Son chef du Sport en est convaincu, le Comité olympique canadien saura tirer avantage du report des Jeux de Tokyo. Entrevue avec Eric Myles.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Eric Myles a ressenti une décharge d’adrénaline dès la première réunion qui a suivi l’annonce du report des Jeux olympiques de Tokyo à l’an prochain.

« On s’est dit : comment on vire ça de bord pour en faire une situation gagnante ? », raconte le chef du Sport au Comité olympique canadien (COC). « Comment tourne-t-on ça à notre avantage ? Au lieu d’être assommés ou abasourdis parce qu’il n’y aurait pas de Jeux olympiques l’été prochain, on s’est dit qu’on aurait 12 mois de plus pour planifier les choses. »

En temps normal, une quarantaine de conteneurs du COC auraient quitté le port de Vancouver ces jours-ci pour arriver à temps pour le début des Jeux.

Le matériel était entre autres destiné à équiper un salon au Village des athlètes et la Maison olympique du Canada. Le lot comprenait près de 5000 kilogrammes de collations fournies par les commanditaires du COC, soit Coca-Cola, General Mills et Mondelēz Canada. Les 32 palettes de nourriture, d’une valeur totale de près de 60 000 $, ont été remises vendredi à la banque alimentaire Moisson Montréal.

« Je suis avec le COC depuis 2014 et le soutien des partenaires est vraiment incroyable, souligne Myles. Oui, on a des partenaires qui souffrent énormément en ce moment. On est très sensibles et à l’écoute par rapport à ça. Malgré tout, les conversations qu’on a avec eux, c’est comment on trouve des solutions, comment on travaille ensemble. On regarde tous vers l’avant plutôt que de penser à mettre fin à des relations. »

Pas d’impact financier

Pour l’heure, le COC n’a pas subi d’impact financier du report des Jeux. La centaine d’employés, dont une cinquantaine à Montréal, a pu conserver son emploi. « On n’organise pas d’évènements, on ne subit pas, par exemple, l’impact de la perte d’un tournoi », note-t-il.

Ce n’est pas le cas de plusieurs grandes fédérations sportives canadiennes, comme Tennis Canada, qui a dû réduire de 70 % son personnel dans la foulée de l’annulation de la Coupe Rogers de Montréal. D’autres doivent composer avec une chute draconienne des frais d’affiliation. Certaines craignent pour leur survie à long terme, selon un article récent de CBC Sports.

Dans les circonstances, le COC a rapidement assuré son financement habituel aux fédérations, d’hiver comme d’été. « On a les reins assez solides pour être capables de confirmer notre soutien en haute performance jusqu’aux Jeux [d’hiver] de Pékin [en 2022]. Ça va au-delà des Jeux, c’est vraiment le soutien à la préparation. C’est l’aspect sur lequel on travaille avec À nous le podium, entre autres. »

Sur un cycle de quatre ans, le Comité olympique canadien investit 60 % de son budget de 200 millions dans le système sportif.

La reprogrammation des Jeux de Tokyo du 23 juillet au 8 août 2021 oblige le COC à se réorganiser. Les Jeux d’hiver de Pékin auront lieu sept mois plus tard. Pour pallier ce chevauchement inédit depuis que les Jeux sont présentés en alternance tous les deux ans (1992), deux équipes distinctes ont été créées grâce à la réaffectation de certains employés.

« Quand on sera dans le rush de Tokyo, l’an prochain, on ne pourra pas juste mettre Pékin de côté à une date aussi rapprochée. C’est un engagement qu’on a pris envers les fédérations : on ne recule pas sur la qualité de l’environnement de haute performance [qui sera offert]. »

De la maison, les employés du COC profitent de cette pause relative de la préparation pour Tokyo pour peaufiner le plan pour Pékin, un travail qui était d’abord prévu pour l’automne. Myles a même accéléré les contacts avec les Jeux d’été de Paris en 2024, où le comité d’organisation s’est aussi ajusté aux bouleversements de la pandémie de COVID-19.

Cinq ans de travail

Selon le chef du sport, une seule présentation des Jeux nécessite cinq ans de travail. « L’astronaute Chris Hadfield, qui a donné une conférence à nos athlètes il y a quelques semaines, disait comment une préparation olympique était comparable à une mission [dans l’espace]. »

Les gens ne le réalisent pas, mais c’est une logistique incroyable. Les cinq années ne sont pas de trop, je peux le dire.

Eric Myles, chef du Sport au Comité olympique canadien

Au-delà des préparatifs pour Tokyo, le COC collabore avec les gouvernements fédéral et provinciaux et les fédérations pour le retour des athlètes à l’entraînement.

« C’est clair pour nous et aussi dans la littérature : le sport aura un rôle critique et essentiel dans la relance. On n’a qu’à prendre les pays qui sortent de la guerre. La première chose qu’on verra quand la vie reprendra forme, ce sont des enfants qui jouent avec un ballon ou des matchs de sport. »

Se décrivant comme un « éternel optimiste », Myles est persuadé que son organisation, même si elle est « en mode survie en ce moment », saura se distinguer à travers la tempête.

« On est reconnus comme l’un des bons, sinon l’un des meilleurs comités olympiques au monde. La préparation et la planification des Jeux font partie de nos très grandes forces. Ça nous servira assurément pour la suite des choses. Je ne suis pas en train de mener une équipe en détresse, loin de là. Tout le réseau canadien est résilient. Je suis convaincu qu’on va sortir de là aussi forts, sinon plus forts. »