ali revient dans le véhicule, le destin de son fils est scellé. Il annonce : «Maman, papa, c'est ici que je vais vivre                                                             ma vie. »

Ali est né en France, mais a été élevé au Maroc, puis à Montréal. Suivant son but sans déroger, à 25 ans, il emprunte 150 000 $ pour aller faire son MBA à San Francisco. Un an plus tard, sa conjointe Kristina obtient son bac, quitte Montréal et file le retrouver. Née d'un père Américain, elle a déjà la double nationalité... comme si la vie avait tracé ce chemin pour elle.



Photo : Kathy McAdams

Plus tard, le couple compte élever des citoyens du monde, nés en Californie, avec des racines québécoises et marocaines.

Ensemble, ils viennent d'acheter un condo. Ali n'hésite pas à l'avouer : la mer, la moto, la décapotable, la liberté et le chic en gougounes font partie d'un art de vivre qui les a attirés. Mais le sujet de l'éloignement est inévitable.

« Bizarrement, observe Ali, quitter nos familles nous a obligés à nous entourer d'amis, mais surtout, à nous rapprocher des nôtres. L'an dernier, on a eu de la visite pendant 70 jours. C'est plus de deux mois à partager du temps de qualité. »

« Je maintiens que nos relations avec nos familles sont plus intenses et plus ouvertes depuis que nous sommes loin. Sans                                                               compter la technologie : le soir, on prend un verre autour du                                                                 feu, Kristina et moi, et on skype les gens qu'on aime. C'est une                                                             manière de garder nos racines vivantes. » - Ali Nafii

Ali Nafii se balade fièrement sur sa moto Ducati en sortant du travail.

Selon Ali, le truc pour s'enraciner ailleurs, c'est de se donner la permission de partir. « Cette absence de peur, on la doit à nos parents, note-t-il. Les miens ont été capables de quitter le Maroc pour offrir une vie meilleure à leurs enfants. Ils y ont cru, ils se sont enracinés à Montréal même si ce n'était pas leur pays d'origine. Résultat : ma soeur et moi sommes Canadiens. »

« En voyage, je dis : "I am from California" aux étrangers que je rencontre. Mais ça ne change rien aux liens du coeur. » - Kristina McGovern

« On vient du Québec, observe Ali, un endroit où rêve de vivre la moitié de la planète! Nos racines sont là. Ça ne changera jamais, mais ça ne doit pas nous garder immobiles. » Somme toute, ce ne sont pas des racines qui empêcheront Ali et Kristina                                                                           d'enfourcher leur moto pour partir à la mer, un mardi après le                                                               boulot! C'est la vie qu'ils ont choisie.

Photo : Jenni Harrington Khoury

« Mes parents ont migré pour offrir une vie meilleure à leurs enfants. Je suis leurs traces en migrant à mon tour », observe Ali.