(Düsseldorf) La scène sportive mondiale étant à l’arrêt, l’Agence mondiale antidopage (AMA) s’est tournée vers l’intelligence artificielle pour détecter les athlètes qui trichent.

James Ellingworth
Associated Press

L’AMA finance actuellement quatre projets de recherche au Canada et en Allemagne afin de voir si l’intelligence artificielle (IA) peut déceler des signes d’utilisation de drogues qui pourraient échapper à des enquêteurs humains. Les recherches tentent aussi de cerner toutes les interrogations éthiques en lien avec cette technologie.

Les athlètes ne seront pas suspendus uniquement sur le témoignage de l’IA. Cette technologie sera plutôt utilisée pour s’assurer que ces athlètes suspects soient testés.

« Quand vous travaillez pour un organisme antidopage et que vous voulez cibler des athlètes, vous étudiez leur calendrier de compétition, leurs déplacements et leurs résultats précédents, a déclaré le directeur exécutif principal de l’AMA, Olivier Rabin. Mais le cerveau humain a une limite à ce qu’il peut analyser. »

La pandémie a forcé la suspension des procédures antidopage dans plusieurs pays, ce qui a placé le travail de l’IA à l’avant-plan, puisque la plupart des recherches peuvent s’effectuer à distance.

Analyser des échantillons de sang ou d’urine constitue davantage que de simplement trouver des produits dopants. Les tests permettent de suivre de nombreux marqueurs biologiques, comme le niveau de cellules rouges ou de testostérone.

Ce type d’information est déjà utilisé par les agences antidopage grâce au passeport biologique, qui détecte les effets de l’utilisation de produits comme l’EPO par exemple.

L’AMA espère que l’intelligence artificielle aidera à améliorer ce programme en suivant des marqueurs biologiques qui pourront être recoupés avec d’autres informations. L’un des projets de l’AMA vise à rendre la détection de l’EPO plus précise, tandis qu’un autre espère faire de même avec les stéroïdes.

Le Dr Rabin a également parlé d’un projet plus « global » à Montréal, qui pourrait prédire le risque de dopage en évaluant les données provenant d’un plus grand nombre de sources, possiblement des données de localisation que les athlètes doivent fournir. Les données personnelles des athlètes et le nom des villes où ils résident seront dépersonnalisés pour préserver leur vie privée.

« Les discussions autour de ces projets sont très complexes. […] Il faut trouver un équilibre entre la protection de données, la protection des individus tout en pouvant révéler le potentiel de l’IA, si potentiel il y a », a noté M. Rabin.

Les résultats des athlètes en compétitions ne font pas encore partie de l’équation.

« Peut-être dans l’avenir, mais pas pour l’instant », a admis Rabin.

L’intelligence artificielle peut être une science très onéreuse et ses spécialistes sont en grande demande. Les trois projets au Canada coûtent à l’AMA quelque 425 000 $ US sur deux ans. Le fonds de recherches du gouvernement du Québec y consacrera la même somme. Le projet touchant la détection d’EPO en Allemagne coûtera 60 000 $ à l’AMA.