Erik Guay souhaite que le programme A nous le podium soit reconduit, mais il estime que les dirigeants de cette initiative y auraient gagné en consultant davantage les athlètes.

Mis à jour le 23 févr. 2010
Marc Tougas LA PRESSE CANADIENNE

Selon le skieur de Mont-Tremblant, qui a obtenu les meilleurs résultats du Canada dans les épreuves alpines aux Jeux de Vancouver, les autorités du sport olympique canadien auraient eu intérêt à prêter une oreille plus attentive aux olympiens afin de mieux répondre à leurs besoins.

«Les athlètes ne font pas toujours des suggestions pertinentes, mais si on nous écoute, au moins ils auront cette option, ils sauront ce qu'on pense, même s'ils décident de faire autre chose», a déclaré Guay après avoir disputé le slalom géant, mardi, sa dernière épreuve des JO de 2010.

Guay a donné un exemple pour justifier sa position. Les dirigeants de Canada Alpin, qui ont profité de la subvention la plus généreuse dans le cadre du programme A nous le podium, ont notamment investi dans l'utilisation d'une technologie à base de GPS. Des appareils placés sur les skieurs devaient permettre de définir les tracés les plus efficaces à emprunter à Whistler Creekside, et aussi aider les techniciens dans leur prise de décision.

L'expérience ne s'est pas avérée aussi concluante qu'on l'espérait.

«Si j'avais eu le dernier mot sur ce qui devait être fait ou ne pas être fait, j'aurais distribué l'argent un peu différemment, a avancé Guay. Mais ils cherchaient à obtenir cet avantage technologique. C'est facile de critiquer après, de dire qu'on aurait dû mettre plus d'argent là-dessus ou sur autre chose. Mais en réalité, ç'aurait peut-être pu me permettre d'aller plus vite de quelques centièmes de seconde, et ça m'aurait mis sur le podium. On ne sait jamais.

«J'aurais adoré être inclus dans les discussions et qu'on me demande mon opinion. Le GPS, c'est formidable en théorie, mais pour qu'un skieur s'améliore, la recette est plutôt simple - il doit skier. Selon moi, c'est difficile de gagner ces centièmes de seconde au moyen de la technologie. Mais si tu t'entraînes de mieux en mieux, tu peux le trouver ce centième de seconde. Mais peut-être que c'est juste moi, que ça pourrait profiter à d'autres.

«Je regarde les Américains et ils ont dépensé quelque chose comme 40 millions $ US sur leur centre d'entraînement pour les athlètes à Salt Lake City. Pour 40 millions $, moi, j'achèterais une montagne!, a lancé Guay en boutade. Je serais sur ma montagne à tous les jours, je m'entraînerais exactement comme je le voudrais. Je pense que ça, ça donnerait de meilleurs skieurs.»

Mis au courant de l'opinion de son coéquipier, Robbie Dixon, de Whistler, s'est dit d'accord: consulter les athlètes aurait ses avantages.

«Je sais qu'il y a beaucoup de monde dans les bureaux qui croient faire du bon travail, mais ce n'est pas toujours le cas, a affirmé Dixon. Je pense qu'on a eu droit à pas mal toutes les ressources dont on avait besoin mais parfois, il y a eu de petits problèmes de communication lorsque nous nous sommes entraînés ici. C'a fini par s'arranger, mais ç'aurait pu être mieux.»

Pas de slalom!

Même s'il a été le meilleur Canadien jusqu'ici à Whistler Creekside, Guay ne disputera pas le slalom masculin de samedi. «Non, aucune chance!», a-t-il lancé en riant. Ses Jeux se sont donc terminés avec sa 16e place dans le slalom géant, mardi, et il a dressé le bilan de son expérience olympique.

Il est notamment revenu sur ses déclarations de l'été dernier, quand il avait critiqué A nous le podium pour avoir mis de la pression sur les épaules des athlètes en établissant l'objectif - qui s'est avéré irréaliste - de terminer premier au classement des pays.

«Je sais ce qu'ils essayaient de faire, ils essayaient de créer un engouement auprès des Canadiens. En établissant des objectifs ambitieux pour l'équipe, c'était une bonne façon de faire ça. L'autre côté de la médaille, c'est que ça ajoutait un peu de pression sur les épaules des athlètes.

«Mais je trouve que A nous le podium est une excellente initiative, je dois les remercier beaucoup pour le financement qu'ils nous ont donné. En espérant que ce ne soit pas fini, parce qu'on est sur la bonne voie. Ca prend plus que quatre ans pour développer une bonne équipe, ça prend des années et des années de soutien.»

Guay ne croit pas que la pression a été trop forte sur les athlètes, affirmant qu'il est impossible d'en faire abstraction aux Jeux, quoiqu'on fasse.

«Des gens ont été un peu durs à notre endroit, mais selon moi ça veut dire que nos résultats leur importent. Les Canadiens ne sont plus satisfaits de finir quatrièmes, cinquièmes ou sixièmes. C'est ce que j'aime voir - je sais que moi, je ne suis pas satisfait de mes cinquièmes places.»

Le skieur québécois de 28 ans a par ailleurs analysé les résultats décevants de Manuel Osborne-Paradis et Dixon, deux skieurs de la Colombie-Britannique qui ont hérité des feux de la rampe après que John Kucera se soit gravement blessé en début de saison. Normalement, c'est ce dernier qui aurait eu droit aux projecteurs, et les deux autres auraient pu se contenter d'un rôle de soutien - comme l'a d'ailleurs fait Guay en s'amenant à Whistler.

«Manny et Robbie, qui ont quelques années de moins que moi, n'avaient jamais vraiment été dans une situation où ils étaient les athlètes à surveiller en s'amenant aux Jeux. Ils n'auront jamais autant de pression qu'ils n'en ont eu ici, a souligné Guay. Et ça ne leur arrivera plus. En espérant qu'ils retirent quelque chose de cette expérience.»