Le patineur de vitesse courte piste Charles Hamelin avait l'occasion de racheter ses débuts de Jeux décevants. Il l'a fait deux fois plutôt qu'une, hier soir, en remportant l'or au 500 m, puis au relais 5000 m aux côtés de son frère François et de ses deux autres coéquipiers François-Louis Tremblay et Olivier Jean.

Mis à jour le 27 févr. 2010
Caroline Touzin LA PRESSE

À la finale du 500 m, le patineur de Sainte-Julie est parti en lion. Il a mené jusqu'à la mi-course, puis s'est fait dépasser par le Coréen Sung Si-Bak. Ce dernier a perdu l'équilibre à quelques mètres de la ligne d'arrivée. Hamelin est entré en contact avec lui, mais a réussi à éviter le pire. Déséquilibré, le Québécois s'est rendu tant bien que mal jusqu'à la ligne d'arrivée. Le Coréen a glissé pour franchir le fil en deuxième place.

Le coéquipier d'Hamelin, François-Louis Tremblay, occupait la troisième place jusqu'au dernier virage. Dans un geste désespéré, l'Américain Apolo Anto Ohno lui a mis la main sur la hanche pour tenter de le dépasser, le faisant chuter. Tremblay, deuxième au monde sur la distance, a vertement protesté en faisant des signes de bras à l'arbitre. Ce dernier lui a donné raison en disqualifiant l'Américain sous les applaudissements nourris de la foule au Pacific Coliseum.

Charles Hamelin - double champion du monde sur 500 m - s'est immédiatement dirigé vers les gradins. Il a bondi sur le matelas pour aller embrasser sa copine, la patineuse de vitesse courte piste Marianne St-Gelais. La Québécoise de 20 ans a remporté deux médailles d'argent à ses premiers Jeux. C'était maintenant à son tour de féliciter son amoureux. Le couple s'est longuement embrassé devant quelque 11 000 spectateurs. L'athlète est ensuite retourné sur la glace pour envoyer des baisers à la foule.

«J'avais le coeur qui allait me sortir de la poitrine», a lancé son père et chef d'équipe du courte piste, Yves Hamelin, après la victoire de Charles.

Tout un soulagement pour Charles Hamelin, qui s'était donné comme objectif de remporter quatre médailles - trois dans les épreuves individuelles et une au relais 5000 m. Le 500 m d'hier était sa dernière chance d'en remporter une dans une épreuve individuelle.

Plus tôt cette semaine, il a terminé quatrième au 1000 mètres en raison d'une erreur tactique. Autre déception: au tout début des Jeux, celui qui était considéré comme le possible premier médaillé d'or canadien n'a même pas réussi à se qualifier pour la finale A du 1500 m.

Hamelin de Sainte-Julie et Tremblay de Montréal étaient considérés comme les favoris pour remporter la course. Ils ont enlevé le championnat du monde quatre fois au cours des cinq dernières années.

De son côté, François-Louis Tremblay a montré une belle force de caractère après avoir été ébranlé il y a quelques jours par le décès de la mère de son ancienne copine Joannie Rochette. L'athlète de 29 ans a offert une performance inspirée pour remporter la médaille de bronze au 500 m.

Le jour où Rochette a appris le décès de sa mère, elle a demandé à voir le patineur de vitesse. «C'est con, ce que je vais dire, mais quand j'étais avec elle, j'essayais d'être le plus fort. Quand elle n'est pas là, c'est plus dur», avait-il confié à l'issue d'un entraînement plus tôt cette semaine. Hier soir, il a été très fort.

Belle revanche pour le patineur de Montréal. En 2006 à Turin, l'Américain Apolo Anton Ohno avait volé le départ, soufflant l'or à Tremblay. On pourrait même parler d'une double revanche. En effet, l'Américain a été la bête noire de Charles Hamelin aux Jeux de Vancouver. Il avait sorti le patineur de Sainte-Julie en demi-finale du 1500 m. En finale du 1000 m, Ohno avait aussi fini devant Hamelin pour mettre la main sur le bronze.

Le troisième canadien à prendre part à l'épreuve, Olivier Jean de Lachenaie, a vu son chemin s'arrêter en demi-finale, alors qu'il a été disqualifié.

Relais 5000 m

Avec 20 patineurs répartis dans cinq équipes sur l'anneau de glace pour la finale du relais 5000 m - dernière course de la soirée -, on se serait attendu à de la bousculade. On a plutôt eu droit à une course tactique très propre remportée par le Canada grâce à sa «stratégie Cobra».

Le Canada - second au monde dans cette distance - a patiemment patiné derrière la Chine, installée en tête, jusqu'à la mi-course. Avec 21 tours à faire, Olivier Jean a augmenté sa vitesse d'un cran pour dépasser le Chinois. Le Canada a conservé son avance jusqu'à la fin devant une foule survoltée.

Suivant cette tactique inusitée, François-Louis Tremblay a sauté un tour pour se préserver pour le dernier relais, devançant la Corée, médaillée d'argent et les Américains, médaillés de bronze. Tremblay récolte ainsi sa cinquième médaille olympique en carrière. Le cinquième membre de l'équipe, Guillaume Bastille, sera aussi médaillé puisqu'il a patiné lors de la demi-finale. Les gars ont d'ailleurs mimé l'animal avec leur bras pour la séance de photos d'après course.

L'équipe de patinage de vitesse courte piste est arrivée à Vancouver avec l'objectif de rapporter six médailles, deux de plus que sa récolte à Turin en 2006. Après des débuts difficiles, la soirée d'hier leur a permis de finir en apothéose. Aux trois d'hier soir s'ajoutent les médailles d'argent de Marianne St-Gelais au 500 m et de l'équipe féminine de relais 3000 m pour un total de cinq.