Les athlètes olympiques, particulièrement ceux qui pratiquent un sport d'hiver, font la vie dure à leurs poumons.

Publié le 25 févr. 2010
Sophie Allard LA PRESSE

Près de la moitié des skieurs de fond, des patineurs de vitesse et des hockeyeurs souffrent d'une forme d'asthme liée à l'exercice, selon de récentes études. C'est à peine 17% chez les coureurs de fond. Le coupable? L'air froid!

«Les récentes recherches suggèrent que les athlètes de haut niveau, dont les entraînements et les compétitions se déroulent en air froid ou très froid, peuvent subir des changements au niveau du système respiratoire», confirme le docteur Louis-Philippe Boulet, pneumologue à l'Institut de cardiologie et de pneumologie de l'Hôpital Laval.

Lors d'un entraînement intense, les poumons des athlètes d'élite consomment jusqu'à 200 litres d'air par minute (contre environ six litres/minute au repos) et souvent, à raison de 20 heures par semaine. «On pense que la stimulation par l'air froid et sec endommagerait l'épithélium des bronches. À la longue, il y aurait une cicatrisation bronchique qui causerait une plus grande réactivité des bronches», explique le Dr Boulet.

On pensait jusqu'à tout récemment que l'obstruction des voies respiratoires par temps froid était due au fait que les vaisseaux sanguins dans la gorge subissaient une constriction pour maintenir la chaleur interne. Aujourd'hui, les chercheurs pensent plutôt que c'est la sécheresse de l'air froid qui est en cause. Les poumons ont avant tout besoin d'air humide.

Pourquoi certains athlètes sont plus touchés que d'autres? La génétique, croient les chercheurs. Une étude menée au Naval Medical Center de San Diego suggère que des gènes aquaporines (liés à l'équilibre hydrique) expliqueraient la vulnérabilité de certains athlètes, indiquait le New York Times en janvier. «On n'a pas à ce jour d'évidence génétique concernant l'asthme chez l'athlète, indique le Dr Boulet, mais on sait que, dans l'asthme en général, plusieurs facteurs génétiques sont impliqués. Les asthmatiques ne sont pas tous affectés au même degré.»

Au-delà de la génétique, la durée de l'entraînement, son intensité et la température de l'air ambiante auraient une incidence sur la réponse de l'athlète. Un changement des habitudes d'entraînement pourrait aider à réduire la prévalence d'asthme. «On pense que le phénomène est réversible, mais il y a encore trop peu d'études sur la question. On aura probablement une réponse dans un an ou deux. On sait que, chez certains athlètes, les anomalies semblent s'estomper lorsque l'entraînement au froid cesse. Mais chez d'autres, l'asthme pourrait être permanente.»

L'asthme lié à l'exercice, s'il ne tue pas, n'est pas à prendre à la légère. «Cette condition peut nuire à la performance. Si on dépiste les athlètes, on peut les traiter et leur permettre de livrer une performance optimale malgré leur handicap. Ça n'empêche pas les athlètes de gagner des médailles!»