Le Comité international olympique (CIO) a légèrement bougé sur sa position concernant les gestes de manifestation pendant les Jeux olympiques, mais cette décision n’a pas été accueillie très chaudement par les athlètes canadiens.

Donna Spencer et Lori Ewing
La Presse canadienne

La charte du CIO encourage la neutralité politique aux Jeux olympiques, mais permet aux athlètes d’exprimer leurs opinions lors des entrevues après les compétitions ou sur les réseaux sociaux.

Lever le poing ou poser le genou au sol, porter un brassard ou un symbole sur le terrain ou pendant la remise des médailles ne sont pas permis, selon la charte du CIO.

Alors que les manifestations contre les injustices raciales sont nombreuses à travers le monde, le CIO a été accusé par certains d’atteinte à leur liberté d’expression.

« Ce que le CIO dit quand il affirme qu’il ne veut pas de gestes démonstratifs, c’est qu’il ne veut “rien qui va affecter le statu quo, froisser nos commanditaires ou exprimer une manière de penser” », a dit le marcheur canadien Evan Dunfee.

« Je vais appuyer fermement tout athlète qui souhaite utiliser cette plateforme pour passer un message. »

La commission des athlètes du CIO va explorer des manières pour permettre aux Olympiens d’appuyer les « principes de la Charte olympique », a dit le président du CIO, Thomas Bach, mercredi, à Lausanne, en Suisse.

PHOTO GREG MARTIN, CIO VIA REUTERS

Thomas Bach

« Nous nous entendons aussi avec la commission des athlètes pour dire que nous devons respecter l’Esprit olympique. Cela signifie que nous devons faire une différence entre appuyer les valeurs de la Charte olympique et les manifestations qui pourraient diviser les gens. »

Le Comité olympique canadien appuie la volonté du CIO d’explorer des manières d’appliquer les règles de la charte, tout en permettant « aux athlètes canadiens de maximiser leur plateforme pour se faire entendre », a dit le COC dans une déclaration, mercredi.

« Durant cette période de manifestations et de réflexion, nous demeurons déterminés à écouter nos athlètes canadiens pour être unis devant le racisme. »

Cependant, certains Canadiens croient que le CIO ne devrait pas limiter les outils des athlètes pour s’exprimer pendant les Jeux olympiques.

« C’est la plus grande scène sportive et elle est très puissante, ou a le potentiel d’être très puissante, à moins que vous imposiez le silence », a dit l’ancien coureur olympique Kevin Sullivan.

Maintenant entraîneur à l’Université du Michigan, Sullivan a rappelé que les injustices et inégalités n’arrêtaient pas pendant les 16 jours des Jeux olympiques.

« J’entendais Thomas Bach ce matin dire qu’il allait laisser le conseil des athlètes les guider à ce sujet, a dit Sullivan. Ils tentent déjà de dévier la pression mise sur eux.

D’autres organisations ont changé leur fusil d’épaule, comme la NFL concernant le genou au sol et USA Soccer sur le droit de manifester.

Je crois que les organisations sportives importantes doivent encourager la liberté de parole, dire aux athlètes de s’exprimer. Et pour le CIO, de ne pas emboîter le pas, c’est vraiment inadéquat. »

Les Jeux olympiques ont souvent été le théâtre de gestes politiques importants.

Le Canada a accompagné les États-Unis dans son boycottage des Jeux d’été de 1980 à Moscou en raison de l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique. Et l’Union soviétique a répliqué avec un boycottage du bloc de l’Est aux Jeux de Los Angeles, quatre ans plus tard.

L’Afrique du Sud a été bannie des Jeux olympiques de 1964 à 1988 en raison de l’apartheid.

L’une des images les plus célèbres des Olympiques est celle des sprinters américains Tommie Smith et John Carlos avec le poing levé sur le podium aux Jeux de Mexico en 1968.

Dunfee a noté que le fait de porter une feuille d’érable aux Jeux d’été était une forme de commentaire.

« Quand je mets mon maillot du Canada le matin de ma course aux Olympiques, je sais que je suis un ambassadeur pour mon pays. Je suis fier d’être Canadien. J’en suis suffisamment fier pour savoir que nous ne sommes pas parfaits. J’en suis suffisamment fier pour vouloir critiquer les choses que je voudrais voir être changées », a-t-il conclu.