Quand Antoine Valois-Fortier a renoué sa ceinture noire le 23 juin, il s’est senti comme un hockeyeur qui n’aurait pas chaussé les patins pendant trois mois.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« Ça fait un peu bizarre quand il les remet pour la première fois, mais ça revient assez vite », a évoqué le judoka de 30 ans au téléphone, lundi matin.

PHOTO CHARLY TRIBALLEAU, AFP

Antoine Valois-Fortier célébrant sa victoire bonne pour une médaille de bronze contre l’Égyptien Mohamed Abdelaal au Championnat mondial de judo à Tokyo le 28 août 2019.

Valois-Fortier était à Lethbridge, en Alberta, où il a recommencé les combats la semaine dernière avec huit de ses coéquipiers de l’équipe canadienne de judo.

« On a mal partout, on est tous un peu rouillés, mais on fait ça dans un contexte progressif », a ajouté celui qui n’avait pas revêtu le judogi depuis le 12 mars.

Sans horizon précis sur la reprise des sports de combat au Québec et avec la perspective d’un retour des compétitions internationales en septembre, Nicolas Gill a pris le taureau par les cornes et organisé ce stage dans le sud de l’Alberta.

Depuis le 15 juin, ses meilleurs athlètes pouvaient effectuer leur préparation physique à l’Institut national du sport du Québec, à Montréal, mais les combats leur sont toujours interdits par la Santé publique.

« Pour nous, c’est compliqué et dispendieux de partir », a souligné le directeur général et directeur de la haute performance de Judo Canada. « Ce n’est évidemment pas notre premier choix, mais dans le contexte actuel, c’était notre seule option. »

Les sports de combat autorisés en Alberta

Dans la deuxième phase de son processus de déconfinement, entamée le 13 juin, l’Alberta autorise les sports de combat à certaines conditions. Par exemple, les participants doivent se limiter à de petits groupes fermés de moins de 50 personnes.

Les neuf judokas canadiens, qui convoitent tous une sélection pour les Jeux olympiques de Tokyo remis à l’an prochain, ont poussé la note sécuritaire un peu plus loin. Avec le personnel d’encadrement restreint, ils ne sortent pas de leur « bulle » entre le club de judo, la salle de musculation et l’hôtel où ils partagent tous leurs repas préparés par un traiteur.

Le club de judo Kyodokan de Lethbridge est un centre d’entraînement régional de Judo Canada. Son tatami, toujours désinfecté, est utilisé deux fois par jour par les expatriés de l’INS Québec.

PHOTO JUDO CANADA

Le club de judo Kyodokan de Lethbridge est un centre d’entraînement régional de Judo Canada. Son tatami, toujours désinfecté, est utilisé deux fois par jour par les expatriés de l’INS Québec.

« C’est l’un des grands clubs au Canada, a noté Gill, qui n’a pas accompagné l’équipe. On reçoit du soutien local sur le plan de la logistique et on a des infrastructures de haut niveau. On a également accès à un gym dont notre président est propriétaire. Ce sont tous des endroits réservés pour eux. Ils ne cohabitent donc avec personne. »

Selon les informations récemment glanées par Gill, la Fédération internationale de judo (IJF) tient à une reprise des tournois le 18 septembre, date d’ouverture prévue du Grand Prix de Zagreb, le premier au calendrier qui n’a pas été annulé ou suspendu.

Reprendre la forme sans se blesser

« Le processus de qualification [olympique] n’est pas terminé, a rappelé Valois-Fortier. On va obligatoirement devoir compétitionner dès les premiers mois. Si on veut que le plus de monde se qualifie, tu ne recommences pas du jour au lendemain. Ça prend quelques tours d’échauffement, si on veut, pour ne pas se blesser et être compétitifs. »

Cinquième au classement olympique de l’IJF (moins de 81 kg), le médaillé de bronze des Jeux olympiques de Londres en 2012 tient surtout à maintenir son rang parmi les huit premiers afin de faire partie des têtes de série à Tokyo.

« J’ai manqué presque 10 mois [en raison d’une opération] et j’ai été en mesure de revenir dans le top 8, a soulevé le triple médaillé aux Mondiaux. Ça change quand même assez rapidement. Il s’agit de ne pas prendre de recul et de ne pas jouer avec le feu. »

En l’absence d’Ecaterina Guica et de Jessica Klimkait, qui ont dû déclarer forfait pour des raisons de santé, Catherine Beauchemin-Pinard est la seule femme pour le stage de Lethbridge.

PHOTO D’ARCHIVES ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Catherine Beauchemin-Pinard, le 2 mai 2019

L’entraîneur Sasha Mehmedovic doit donc lui-même se mesurer à son athlète. « Il est vraiment bon pour réduire sa force au bon niveau et me faire travailler assez fort », a noté Beauchemin-Pinard.

Ses autres partenaires masculins (Arthur Margelidon, Antoine Bouchard et Jacob Valois) doivent cependant la ménager. « Sinon, je me ferais projeter tout le long du combat. Ce n’est pas le même feeling que si je me battais avec les filles, avec qui ce serait plus rough et ça ferait peut-être un peu plus mal. »

Même si elle s’est sentie « vraiment rouillée » sur le plan technique, Beauchemin-Pinard était heureuse de ne pas trop souffrir de courbatures et d’avoir maintenu une excellente condition physique durant le confinement. « Le plus dur, c’est pour les épaules. Tirer et pousser quelqu’un, c’est difficile de reproduire ça toute seule chez vous. »

Chez les hommes, ils doivent s’accommoder entre huit judokas dont les catégories de poids varient entre 66 kg et 100 kg.

« Ce sont les limites de la situation actuelle, a reconnu Gill. Pour une première phase d’entraînement, ce n’est pas dramatique. Mais on va se dire les vraies choses : ce ne sont pas des conditions pour remporter des médailles aux Jeux olympiques. C’est clair qu’il faudra trouver un moyen pour optimiser l’entraînement des athlètes. »

Le groupe passera les deux prochaines semaines en Alberta. Pendant ce temps, le directeur général suit l’évolution de la situation « au Québec, dans le reste du pays et à l’étranger ».