(Brisbane) Une enquête australienne démontre qu’une proportion plus élevée de jeunes olympiens seraient disposés à utiliser les sites de compétitions ou les podiums comme tribune pour exprimer leurs revendications.

John Pye
Associated Press

La règle 50.2 du Comité international olympique, qui interdit les manifestations ou la propagande politique, religieuse ou raciale sur les sites des jeux, fait l’objet d’un examen de plus en plus attentif à mesure que le mouvement mondial Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) prend de l’ampleur.

Le CIO sollicite les commentaires des athlètes lors de la révision des règlements et a le temps de mettre en œuvre des changements si nécessaire avant le début des Jeux de Tokyo reportés à juillet prochain.

PHOTO TODD KIRKLAND, ARCHIVES AP

Les athlètes de certains sports ont posé un genou à terre avant les matchs ces derniers mois depuis la reprise des activités après le confinement lié au coronavirus, adoptant le geste symbolique lancé par l’ancien quart-arrière Colin Kaepernick des 49ers de San Francisco en 2016.

Une enquête auprès de 496 athlètes australiens anciens et actuels, publiée vendredi par la commission des athlètes du Comité olympique australien (AOC), est l’une des premières à être complétée.

Bien qu’elle montre qu’une majorité d’athlètes australiens soutiennent l’idée d’être en mesure de s’exprimer sous une forme ou une autre, 80 % pensent que manifester sur le site de compétitions nuirait à la performance ou à l’expérience olympique des athlètes.

Steve Hooker, président de la commission des athlètes de l’AOC, a révélé que l’une des tendances claires était une différence d’opinions en fonction de l’âge, les répondants allant de ceux qui ont concouru dans les années 1950 à ceux qui visent une place à Tokyo l’année prochaine.

« Les points de vue des athlètes sur la liberté d’expression ont changé au fil du temps, les athlètes contemporains étant plus susceptibles de considérer les Jeux olympiques comme une tribune pour exprimer leurs opinions », a écrit Hooker dans un mémoire à la commission des athlètes du CIO.

Choc des générations

L’enquête, sur environ 14 % des Olympiens vivants en Australie, a montré que 19 % des personnes interrogées pensaient que la liberté d’expression était acceptable aux jeux en toutes circonstances, 40 % que c’est acceptable selon les circonstances – telles que les conférences de presse ou les médias sociaux – et 41 % estimaient que les jeux n’étaient pas du tout l’endroit où les athlètes pouvaient exprimer publiquement leurs opinions.

Plus de 85 % des personnes interrogées qui ont concouru dans les années 50 ont répondu « non » à la question : « Les Jeux olympiques devraient-ils être une tribune pour que les athlètes expriment leurs opinions sur la politique, la religion, la sexualité, le racisme, le genre et d’autres formes de discrimination ou autre ? »

Parmi ceux qui ont participé aux Jeux olympiques depuis 2010, 34 % ont répondu oui et 47 % étaient en faveur, mais seulement dans certaines circonstances. Seulement 19 % pensaient que les jeux n’étaient pas une tribune pour exprimer ses opinions.

Les athlètes de certains sports ont posé un genou à terre avant les matchs ces derniers mois depuis la reprise des activités après le confinement lié au coronavirus, adoptant le geste symbolique lancé par l’ancien quart-arrière Colin Kaepernick des 49ers de San Francisco en 2016.

Le souvenir de 1968

Un athlète australien a joué un rôle mineur lors de la manifestation sur le podium la plus emblématique de l’histoire olympique. Aux Jeux de 1968 à Mexico, les sprinteurs américains Tommie Smith et John Carlos ont chacun levé un poing ganté sur le podium, qu’ils ont partagé avec le médaillé d’argent australien Peter Norman. Norman portait un insigne des droits de l’homme en solidarité aux coureurs américains sur le podium.

Plus récemment, le nageur australien Mack Horton a refusé de monter sur le podium avec Sun Yang aux championnats du monde 2019 après avoir accusé le médaillé d’or chinois de n’avoir pratiquement eu aucune conséquence pour des infractions de dopage présumées. Horton a reçu le soutien d’autres athlètes, mais a été fortement critiqué par d’autres. Sun a ensuite été suspendu pendant huit ans.

« La majorité des athlètes ne veulent pas assister à des manifestations sur les sites des compétitions ou ailleurs qui nuiraient à la performance ou à l’expérience d’autres athlètes », a déclaré Hooker, champion olympique de saut à la perche en 2008. Mais « les athlètes ne sont pas sûrs comment et quand ils sont autorisés à s’exprimer à l’extérieur des sites. »

Hooker a exprimé son désaccord à la suggestion lors de la conférence de presse virtuelle, vendredi, selon laquelle les athlètes australiens pourraient être perçus comme hypocrites en soutenant la position de Horton, mais en n’acceptant pas pleinement le droit de revendiquer.

Il a noté que l’enquête a montré que 10 % des personnes manifesteraient sur le podium en toutes circonstances, et 20 % le feraient dans certaines circonstances.

« Ce dont nous parlons ici, ce sont des gens qui ont des opinions bien arrêtées, a-t-il dit. Mack a des opinions bien arrêtées, et il les a exprimées. »

Hooker a ajouté que sa famille était proche de Norman et qu’il avait toujours été conscient du rôle du sprinter australien en 1968.

« Il s’est retrouvé dans une situation et, en tant qu’humaniste, il a fait ce qu’il croyait être la bonne chose à faire à ce moment-là, a dit Hooker. Je pense que nous avons un certain nombre de personnes au sein de notre équipe qui afficheraient un état d’esprit semblable. »

Il a mentionné que l’enquête montrait que la majorité des athlètes étaient passionnés par leur sport et se rendraient aux Jeux olympiques pour se concentrer là-dessus.

« Cela ne veut pas dire que les autres ne se sentent pas différemment. Je ne dirais pas que nous n’avons pas de compassion pour ces problèmes. »