Totalement blanchie par la Fédération internationale de canoë (ICF) après son test antidopage positif, Laurence Vincent Lapointe tourne maintenant ses yeux vers les Jeux olympiques de Tokyo, où elle visera deux médailles.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« Pour moi, c’est une nouvelle incroyable », a exprimé la canoéiste de 27 ans lors d’une conférence de presse dans sa ville natale de Trois-Rivières, lundi matin. « Je suis tellement soulagée. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point je suis soulagée. À quel point ça fait du bien de finalement mettre fin à ce périple-là et de juste pouvoir me concentrer sur ce que j’aime, de retourner sur l’eau et me préparer en vue des Jeux. C’est formidable. »

Accompagnée de son avocat Adam Klevinas, qui l’a défendue pendant les presque six mois qu’ont duré cette bataille, Vincent Lapointe a raconté comment les deux premiers mois qui ont suivi l’annonce de son contrôle positif au ligandrol, le 13 août, ont été difficiles.

Perdue et « dans un creux », elle se demandait pourquoi cette tuile lui était tombée dessus. Elle s’est comparée à une « flèche » tirée vers les Jeux olympiques, mais qui ne trouvait plus sa cible.

« J’étais encore la flèche en plein vol, mais tout s’est effondré autour de moi, a-t-elle expliqué. Comme s’il n’y avait plus rien pour me dire même si j’avançais ou je reculais. La flèche, il n’y avait rien autour, rien qui se passait. J’étais tellement perdue. »

Une retraite avec des collègues liés à B2Dix, une structure privée de soutien de quelques-uns des meilleurs athlètes canadiens, a représenté un « tournant majeur » à la mi-octobre. « Ça a comme fait : wow ! Je me suis réveillée ! »

Suspendue provisoirement et exclue par conséquent des activités de l’équipe canadienne, Vincent Lapointe a remis les bouchées doubles à l’entraînement, en solitaire. Sur une machine à ramer, elle a utilisé un miroir et son téléphone pour se filmer et faire les corrections nécessaires.

Son retour sur l’eau, il y a deux semaines en Floride, a cependant été « plus difficile ». « Mais je ne m’inquiète pas », a assuré la multiple championne mondiale, qui a remercié ses proches, en particulier ses parents, sa tante et son oncle. « Je suis prête à foncer. Je vais donner tout ce que j’ai. On croise les doigts. »

Absente des derniers Mondiaux en raison de sa suspension, Vincent Lapointe doit maintenant assurer sa sélection pour les JO de Tokyo, où le canoë féminin fera son entrée dans le programme. Les essais canadiens se tiendront en avril en Géorgie. Le Canada doit également toujours qualifier le bateau de C-2 500 mètres dans le cadre d’une compétition panaméricaine le mois suivant au Brésil.

La Québécoise vise à prendre part aux deux épreuves olympiques, dont celle de double avec sa partenaire ontarienne Katie Vincent, avec qui elle a gagné l’or aux Mondiaux 2018.

« Ce serait fou, trois médailles peut-être [pour le Canada], ce serait incroyable, s’est emballée l’athlète de la Mauricie. Là, je ne mets pas de pression du tout ! J’ai toujours ce rêve-là, je n’ai pas abandonné. »

Elle ne craint pas le jugement de l’opinion publique, dont une partie pourrait remettre en doute son explication quant à la cause de la présence de traces de cette substance interdite dans son organisme. Son ex-conjoint lui aurait transmis par un échange de fluide corporel. Ce dernier aurait consommé sans le savoir un produit contenant du ligandrol, un médicament en phase de recherche interdit au Canada et par le Code mondial antidopage. Il favoriserait la croissance musculaire à la façon d’un anabolisant, sans avoir les effets secondaires d’un stéroïde.

Cette découverte a été faite en novembre, après une analyse des cheveux de Vincent Lapointe et de son ancien copain, quelques semaines avant l’audience devant le comité antidopage de l’ICF, le 9 décembre.

« C’est sûr que j’aimerais que tout le monde puisse voir […] que je dis la vérité. L’important dans tout ça, c’est que le monde qui me connait, qui sont avec moi depuis toujours, ils […] savent que je ne l’ai pas fait, que ce n’est vraiment pas volontaire et que c’est arrivé à cause d’une contamination. […] J’ai leur soutien et c’est tout ce qui compte pour moi. »

Son avocat a souligné que l’histoire de sa cliente n’était qu’un « cas de malchance ». « Je sais que c’est une histoire assez folle, mais ce n’est pas juste un hasard », a déclaré Me Klevinas.

Convaincu de l’innocence de Vincent Lapointe, ce dernier a mené une enquête longue et « extrêmement » coûteuse pour déterminer l’origine du ligandrol litigieux.

« On a fait analyser des suppléments, des suppléments de son ex-conjoint aussi, a-t-il rappelé. On a même regardé des produits alimentaires, des chocolats qui viennent du Japon que Laurence a reçu d’une autre athlète. On a regardé des épices qui viennent d’ailleurs dans le monde. On a même regardé une possible contamination environnementale. Donc l’eau, la viande, des choses comme ça. On a fait le polygraphe, on a fait des analyses de ça. »

Devant les faits exposés, le panel de l’ICF a blanchi Vincent Lapointe de toute faute et mis un terme immédiat à sa suspension, vendredi.

« Après avoir considéré l’expertise et la preuve scientifiques fournies par l’équipe légale de Mme Vincent-Lapointe, et aussi les traces minuscules de ligandrol décelées dans l’échantillon de l’athlète, l’ICF a reconnu que Mme Vincent Lapointe n’a pas pris la substance illégale de façon consciente », a indiqué l’ICF dans un communiqué publié lundi matin.

La fédération internationale la juge « victime d’une contamination par une tierce personne ». Le panel a rendu sa « décision courte » à Vincent Lapointe et à son équipe vendredi. La décision « détaillée » sera dévoilée plus tard, peut-être dans un mois, a fait savoir un porte-parole de l’ICF.

« C’est un résultat qui est juste dans les circonstances, a insisté Me Klevinas. Je tiens vraiment à préciser qu’on n’a pas demandé quelque chose que Laurence ne méritait pas. On n’a pas demandé de choses qui n’étaient pas soutenues par les preuves scientifiques, analytiques et factuelles, ainsi que par la jurisprudence sur le sujet. »

Un appel de cette décision par le Centre canadien pour l’éthique dans le sport ou l’Agence mondiale antidopage est toujours possible dans les prochaines semaines. « Le dossier est solide, j’ai beaucoup de confiance », a fait savoir l’avocat.

Vincent Lapointe préfère penser aux coups de rame sur l’eau qui l’attendent avec l’équipe canadienne, qu’elle rejoindra dès mardi en Floride.

« C’est tellement un soulagement d’enfin pouvoir m’entraîner que je me dis, je vais foncer. Je vais me croiser les doigts, je vais juste tout donner à l’entraînement. Je ne vois pas de raison de me retenir au cas où il arrive un appel. Je ne suis pas rendue là. S’il y a un appel, on se battra. »

La canoéiste participera à une autre conférence presse lundi après-midi à Montréal.