Michael Janyk devra conjuguer avec une pression énorme samedi prochain. Non seulement le slalomeur de Whistler voudra-t-il réussir la course de sa vie devant parents et amis, il aura une partie de l'avenir du ski alpin canadien au bout de ses spatules.

Publié le 22 févr. 2010
Simon Drouin LA PRESSE

Médaillé de bronze en slalom aux derniers championnats du monde de Val d'Isère, Janyk est considéré comme le dernier espoir de médaille en ski alpin. S'il échoue, le financement pour le prochain cycle olympique pourrait en pâtir.

À mi-chemin des Jeux olympiques de Vancouver, l'équipe canadienne de ski alpin a fait chou blanc. Les plus grands espoirs reposaient sur les disciplines de vitesse. À l'exception d'Erik Guay, deux fois cinquième, et Britt Janyk, la soeur de Michael, sixième en descente, à peu près tout le monde s'est planté.

La déception est grande, admet Daniel Lefebvre, conseiller en haute performance pour le ski alpin au programme À nous le podium (ANP).

Pour le moment, l'heure est aux questionnements. «On n'a pas les détails, on n'a pas eu la chance de parler avec les coachs, a prévenu Lefebvre samedi. Je ne peux pas dire ce qui s'est passé. J'attends de connaître leur version. On ne leur en veut pas. C'est juste: qu'est-ce qui se passe, on aimerait le savoir.»

De gros sous

Ancien entraîneur de biathlon, Lefebvre s'est battu bec et ongles pour qu'ANP réponde favorablement aux exigences financières de Canada Alpin, l'an dernier. Malgré un fort scepticisme, il a eu gain de cause.

La fédération a reçu 2 193 400$ pour la dernière année du cycle olympique. Un peu moins de la moitié de cette somme a servi à couvrir les frais de camps d'entraînement et de compétitions; un quart a été dépensé pour le développement scientifique et les services médicaux; un autre quart a permis de défrayer le salaire d'entraîneurs de renommée internationale, comme l'Autrichien d'origine Patrick Riml, embauché pour diriger l'équipe féminine en avril dernier.

Au total, Canada Alpin a reçu 8 735 400$ d'ANP pour le cycle olympique de Vancouver, soit près de cinq fois plus que pour Turin. Aucun sport n'a reçu plus d'argent.

Considérant la réduction de budget majeure anticipée pour ANP - de 28 à 11 millions - la fédération canadienne de ski alpin pourrait se retrouver dans une position précaire si Janyk ou Julien Cousineau ne sortent pas un lapin de leur chapeau samedi.

«Tu ne peux pas te permettre de donner des gros millions à des sports comme le ski alpin s'il n'y a pas de médaille, a reconnu Lefebvre. Ça va être plus dur pour eux.»

Blessures

À leur décharge, les dirigeants de Canada Alpin ont dû composer avec une série de blessures exceptionnelles, en particulier cet hiver. Des 11 athlètes ciblés par ANP pour gagner une médaille à Vancouver, quatre sont tombés au combat (John Kucera, François Bourque, Kelly VanderBeek, Geneviève Simard). Quant à Jan Hudec, médaillé d'argent aux Mondiaux de 2007, il a été sérieusement ralenti par une grave blessure à un genou subie plus l'an dernier.

On attendait beaucoup de Manuel Osborne-Paradis et Robbie Dixon. Trois fois sur quatre, ils ne se sont même pas rendus en bas du parcours.

Lefebvre plaide leur inexpérience et croit qu'ils ont été déjoués par leur enthousiasme débordant. Ce qui n'excuse pas tout: «Si tu n'a jamais pris de risques en Coupe du monde, pourquoi le fais-tu aux Jeux olympiques? Il faut être habitué. Gaétan Boucher a dit: si tu cours à 150%, ne t'entraîne pas à 90%.»

Cela dit, selon Lefebvre, Osborne-Paradis a été incorrectement identifié comme un prétendant en dépit de ses trois podiums en Coupe du monde cette saison. La piste Dave-Murray ne lui convenait pas spécialement. «On savait depuis un an qu'il n'était pas le favori pour gagner, a-t-il dit. C'était un parcours pour Kucera ou Hudec, mais ils se sont blessés.»

En conférence de presse, samedi, Michael Chambers, président du Comité olympique canadien, a refusé de remettre en cause la générosité d'ANP envers le ski alpin. «Il s'agissait d'un financement suffisamment élevé pour rivaliser avec les meilleurs athlètes du sport, et c'est exactement ce qu'on a fait: rivaliser avec les meilleurs, a-t-il déclaré. Une autre journée, on aurait pu remporter une médaille.»

En dépit des résultats mitigés, Daniel Lefebvre n'a pas de regrets. Si c'était à recommencer, il choisirait encore d'aider le ski alpin. «Je crois quand même en eux», a-t-il dit, ajoutant que Canada Alpin devrait «bâtir un programme solide» autour de Guay et de quelques autres.

Max Gartner, chef de la direction athlétique à Canada Alpin, espère avoir les moyens de le faire. «En tant que programme, on revient de loin, soulevait-il avant les épreuves de super-G. L'avenir est prometteur pour notre équipe masculine. Ce sera une expérience de grande valeur pour nos skieurs dans le futur. Mais je suis réaliste. Nous serons jugés selon les résultats ici. C'est la nature du sport.»