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Des jeux et du pain

Pierre Foglia
La Presse

Vancouver, Colombie-Britannique, vendredi 12 février 2010. Cette nouvelle dans le Vancouver Sun ce matin: le gouvernement de la Colombie-Britannique va couper 10 millions dans ses subventions aux organismes qui viennent en aide aux enfants et aux familles les plus pauvres de la province.

Bon, dix millions c'est à peine un peu plus de un pour cent de ce que le gouvernement de la Colombie-Britannique consacre au «bien-être social».

 

C'est pas la somme. C'est le jour.

Vancouver, Colombie-Britannique, vendredi 12 février 2010. Cérémonie d'ouverture des 21es Jeux d'hiver. Le coût de la cérémonie: un peu plus de 30 millions. Coût total des jeux: autour de 9 milliards de dollars canadiens. Cela inclut les deux villages olympiques, la réfection de la route pour aller à Whistler, une ligne de métro, le nouveau palais du commerce de la Place Canada. Si l'on s'en tient aux seules dépenses directement occasionnées par la tenue des Jeux, les sites, le budget du COVAN, la sécurité, on arrive à environ trois milliards et demi.

Retenons alors que le jour même où s'ouvrent ces jeux de trois milliards et demi, la ministre de ce ministère qui porte le joli nom - Ministry of Children and Family Development - confirme qu'elle va couper 10 millions de subventions aux enfants et aux familles pauvres.

C'est pas la somme. C'est le jour. Le même jour que les grands discours qui promettent un monde meilleur. Que les feux d'artifices. Que la fête.

Des jeux et du pain? On peut les deux. Je ne suis pas contre les Jeux.

Les Jeux olympiques sont une bonne chose pour les athlètes de nombreux sports qui n'auraient aucune visibilité sans eux. Les jeux sont même une bonne affaire pour les villes organisatrices qui sont toutes sorties gagnantes de l'aventure - c'est plate à dire sauf peut-être Montréal - même Athènes et son trou de plusieurs milliards d'euros, même Athènes referait, demain matin, ces jeux qui l'ont changée profondément.

Les Chinois, avec leur grand stade qui n'a pas servi cinq fois depuis deux ans, les Turinois qui les ont regardés de haut, les Australiens de Sydney qui les paient encore, tous ont dit après que c'était une bonne chose. Tous ont dit, excusez le cliché, que les jeux avaient été une locomotive pour leur ville. Vancouver aussi en sortira gagnante.

Des jeux et du pain. On peut les deux.

Mais pas des jeux, du pain, et des simagrées. Peut-on au moins éviter le gaspillage? À commencer par celui des cérémonies d'ouverture et de clôture. Les limiter à un budget de cinq millions au lieu de pas loin de 30 comme ici - c'était plus de 100 à Pékin. Redonner aussi les Jeux d'hiver à des petites villes comme Lake Placid ou Lillehammer, plutôt qu'à Turin ou Vancouver. Dégraisser le programme, ces épreuves presque semblables qui ne font qu'étirer la sauce, je donne un exemple: le 3000 et le 5000 mètres en patinage longue piste (féminin).

Le gouvernement de la Colombie-Britannique va couper 10 millions dans ses subventions aux organismes qui viennent en aide aux enfants et aux familles les plus pauvres de la province. Qu'on l'apprenne le jour même de la cérémonie d'ouverture des 21es Jeux olympiques qui vont coûter, pour la cérémonie plus de 30 millions, pour tous les jeux, trois milliards et demi, n'est qu'un hasard.

Un hasard qui nous dit tout de même que c'est con de gaspiller.

Le village

Je me suis inventé une maladie pour m'introduire au village olympique interdit aux journalistes.

C'était la seule façon. J'ai mal ici, docteur.

Allez à la clinique du centre de presse.

C'est eux qui m'ont dit de vous appeler docteur. Y'ont pas de résonnance au centre de presse. Un silence et puis: OK, soyez à l'entrée des employés au Village dans une heure.

Il m'a fait de la résonnance. Heureusement j'avais rien.

Le docteur Francis Fontaine de la Cité de la santé à Laval. Médecine générale et médecine sportive. S'est porté volontaire pour travailler à la polyclinique du village olympique. Il a payé son billet pour y aller.

Chaque équipe a bien sûr ses propres médecins. La polyclinique, c'est pour tout le monde, pour les gros trucs, pour les urgences, pour la machinerie, les scans, la résonnance et le reste. Les plus occupés à la polyclinique, vous ne devineriez pas. Ce sont de loin les dentistes et les optométristes. Sont même débordés. Grosse clientèle de Russes, d'Ukrainiens, de Bulgares, athlètes, entraîneurs, accompagnateurs de tous les pays de l'Est. Se font refaire leurs plombages tous les... quatre ans. Se font prescrire des nouvelles lunettes tous les... quatre ans aussi. Un hasard sûrement.

Je vous raccompagne, m'a dit le bon docteur après m'avoir examiné la jambe.

Laissez faire, je trouverai bien la sortie tout seul, docteur. C'tu bête, je me suis perdu. J'en ai profité pour faire le tour du village.

Un milliard, ce machin? Vraiment?

Du 14e étage de l'immeuble des Russes on a vue sur... le 14e étage de l'immeuble des Anglais. Les Anglais ont vue sur l'immeuble des Canadiens. Les Canadiens sur celui des Américains. Les montagnes au loin? Pas hier matin. Avaient disparu dans la brume.

Mais non je ne ronchonne pas. Bien sûr que les athlètes aiment ça. Ils sont logés dans des appartements de luxe qui vont se vendre autour du million pour un 5 et demi. Pour les trois semaines des Jeux, c'est le paradis. Mais acheter ça un million? Jamais de la vie. J'ai finalement rencontré une dame que je ne nommerai pas (pour qu'elle ne se fasse engueuler) qui m'a fait visiter le logement qu'elle partage avec deux autres filles au troisième étage. Un quatre et demi. 600 000$. Les portes sont recouvertes de contre-plaqué brun, crisse.

L'ensemble même du projet est sans génie. C'est perpendiculaire, ordinaire, même peuplé d'athlètes, d'une lunaire solitude. Imaginez quand ils vont être partis. On dirait qu'on a essayé de construire un coin de banlieue en plein centre ville.

Ça ne se vend pas non plus. Cinq cents condos ne sont toujours pas vendus, un trou de 300 millions que la Ville devra financer à hauteur de 50 millions par année.

The best village ever, applaudissent les athlètes. Veulent dire le confort, les services, les lounges où ils peuvent se détendre, la connection internet, le gymnase, la bouffe, sept sortes de riz différents à la cafétéria, n'empêche que lorsque je suis passé devant, ils faisaient la queue devant le McDo.

Allez faut que je vous laisse, je m'en vais à la cérémonie. Mais non, pas celle-là. Une autre. Once in a life time opportunity TO NOT CELEBRATE the opening ceremonies, dit l'invitation que j'ai reçue. 3$ le billet. Une économie de 1197$.

 




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