La journée avait commencé dans un épais brouillard à Cypress Mountain, et elle s'est terminée sous un chaud soleil d'hiver. Un peu à l'image de la journée de la Canadienne Maëlle Ricker, qui s'est relevée d'une chute à sa première descente de qualification pour gagner la médaille d'or dans l'épreuve de snowboardcross féminin des Jeux de Vancouver.

Mis à jour le 17 févr. 2010
Jean-François Bégin LA PRESSE

La deuxième médaille d'or canadienne des Jeux, après celle d'Alexandre Bilodeau en bosses, n'aurait pu trouver une destinataire plus appropriée que Ricker, une native de North Vancouver qui a grandi à Whistler et qui habite maintenant Squamish, à mi-chemin entre les deux sites des Jeux.

Sur un parcours dont la difficulté était accentuée en début de journée par la faible visibilité, Ricker a donné au snowboard canadien une deuxième médaille en deux jours, après celle de Mike Robertson en snowboardcross masculin.

Comme Bilodeau, Ricker, déjà gagnante de trois Coupes du monde cette saison, a trouvé la manière idéale de tirer un trait définitif sur la mauvaise expérience qu'ont été pour elle les Jeux de Turin. Lors de la finale olympique, il y a quatre ans, la planchiste aujourd'hui âgée de 31 ans avait été victime d'une commotion cérébrale et avait dû être héliportée vers un hôpital.

«Turin a été une énorme source de motivation. En revenant de là-bas, je pensais déjà à ce que je devais faire pour être performante aujourd'hui. Ça m'a aidée à me rendre au podium, à rester concentrée jusqu'à la fin, à penser à ce que je devais faire sur ma planche jusqu'en bas de la piste», a dit Ricker quand elle a rencontré les journalistes après l'épreuve, les bras chargés du bouquet de fleurs remis aux médaillés.

Les choses auraient facilement pu mal tourner pour Ricker, l'une des nombreuses concurrentes ayant chuté lors de la première des deux descentes de qualification, dont le début avait été retardé de deux heures en raison du brouillard. «La première ronde a été un désastre, mais je savais que j'avais une planche vraiment, vraiment rapide sous les pieds», a dit Ricker.

Elle est remontée au sommet, où elle a visualisé de nouveau sa ligne de course. Et les résultats ont suivi. Elle a signé le troisième temps des qualifications à sa seconde descente et a ensuite semé ses concurrentes dans la brume, profitant de son explosivité dans le portillon de départ pour remporter sa vague par plusieurs longueurs en quart et en demi-finale, avant de s'imposer devant la Française Deborah Anthonioz (argent) et la Suissesse Olivia Nobs (bronze) lors de la grande finale.

Contrairement à l'Américaine Lindsay Jacobellis, qui avait dû se contenter de la médaille d'argent à Turin après avoir tenté - et raté - une figure au dernier saut de la descente, Ricker n'a pas ajouté de moutarde en fin de parcours, même devant une foule acquise à sa cause. «Je pensais juste à garder mon équilibre et à rester sur mes deux pieds pour me rendre au fil d'arrivée.»

Ricker est la seule des quatre finalistes de 2006 à avoir de nouveau atteint la finale. La championne olympique Tanja Frieden a mis fin à sa carrière le mois dernier après avoir été victime de déchirures aux deux tendons d'Achille, tandis que Jacobellis a chuté en demi-finale, mardi.

Semaine d'enfer pour Dominique Maltais

Quant à la médaillée de bronze d'il y a quatre ans, elle a connu une journée d'enfer sur la piste tortueuse de Cypress Mountain. La Québécoise Dominique Maltais, de Petite-Rivière-Saint-François, a été disqualifiée à sa première descente de la journée pour avoir fauché une porte, puis a confirmé son élimination en chutant lors de la seconde manche.

Journée d'enfer? Semaine d'enfer, plutôt, pour l'athlète de 28 ans, pourtant arrivée pleine de confiance à Vancouver après avoir gagné trois fois le bronze en Coupe du monde cette année. «J'étais vraiment motivée. On avait eu un camp entraînement extraordinaire la semaine passée et il y avait des signes que je m'améliorais encore», a-t-elle dit.

Mais une grave chute à l'entraînement, plus tôt cette semaine, a ébranlé sa confiance. Le regard éteint, elle était visiblement secouée après la course. «Les conditions n'étaient pas faciles. Je pensais m'être cassée le coude il y a deux jours, et ce matin (à l'entraînement), je suis tombée et j'ai craché du sang. Ça m'a fait freaker. Je pensais pouvoir revenir. Mais quand j'ai vu que j'étais tombée à ma première descente, la pression encore plus forte pour la deuxième. Mais bon, c'est le boardercross. Que dire d'autre? Je suis correcte, j'ai tous mes morceaux, ce n'est rien de majeur, mais ça m'a fait peur.»

Ricker a eu une pensée pour sa coéquipière. «Je suis très, très déçue de ne pas avoir pu concourir avec Dom aujourd'hui en finale. Elle a coursé à 120% toute l'année. Nous sommes montées ensemble sur le podium dans (trois) de nos cinq Coupes du monde cette saison. J'étais sans voix. Je sais qu'elle a vécu un mauvais moment aujourd'hui. Je suis très triste qu'elle n'ait pu se joindre à moi sur le podium.»