(Paris) Quatre-cent millions d’euros (625 millions de dollars canadiens) à couper : la recherche d’économies pour l’organisation des Jeux olympiques 2024 à Paris fait l’objet d’échanges nourris en coulisses, dans un climat économique et sanitaire morose qui laisse prise aux critiques.

Déborah CLAUDE
Agence France-Presse

Cela fait quatre mois que le comité d’organisation de Paris 2024 (Cojo) prépare les esprits : il faut trouver 400 millions d’euros (625 millions de dollars canadiens) pour rester dans l’enveloppe initiale de 3,8 milliards (5,9 milliards de dollars canadiens) dédiés à orchestrer les 15 jours d’épreuves.

En effet, la pandémie a « gelé » et « peut-être tué » certaines discussions avec certains commanditaires, selon une source proche du dossier.

Le président du comité d’organisation, Tony Estanguet, se montre néanmoins rassurant, affirmant récemment que déjà « 500 millions ont été levés en partenariats privés » sur l’objectif fixé de 1,1 milliard, sans plus de détails.

À des milliers de kilomètres de là, les organisateurs des JO de Tokyo, qui ont été reportés à juillet 2021, se creusent eux aussi la tête pour faire baisser la facture, et en discutent avec le Comité international olympique (CIO).

À Paris, les premières pistes d’économies, liées à l’implantation de sites temporaires, ont été proposées mi-septembre. Celles-ci généreront environ 150 millions d’euros d’économies, sur les 400 à trouver, selon des sources concordantes.

Abritées dans des équipements temporaires, les épreuves de natation et de volley-ball devraient quitter la Seine–Saint-Denis.

Les premières étaient prévues dans un bassin provisoire à Saint-Denis — ville qui conserve le centre aquatique pérenne (plongeon, natation synchronisée, water-polo) — et seront transférées, sauf contrainte technique insurmontable, à l’Aréna La Défense (Hauts-de-Seine).  Gain estimé : 60 millions d’euros, selon des sources concordantes.

Le 93, « variable d’ajustement » ?

Autre changement prévu, le volley-ball, qui quittera Le-Bourget. Lieu d’atterrissage inconnu pour le moment.

Depuis la candidature de ces Jeux,  obtenus il y a trois ans, un « héritage fort » a été promis à la Seine–Saint-Denis, département pauvre au Nord-Est de Paris, l’un de ceux à avoir été très touché par la COVID-19 et qui ne sera pas épargné par la crise économique.

Au vu de ces projets, des élus, en particulier le président du département Stéphane Troussel (PS), ont tonné : le 93 ne doit pas devenir « une variable d’ajustement ».  

Après une rencontre avec le premier ministre, ancien délégué interministériel aux JO, Stéphane Troussel a baissé d’un ton. Jean Castex se rend d’ailleurs vendredi en Seine–Saint-Denis, un peu moins d’un an après l’annonce de mesures spécifiques pour aider ce territoire.

« Il y a des tentatives de compensations avec l’escalade et le rugby à 7 », explique ainsi M. Troussel à l’AFP. Perdant deux épreuves, le département est en passe d’en récupérer deux : l’escalade et le mur pérenne qui va avec, ainsi que le rugby à 7 au Stade de France.

Pour lui, l’important est de trouver un « équilibre global ». Il est particulièrement préoccupé par le devenir du village des médias, destiné à être transformé en logements, 1300 initialement, sur la commune de Dugny dans la zone olympique autour du Bourget.

Le Cojo critiqué

Pourquoi un équilibre « global » ? Parce que la construction de ce quartier est du ressort de la Solideo (société de livraison des ouvrages olympiques), et non du comité d’organisation (Cojo), car il s’agit de constructions qui vont rester.

Le cas échéant, la région Île-de-France, a indiqué, par la voix de sa présidente Valérie Pécresse, qu’elle pourrait remettre de l’argent si besoin, pour le village des médias, ont rapporté plusieurs sources.  

Un conseil d’administration du comité d’organisation, où se mêlent mouvement sportif, État, et collectivités, examinera ces changements le 30 septembre prochain.  

In fine, ces remaniements doivent être acceptés par les fédérations internationales, mais aussi le Comité international olympique (CIO).

Aiguillonné par les élus, au premier rang desquels la maire de Paris, Anne Hidalgo, le comité d’organisation essuie ces derniers temps quelques critiques. « Le Cojo c’est “tout va bien, madame la marquise” », tacle un parlementaire.  

Une petite brise anti-JO se fait ressentir.  

Des intellectuels, notamment le philosophe Luc Ferry ou Anne Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, se sont insurgés dans une tribune : « Il est irresponsable de dilapider l’argent public dans une opération de prestige pharaonique ».

La réponse du mouvement sportif a claqué, via une autre tribune signée de 138 sportifs (Amandine Henry, David Douillet, Sarah Ourahmoune… et d’anciens ministres comme Thierry Braillard ou Jean-François Lamour), dénonçant « un procès d’intention », rappelant que sur les 6,8 milliards globaux (Cojo+Solideo), 1,5 milliard d’euros seulement sont de l’argent public.