(Lausanne) Le président du Comité international olympique, Thomas Bach, a appelé mercredi les sportifs à manifester de façon « digne » alors que la pose d’un genou à terre, geste devenu fréquent en soutien à la lutte antiraciste, est formellement bannie par la Charte olympique.

Agence France-Presse

De nombreux sportifs posent un genou au sol pour manifester leur soutien à la lutte antiraciste après la mort de George Floyd, un homme noir mort lors d’une interpellation par la police fin mai à Minneapolis aux États-Unis.

Mais ce geste est actuellement interdit par la règle 50 de la Charte olympique, qui proscrit aussi les gestes de la main ayant une signification politique.

La pose d’un genou à terre serait donc interdite lors des Jeux olympiques de Tokyo qui ont été reportés d’un an, en 2021.

La Charte permet cependant aux athlètes d’exprimer leurs opinions lors d’entrevues après leurs compétitions.

PHOTO ANONYMOUS, AP

Les sprinteurs américains Tommie Smith (au centre) et John Carlos (à droite) avaient levé le poing durant l’hymne national américain pour protester lors de la remise des médailles du 200 m aux Jeux olympiques de Mexico le 6 octobre 1968.

« Nous avons totalement soutenu l’initiative de la commission des athlètes (du CIO) de dialoguer avec ses homologues du monde entier pour explorer les différentes façons dont les athlètes olympiques peuvent exprimer leur soutien aux principes contenus dans la Charte olympique de façon digne », a déclaré M. Bach lors d’une conférence de presse téléphonique à l’issue d’une réunion de la commission exécutive par visioconférence.

Le geste de poser un genou au sol a été popularisé par le joueur de NFL (Ligue de football américain) Colin Kaepernick, devenu un porte-voix des protestations aux États-Unis contre les violences policières, notamment contre les minorités de couleur.

Il est redevenu d’actualité après la mort de George Floyd.

M. Bach, qui a indiqué qu’il refusait d’interférer dans les travaux de la Commission des athlètes et de donner « des directions ou des instructions », a rappelé que les Jeux olympiques sont une « démonstration de soutien aux principes olympiques de non-discrimination. C’est notre ADN, l’une des raisons d’être des Jeux olympiques ».

Ouverture sur un allègement des règles

Cependant, en plein cœur d’une vague mondiale de manifestations contre le racisme, M. Bach a indiqué mercredi qu’il était ouvert à discuter d’un allégement de ses règles afin de permettre aux athlètes de manifester aux Jeux olympiques. Il a dit que la commission des athlètes allait « explorer différentes façons » d’exprimer ses opinions pendant les Jeux tout en respectant « l’esprit olympique ».

Les gestes posés lors des cérémonies de remises de médailles ou sur les sites de compétitions ont été qualifiés en janvier de « perturbations causant la discorde ».

Selon les règles en vigueur, des athlètes qui voudraient copier le geste des sprinters américains Tommie Smith et John Carlos, qui ont brandi le poing sur le podium aux Jeux de Mexico, en 1968, pourraient être exclus des JO. Ils pourraient également subir des sanctions disciplinaires de la part de leur comité national, leur fédération sportive et le CIO.

Il n’est pas encore permis d’établir que de tels gestes seraient admissibles dans l’avenir. Bach n’a d’ailleurs pas précisé ce qu’il souhaiterait voir émaner des prochaines discussions.

« Je ne voudrais pas les court-circuiter », a-t-il dit.

Aucun détail n’a été donné quant à la durée ou l’étendue du processus, autre qu’il serait présidé par la commission des athlètes.