Au lendemain du report des Jeux olympiques de Tokyo en 2021, le président du CIO, Thomas Bach, a remis en doute la décision préalable du Comité olympique canadien (COC) de ne pas envoyer ses athlètes si l’événement avait eu lieu comme prévu l’été prochain.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« C’est le droit de chaque athlète, s’il est qualifié, de décider s’il ou elle veut prendre part aux Jeux olympiques », a affirmé Bach dans une téléconférence à laquelle assistaient près de 400 journalistes, mercredi matin. « Je ne crois pas qu’une telle décision puisse être prise par un vote à la majorité, par quiconque. On doit respecter le droit des athlètes. Si des athlètes décident de ne pas aller aux Jeux, il en va de leur bon droit. »

Le président du Comité international olympique (CIO) répondait ainsi à une question de relance au sujet de l’impact qu’avait eu la prise de position du COC dimanche soir dans la suite des événements.

Bach s’était auparavant défendu de ne pas avoir écouté l’opinion des athlètes au moment où le CIO semblait tergiverser sur le maintien des dates des JO de Tokyo en pleine pandémie de coronavirus.

« On a toujours pris en considération la voix des athlètes et elle a joué un rôle très important. On est constamment en contact avec notre commission des athlètes. Sa présidente étant membre de la commission exécutive du CIO, elle prend part à toute consultation, toute décision et tout vote. J’avais également adressé une lettre aux athlètes il y a quelques semaines. Il y a eu des appels entre notre commission des athlètes et plusieurs représentants des athlètes à travers le monde. »

Le président a ajouté que chaque comité olympique national et fédération internationale de sport avait appuyé la stratégie de la commission exécutive du CIO.

« On a obtenu un soutien unanime par un vote individuel, incluant du Comité olympique canadien. On a ensuite eu un appel avec plus de 200 représentants des athlètes et il n’y a pas eu une seule voix demandant l’annulation des Jeux. Les questions portaient sur le système de qualification, les conditions d’entraînement, la santé mentale et autres. »

De « nouvelles informations alarmantes » au sujet de la propagation du virus, en particulier en Afrique, en Amérique du Sud et aux États-Unis, ont mené à une « réunion d’urgence » de la commission exécutive du CIO dimanche matin, a précisé Bach. Le comité d’organisation local et le premier ministre japonais Shinzo Abe ont été contactés au préalable pour sonder leur ouverture à un scénario de report. Après avoir reçu l’assurance qu’une annulation n’était pas dans les plans, ils ont convenu de se pencher sur cette possibilité.

L’« accélération » de la crise, selon les données fournies lundi par l’Organisation mondiale de la santé, et sa propagation dans des îles en Océanie, ont convaincu le CIO de l’impossibilité pour le Japon de recevoir le monde l’été prochain.

Le lendemain, le premier ministre Abe lui-même a proposé un report « après consultation avec le CIO », a précisé Bach. « Pour que les Jeux soient un succès, on a besoin d’une entente totale et d’être unis. »

Les Jeux en 2021, dont les dates restent à être déterminées, conserveront l’appellation « Tokyo 2020 ». Un groupe de travail conjoint entre le CIO et le comité organisateur, baptisé « On y va » (« Here we go »), consultera les 33 fédérations internationales de sport pour connaître les contraintes du calendrier à partir du jeudi.

« C’est comme un immense casse-tête, chaque pièce doit trouver sa place, a souligné Bach. Si vous enlevez une pièce, tout le casse-tête est détruit. »

Le dirigeant allemand n'a pas écarté la possibilité que les JO soient présentés au printemps 2021: « Toutes les options sont sur la table, incluant l'été 2021. »

Le sort du Village olympique, dont des unités étaient déjà vendues, sera un élément crucial. « Ce sera l’une des milliers de questions sur lesquelles le groupe de travail devra se pencher. On fera tout en notre pouvoir pour qu’il y ait un Village olympique, parce que c’est là que bat le cœur des Jeux. »

L’organisation de Jeux d’été en 2021 et de Jeux d’hiver en 2022 à Pékin, sans compter les Jeux de la jeunesse à Dakar en 2022, représentera « un immense défi » pour l’organisation du CIO, contrainte actuellement au télétravail comme une bonne partie du reste de la planète. Tous les commanditaires des Jeux ont offert leur « soutien complet » pour 2021.

Le président du CIO souhaite que ces JO puissent être « une célébration de l’humanité après avoir surmonté ce défi sans précédent du coronavirus ». « Pour que la flamme puisse être allumée au bout de ce tunnel très noir dans laquelle l’humanité se trouve en ce moment et dont on ne sait pas la longueur ».