Une route parfaitement asphaltée. D'un côté, un champ de lavande. De l'autre, une plantation de vignes. Des cigales stridulent. Plein soleil. Le Tour de France est parfois une carte postale. Même pour les coureurs. Celle-ci est de David Veilleux, qui a pris le temps d'apprécier le paysage lors de son passage en Provence.

Simon Drouin LA PRESSE

D'autres fois, ce n'est simplement pas possible: «Apparemment, la troisième étape en Corse, c'était magnifique. Moi, je dirais que j'ai pas mal vu la roue du gars devant moi et c'en est resté là!»

Deux jours après son retour au pays, David Veilleux était de passage à la rédaction de La Presse mercredi. Il retient un bâillement, mais il est de bonne humeur, disposé à revenir sur l'expérience enivrante qui s'est terminée dimanche à la pénombre sur les Champs-Élysées. Il n'avait pas encore eu le temps de sortir son vélo, comme le lui avaient prescrit les dirigeants de son équipe. Il se promettait cependant d'appeler son assureur pour sortir sa moto remisée depuis l'an dernier.

La veille, le cycliste de Cap-Rouge avait assisté au spectacle de Paul McCartney sur les plaines d'Abraham, invité par Radio-Canada pour une émission tournée sur place. David Veilleux n'a peut-être pas la notoriété de l'ex-Beatle, mais une bonne portion du Québec médiatique s'était déplacée pour l'écouter raconter son aventure en matinée, lors d'une conférence de presse chez Alex Coulombe ltée, entreprise d'embouteillage propriété de la belle-famille, qu'il rejoindra plus officiellement le 24 août à l'occasion de son mariage avec Émilie, sa blonde de toujours.

Premier Québécois à finir un Tour de France, Veilleux a parlé de l'accomplissement d'un rêve de jeunesse. Presque d'un aboutissement. Au point où on se demande s'il le refera un jour.

«Je ne sais pas, répond-il après quelques secondes de réflexion. Ça, c'est le genre de bilan que je ne peux pas tirer maintenant. Il y a des coureurs dans mon équipe qui m'ont dit: «Le Tour de France, je l'ai fait une fois, c'était vraiment hot, mais je ne veux pas y retourner, je ne veux pas remettre mon nom en bas de la liste.» C'était comme trop. L'attention médiatique, c'est tellement exigeant, et toute la pression qui vient avec. Il y a donc des coureurs qui préfèrent faire d'autres courses, pour aller chercher des résultats, passer un peu leur tour.»

Lui? «En ce moment, c'est sûr que je suis un peu sur l'euphorie du moment, des Champs-Élysées. Je n'ai pas encore pris le temps de vraiment faire un bilan, de savoir si c'est à refaire l'an prochain. Est-ce que je veux retourner au Tour? Est-ce là que je fais les meilleures performances? Je n'ai pas vraiment pensé à ça.»

Il me prend à témoin: comme journaliste, je peux travailler dans un bureau, «au centre-ville ou à Longueuil», et rentrer auprès des miens le soir, fait-il remarquer. C'est ce qui l'a frappé à son arrivée en Europe, en 2010. Ses collègues pratiquaient un métier presque "normal". «Tu peux faire la plus grosse course au monde et le dimanche soir, tu es à la maison, dans tes affaires, avec ta famille. Le lendemain, tu peux aller souper chez tes parents.»

Lui vivait dans une petite chambre en Vendée, à la base de son équipe Europcar. «Je n'ai pas mon chez-moi. C'est sûr que sur le plan émotif, c'est plus exigeant.»

Depuis son retour, Veilleux sourit quand les gens lui disent que ces trois semaines sur le Tour ont dû être difficiles. Il leur explique qu'il a dû s'expatrier presque sept mois complets pour se préparer. Il s'est offert une seule escapade de six jours au Québec. Et encore, il avait la tête aux courses, à l'entraînement, au repos, à l'alimentation.

Veilleux n'a toujours pas discuté de nouveau contrat avec Europcar. «Ils ont intérêt à me ravoir, ça, c'est sûr et certain, mais il n'y a rien de concret encore», a-t-il précisé. D'autres équipes l'ont-elles sondé? «Pas pour le moment.»

L'homme de 25 ans est à un carrefour: il a pris possession d'une nouvelle maison jeudi, il se marie à la fin du mois d'août et il y a ce baccalauréat en génie mécanique qu'il poursuit à l'Université Laval. Ces éléments feront partie de sa réflexion sur son avenir. Arrêter le vélo est-il une chose impensable? «Je ne sais pas, répond David Veilleux. Sincèrement, en ce moment, je ne pense pas à ces choses-là. Je suis un peu sur un nuage. Ce n'est pas le moment de prendre des décisions de ce genre-là.»

Chute

Veilleux a été épargné, mais il a quand même visité le bitume une fois... à 15 km/h, dans la montée de l'Alpe d'Huez. C'était lors de la première ascension, il était dans le peloton avec Chris Froome, en 40e ou 50e position. Une dame a eu la mauvaise idée de traverser la route à ce moment-là. Davide Malacarne, coéquipier d'Europcar, n'a pu l'éviter. Veilleux non plus. Il s'en est tiré avec une égratignure au genou. À ce jour, il ne comprend pas ce qui a pris à la dame. «Ce n'est pas comme si on avait 15 minutes de retard, alors que les gens prêtent moins attention.»

Ennui

Il n'a jamais songé à abandonner, mais David Veilleux a quand même connu une journée plus difficile, la 10e étape, au lendemain de la première journée de repos, vers Saint-Malo. L'échappée est partie dès le départ. Il était de mauvaise humeur. «Qu'est-ce que tu fais le reste de la journée? Tu suis, tu roules, mais il ne se passe rien. Ce sont les journées que je déteste le plus. Tu fais juste attendre la fin. Et la fin, quand tu n'es pas sprinter, ce n'est pas motivant. Tu espères juste que ça roule vite pour te rendre aux douches le plus vite possible!»

Photo Agence Zoom/James Startt

Moulinette

Comme tout le monde, Veilleux a été impressionné par la démonstration de moulinette de Chris Froome dans le Ventoux. Se verrait-il tenter le même genre d'exercice? «Je ne sais pas, c'est dur pour le coeur! Je n'ai pas tout analysé. Peut-être que Froome n'y a pas pensé non plus et qu'il s'est juste dit: O.K., go, il faut que j'y aille. Il avait mal aux jambes, il n'a pas voulu se lever sur les pédales et il s'est dit: je vais pédaler vite. Et ça a marché comme ça.»



Calendrier

David Veilleux limitera ses courses d'ici la fin de la saison. Il attend des nouvelles de son équipe pour savoir s'il disputera une course en France, le mois prochain. Il y a ensuite la possibilité qu'il prenne le départ du nouveau Tour de l'Alberta (3 au 8 septembre) sous les couleurs de l'équipe canadienne. Suivront les Grands Prix de Québec (13 septembre) et de Montréal (15 septembre), ses grands objectifs de fin de saison. Les Championnats du monde de Florence (29 septembre) sont aussi dans sa ligne de mire, mais il n'a pas pris un engagement définitif en ce sens.

Photo Eric Gaillard, AFP

Chris Froome