Regan Lauscher était assise dans sa luge tout juste avant une descente à Altenberg, en Allemagne, transie de peur.

Dean Bennett LA PRESSE CANADIENNE

C'était sa première présence sur la piste même où, en compétition un an plus tôt en janvier 2007, les forces-G ont propulsé sa tête violemment vers l'arrière, le choc sur la glace lui faisant perdre conscience, son corps inerte poursuivant sa course effrénée vers le bas.

«J'étais à toutes fins utiles comme une poupée de chiffon sur ma luge filant à 125 kilomètres à l'heure», relate l'olympienne dans une entrevue.

Des coéquipiers et des dirigeants de l'équipe canadienne, impuissants, ont tourné la tête au lieu de suivre l'effroyable spectacle qui prenait place sous leurs yeux.

Le personnel médical a accouru, vérifiant avant toute chose si elle avait subi des dommages irréparables à la colonne vertébrale.

«Je me rappelle quand on m'a monté à bord de l'ambulance. J'avais terriblement mal à la tête. Je ne comprenais pas ce qui se passait», évoque-t-elle.

«J'entends encore la voix de ma physio (thérapeute). Elle m'implorait de rester éveillée.»

A l'hôpital, on n'a pas pu faire de radiographies de son crâne pendant 24 heures parce que son cerveau était trop enflé.

Une longue période de récupération s'amorçait. Elle a porté un collier cervical afin de permettre aux muscles du cou de guérir. Elle était éprise d'étourdissements uniquement qu'à gravir des marches. Si son rythme cardiaque augmentait, elle sentait son coeur battre dans sa tête. Elle était loin d'un retour à la compétition, en avril 2007.

Pionnière

Regan est née le 21 février 1980, à Saskatoon, en Saskatchewan. Son père a oeuvré dans le secteur pétrolier et la famille l'a suivi en Alberta, d'abord à Calgary et ensuite à Red Deer, où Lauscher a vécu son enfance, en compagnie de ses deux frères aînés.

Au primaire, elle a été initiée à la luge, au travers de pylônes, par un de ses professeurs qui a emmené un groupe d'élèves sur une colline. Lauscher s'est élancée de toutes ses forces en ligne droite, freinant sa course contre une clôture.

C'est de cette façon qu'elle a attrapé la piqûre. A l'âge de 19 ans, elle jouait déjà dans la cour des grands, progressant rapidement. Septuple championne canadienne, elle a pris le neuvième rang aux Championnats du monde en 2005.

L'année précédente, elle avait été la première médaillée canadienne sur le circuit de la Coupe du monde, remportant l'argent à Lake Placid, New York.

Mais la vie d'athlète n'était pas de tout repos. Pendant plusieurs années, Lauscher a été l'unique femme au sein de l'équipe canadienne, l'unique chromosome X dans un monde de Y.

«Elle avait la couenne dure», se rappelle Walter Corey, qui a côtoyé Lauscher pendant deux décennies et qui agit actuellement comme le directeur haute performance de l'Association canadienne de luge.

«Il y a eu des périodes difficiles, admet-elle. Je me sentais passablement seule par moments. J'ai logé quelques coups de fil émotifs au domicile familial.»

En 2002, Lauscher a terminé 12e aux Jeux olympiques de Salt Lake City. Quatre ans plus tard, elle a fini 10e à Turin.

Celle qu'on surnomme «Gumby» en raison de sa grande flexibilité a dû se résoudre à subir des opérations aux épaules, en l'espace de trois mois au début de 2008.

Les Jeux de Vancouver, où elle représentera un espoir de médaille dans les épreuves se déroulant à Whistler, seront ses derniers.

«Je vais mettre fin à ce chapitre de ma vie, en conserver d'excellents souvenirs et aller de l'avant», mentionne-t-elle.

Auparavant, il reste des montagnes à conquérir.

Comme celle d'Altenberg. Cette piste où sa tête a rebondi sur la glace comme un ballon de basket, et où elle s'est retrouvée au sommet un an plus tard, effrayée.

«Je me rappelle d'avoir fixé la glace et de m'être dit: "Tu dois le faire. Ça va durer 56 secondes.

Ça va être apeurant, mais tu vas passer au travers".»

Puis, elle s'est élancée.