Ce n’était pas un poisson d’avril. Ni une blague pour dérider les amis sur les réseaux sociaux en cette période de confinement.
Amélie Kretz nageait bel et bien dans une petite piscine hors terre, installée dans un garage, dans une vidéo publiée sur sa messagerie Twitter, le 1er avril.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Attachée à un élastique fixé à la coulisse de la porte, la triathlonienne s’exécute dans le bassin de 12 pieds de diamètre, monté dans le garage de la résidence parentale, à Sainte-Thérèse. Bonnet de bain sur la tête et tuba en bouche, elle tourne les bras et bat des pieds sans avancer d'un pouce. Sa combinaison isotherme témoigne de la froideur de l’eau : 13 degrés Celsius, soit la température recommandée pour… un bain de glace post-effort.

À l’évidence, le report des Jeux olympiques de Tokyo n’a pas sapé toute la motivation d’Amélie Kretz, qui visait une deuxième participation après sa 34e position à Rio.

« En ce moment, on fait beaucoup d’exercices dans le gym pour maintenir la musculature de la nage, a-t-elle expliqué au téléphone jeudi matin. J’étais un peu en train de devenir folle, un peu tannée, pour être honnête ! Ça faisait longtemps que je cherchais une solution pour pouvoir nager. »

Déplacements interdits

Elle a d’abord pensé aux piscines « sans fin », cet équipement qui permet de nager sur place grâce à un puissant jet. La cousine de sa mère en possède une à Mont-Tremblant. Elle était prête à s’y rendre trois ou quatre fois par semaine. Mais le resserrement des règles sur les déplacements non essentiels l’a fait renoncer.

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Amélie ne pouvait se rendre à la piscine. La piscine s'est rendue chez Amélie.

Sur Instagram, Kretz a vu une Européenne faire de la nage stationnaire dans une piscine extérieure aménagée dans sa cour. Compte tenu de la température au Québec, elle a demandé à ses parents si elle ne pouvait faire la même chose dans le garage double.

« Au début, ils n’étaient pas trop certains de mon idée, mais après cinq minutes, ils ont embarqué ! C’est rendu le projet de quarantaine de ma mère et moi. »

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Amélie Kretz (à gauche) et la Suissesse Kirsten Sweetland discutent avant le départ du triathlon aux JO de Rio le 20 août 2016.

Système D

L’athlète de 26 ans a commandé la piscine en ligne. Aussitôt reçue, aussitôt montée. Kretz n’a pas pu attendre et y a plongé mercredi soir. Elle a pu résister une quinzaine de minutes. « Mon visage et mes mains étaient trop gelés. C’était vraiment désagréable. »

La température de l’eau est donc le principal défi en ce moment : « On a mis du chauffage pour aider un peu. Le boyau est aussi branché à un petit réservoir à eau chaude qu’on a dans le garage. Mais il est minuscule et la piscine contient à peu près 10 000 litres d’eau. Ça ne monte pas très vite. »

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L'eau est très froide. Un boyau est branché à un chauffe-eau, installé dans le garage. Mais il est minuscule et la piscine contient environ 10 000 litres d’eau. La température « ne monte pas très vite », dit Amélie Kretz.

Toutes les trois ou quatre heures, elle vide le réservoir. Jeudi matin, la température avait grimpé d’un degré. Grâce à un appel à tous de sa mère sur Facebook, elle pense peut-être avoir trouvé un chauffe-eau.

La pratique de ses deux autres disciplines est évidemment moins compliquée, d’autant qu’elle dispose d’un gym bien équipé dans le sous-sol, d’où sa décision de s’installer chez ses parents. « J’ai un tapis roulant, mais je cours le plus souvent possible à l’extérieur. »

Pas d’entraînement sur route encore

Pour le vélo, elle ne s’est permis qu’une seule sortie sur route pour l’instant, compte tenu de la pression exercée par la COVID-19 sur le système de santé. Par mesure de prudence, elle pédale sur un rouleau.

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Amélie Kretz lors du triathlon aux JO de Rio le 20 août 2016.

Comme plusieurs cyclistes, elle déjoue la distanciation physique en s’entraînant en groupe sur la populaire application virtuelle Zwift.

« C’est sûr que c’est difficile de rester motivée quand tu ne sais pas quand tu vas pouvoir reprendre la compétition. Mais je fais du triathlon avant tout parce que j’adore le sport. J’adore me pousser. Ça ne change pas. »

Kretz ne voulait surtout pas « gaspiller » sa forme acquise au cours de sa préparation hivernale en Floride. Elle en sent encore les bénéfices, « surtout en course à pied ».

Comme tous ses collègues, la Coupe du monde de Mooloolaba (Australie), le 14 mars, est la seule course qu’elle a pu disputer cette année. « Un peu rouillée », elle n’a pas livré une prestation à la hauteur de ses attentes, se classant 22e.

Au moment où elle s’apprêtait à rentrer au Canada, deux jours plus tard, elle a appris sans surprise que la fédération internationale suspendait la saison jusqu’au 30 avril. Au mieux, pense la Canadienne, elle ne reprendra qu’à la fin de l’été.

Kretz tentera de procurer une deuxième place au Canada pour le triathlon olympique de Tokyo. Elle estime que « deux bons résultats » la remettraient en bonne position.

Évidemment déçue de l’ajournement des JO, elle croit pouvoir tirer avantage de l’année supplémentaire pour s’y préparer. D’autant que depuis l’an dernier, elle travaille avec un nouveau groupe, Barista Triathlon, dirigé par l’entraîneur Alex Sereno.

« Ça prend un certain temps à s’adapter à un nouveau programme. Dans la dernière année, on a vu ce qui fonctionnait bien et moins bien pour moi. Là, on sait quoi faire et on a encore plus de temps pour le faire. Plus j’ai de temps, plus ça m’avantage. »

Chaque jour compte, donc, d’ici la nouvelle échéance olympique. « Tout ce que je peux faire en ce moment, ça aura un impact dans un an. C’est de l’argent en banque pour les prochains mois et la prochaine année. » Maintenant, si l’eau pouvait chauffer un peu plus vite…