(Lausanne) Certaines fédérations internationales sportives, largement subventionnées par le Comité international olympique (CIO), se retrouvent en difficulté financière en raison du report des Jeux de Tokyo, mais aussi de leurs propres compétitions et pourraient faire appel aux aides publiques.

Eric BERNAUDEAU
Agence France-Presse

« La situation est tendue et très morose. Une évaluation va être faite, mais clairement certains postes sont menacés » : le constat dressé par un cadre d’une grande fédération internationale est loin d’être isolé.

Sur les 33 fédérations internationales présentes aux JO de Tokyo-2020, 28 doivent recevoir des aides substantielles du CIO, mais le report des Jeux devrait entraîner le report de leur versement. Les cinq nouveaux sports (karaté, surf, skateboard, escalade et baseball/softball) ne sont pas admissibles.

La manne olympique qui avait atteint au total 520 m USD pour les JO de Rio-2016, « devrait atteindre sensiblement le même niveau pour les JO de Tokyo et pourrait même baisser », prévient Andrew Ryan, directeur général de l’Association des fédérations internationales olympiques des sports d’été (Asoif), chargée de la répartition de cet argent.  

Subventions de 7 à 40 m USD

Classées en cinq groupes en fonction de leur audience et de leur importance, les fédérations touchent des subventions dégressives : environ 40 m USD pour les plus grosses (athlétisme, natation et gymnastique) ; 25 m USD pour le groupe 2 (cyclisme, basketball, volleyball, football et tennis) ; 17 m USD pour le groupe 3 (dont boxe, aviron, judo, tennis de table), 12 m USD pour le groupe 4 (voile, canoë, escrime…) et 7 m USD pour le dernier groupe (rugby, golf, pentathlon moderne).

Pour les plus grandes, comme la FIFA, qui dispose d’un bas de laine de 1,5 md USD ou la Fiba (46 md USD de réserves), les aides du CIO représentent une proportion réduite de leurs revenus, voire infime pour la FIFA. Pour d’autres, pas seulement les plus petites, c’est un apport vital.

Mais pour l’ensemble des fédérations, le report des JO a un effet domino qui entraîne la reprogrammation de leurs propres compétitions, dont elles tirent l’essentiel de leurs revenus. C’est le cas de World Athletics qui a déjà annoncé le report à 2022 des Mondiaux à Eugene (États-Unis). La Fédération internationale de natation (Fina) va devoir en faire de même pour ses Mondiaux programmés à l’été 2021 au Japon, à Fukuoka.

« Une édition des Mondiaux signifie pour nous 10 m USD de revenus. Si ces revenus sont reportés totalement ou partiellement d’un an, nous allons au devant de gros problèmes, d’autant plus si l’argent du CIO, attendu à l’origine en septembre prochain, n’est pas versé », confie un cadre d’une fédération, sous couvert d’anonymat.

A la Fédération internationale de tennis de table (ITTF), qui gère ses activités depuis Singapour, « le Comité exécutif a décidé de réduire ses dépenses et les cadres les plus élevés ont proposé de baisser leurs salaires », confie Matt Pound, directeur du marketing.  

L’ITTF, qui souligne que « la majorité de ses revenus provient de ses activités commerciales et non des aides du CIO », a justement suspendu toutes ses compétitions jusqu’en juin. « Cela se traduit par un manque à gagner significatif qui met notre fédération sous pression financière », ajoute-t-il.

« Le CIO finira par verser ses aides, mais ce qui pèse le plus c’est l’incertitude, sur la tenue de nos compétitions et le maintien ou non de nos commanditaires », ajoute Kim Andersen, le président danois de fédération internationale de voile (World Sailing).

anticiper les versements-

Première solution pour les fédérations : « que le CIO anticipe ses versements », ajoute M. Ryan.

Interrogé par l’AFP, le CIO ne s’avance pas : « Il n’est pas possible à ce stade d’évaluer l’impact global » du report des JO de Tokyo. « Cela dépend d’un nombre de variables qui sont actuellement à l’étude ».

Mais selon un cadre d’une fédération, « le CIO va discuter cas par cas, sport par sport ».

Autre option, que les fédérations sollicitent les aides publiques, mises en place pour faire face à la crise du coronavirus, en Suisse, siège de beaucoup d’entre elles, mais aussi en Grande-Bretagne, où World Sailing, est basée.  

« Les fédérations sportives peuvent-elles bénéficier des aides de la Confédération ? La réponse est oui, en principe », confirme à l’AFP, Philippe Leuba, conseiller d’État du canton de Vaud, responsable de l’Économie et du sport.  

Les fédérations basées en Suisse peuvent ainsi théoriquement demander à leur banque une ligne de crédit jusqu’à 20 m CHF (18,9 m EUR), à un taux compris entre 0 et 1 %, et garanti par l’État helvétique.