Presque trois semaines sans entrer dans une librairie, ça doit être mon record à vie. Faut dire que je n'en ai pas vu beaucoup des librairies, pas du tout serait plus exact, du moins dans cette partie du centre ville que j'arpente depuis mon arrivée à Vancouver.

Publié le 25 févr. 2010
Pierre Foglia LA PRESSE

Ce matin, je me suis dit: tiens, je vais aller fumer un joint sur Hastings, dans ce café comme à Amsterdam, ça aussi ça fait longtemps, si je vous dis 20 ans, en tisane des fois, mais fumer j'ai peur de repiquer à la cigarette. Bref je descendais Hastings, ah ben une librairie: Sophia Books...

Le choc en entrant, vendent La Presse! Euh non, ça? La Presse? Je ne le reconnaissais pas, mon journal. En noir et blanc. L'édition électronique. Pages imprimées à partir du web, petite reliure cheapo, combien?

7,50$

Pardon?

J'ai acheté L'Équipe plutôt. Grande section en français chez Sophia Books, Dany Laferrière s'est beaucoup vendu ici à Noël. Le libraire m'a confirmé: fini les petites librairies à Vancouver, les loyers sont trop chers. Trois semaines que je n'ai pas acheté un livre, ça doit être mon record à vie. J'ai racheté Petit déjeuner chez Tiffany cartonné moumoune, édition spéciale pour les poodles. Capote aurait été content.

Pis, ce joint? Il n'a pas eu lieu. Je me disais: je vais en trouver facilement sur place. Mais c'est juste un fumoir au-dessus d'un magasin de pipes et autres accessoires. Faut apporter sa propre chit. Suis resté 10 minutes, le temps d'un petit buzz à la fumée secondaire, faisait trop noir pour lire. Et puis il y avait cette demi-promesse que j'avais faite à Kim St-Pierre d'aller voir quand même cette finale qu'elle allait jouer au bout du banc...

Réglons cela tout de suite: Shannon Szabados a été non seulement irréprochable, mais brillante. Un mur. Sa tranquille assurance a énervé les Américaines de plus en plus brouillonnes à mesure que le match avançait. Je comprends Kim Saint-Pierre d'avoir rêvé d'une autre sortie olympique puisque ce sont probablement ses derniers Jeux, mais je comprends aussi Melody Davidson d'avoir titularisé la jeune femme de 23 ans d'Edmonton. Y'en a pas de vendetta. Qui a parlé de vendetta? Moi, l'autre jour. Oubliez ça.

Dans la zone mixte, les filles disaient la même chose, Catherine Ward, Gina Kingsbury: Shannon nous a mises en confiance.

Ça va, c'est clair?

Un beau match. Mieux, un match exemplaire. Un beau moment de sport. Mais d'abord comprendre - et accepter - qu'il n'y a pas de Weber, pas de Chara chez les filles - pas de lancers lourds. Une impossibilité physiologique. Pour le reste, pour l'intelligence du jeu, pour le collectif, ces dames en remontreraient à quelques équipes de la Ligue nationale.

Un beau match et une nouvelle étoile: Marie-Philip Poulin, 18 ans, de Beauceville, auteure des buts du Canada, deux petites merveilles de buts, deux tirs du poignet de l'enclave, vitesse, précision, deux petits chefs-d'oeuvre, la gamine a du Bossy dans le nez, excusez la vieille référence, qui faudrait-il dire aujourd'hui? Malkin? Hossa? Kane, tiens, j'aime bien Kane.

Un beau match. Une belle démonstration de jeu collectif... La preuve: pas de tête qui dépasse sauf la gardienne Shannon Szabados et la Beauceronne pour ses deux éclairs. Les autres, les Ouellette, Wickenheiser, Piper, Apps, Agosta qui sont les grandes vedettes de cette équipe se sont toutes sacrifiées. Pas une pour faire des folies. Pas de poussée d'ego. À 2-0, résultat acquis en première période, sont toutes allées au front comme simples soldats. Un match d'anthologie. À montrer dans les camps de hockey, de soccer, de basket. Voyez les petites filles, les petits gars surtout, voyez, c'est ça une équipe: 50% d'abnégation

Le reste, c'est du travail. Ces filles-là vivent ensemble depuis sept mois, sept mois de folies comme les Russes jadis, 55 matches. Après sept mois presque toutes haïssent leur entraîneur. C'est ça aussi une équipe: beaucoup d'amour et quelqu'un à haïr.

CURLING - Une fois durant ces Jeux, je me suis amusé à titrer «curling» une chronique qui ne parlait pas de curling. On m'en fait reproche tous les jours, le mot qui revient le plus souvent: préjugé. Vous êtes drôles, vous: bien sûr que j'ai des préjugés sur le curling. Grand dieu, si on ne peut pas avoir de préjugés sur le curling, sur quoi? Dressez pour le fun la liste de tous les organismes, associations, groupes de personnes religieuses, handicapées, sexuellement saugrenues, noires, jaunes, obèses, sur lesquelles il est strictement interdit d'avoir des préjugés, vous verrez qu'il ne reste à peu près plus que les joueurs de curling et les Luxembourgeois qu'on peut traiter de débiles en toute impunité.

Je n'ai pas très envie d'embarquer dans «oui c'est un sport - non ce n'en est pas un», mais puisque vous insistez, avez-vous noté qu'une des joueuses de l'équipe canadienne - Kristie Moore - est enceinte de SIX MOIS?

Imaginez-vous Jennifer Heil enceinte de six mois? Lindsey Vonn? Caroline Ouellette? Kristina Groves? Marianne St-Gelais, Joannie Rochette?

Lorsqu'on a téléphoné à Mme Moore pour lui offrir le poste d'«alternate» dans l'équipe, elle a averti: vous savez que je suis enceinte de six mois. On lui a répondu: Et alors! T'es enceinte, t'es pas morte. Tiens, voilà, je crois, une bonne définition du curling, un sport que l'on peut pratiquer au plus haut niveau tant qu'on n'est pas mort.

LES RUSSES - Je vous l'annonce en primeur je ne serai pas à Sotchi dans quatre ans. C'est une blague. Dans quatre ans, j'aurai 117 ans, mais même plus jeune je ne serais pas allé à Sotchi. Comme je le disais au début de ces Jeux, je ne suis pas très «sports d'hiver», mes troisièmes seulement.

Mais surtout, à Sotchi, cela va être pire qu'ici, je veux dire pour quelqu'un comme moi qui ne tripe pas fort sur «la Noël olympique».

Vous pensez que Vancouver est cocorico? Attendez de voir les Russes. Leur patriotisme est encore plus tonitruant que le nôtre, et peut-être moins bon enfant, après tout, Sotchi, c'est tout près de la Géorgie, pas si loin de la Tchétchénie...

Je n'étais pas fâché que les Russes se fassent planter mercredi soir. Au hockey, les Russes sont devenus les Canadiens d'il y a 30 ans: talent et arrogance. Alors que les Canadiens sont un peu les Russes d'avant: autant de talent que les Russes et un peu plus de discipline, de jeu d'ensemble et un assez formidable coaching. Admettons tout de même que cela aurait pu être un autre match avec un Nabokov allumé.

Puisque me voilà à parler de hockey... j'ai tellement aimé les Suisses dans ce tournoi, ils méritaient de battre les Américains mercredi. Anyway ce tournoi désormais sans Russes ni Suédois ne laisse plus grand place au suspense. Comment ils disent déjà? «Une promenade dans le parc» pour le Canada. Je trouverais tout de même drôle que, ce soir, «notre» Slovaque de Halak joue au Canada le même tour qu'il a joué aux Suédois. Cela relancerait la polémique du gardien numéro un et numéro deux à Montréal.

Avez-vous hâte?