(Longueuil) Le Canadien Vincent De Haître a toujours voulu prouver une seule chose : il n’est pas qu’un patineur de vitesse longue piste. Il est un athlète complet.

Alexandre Geoffrion-McInnis
La Presse canadienne

Après avoir passé des semaines à y réfléchir, De Haître a finalement pris sa décision. Il tentera de relever le défi fou de se qualifier pour les Jeux olympiques d’été de Tokyo en 2021 et ceux d’hiver de Pékin en 2022.

« Les dernières semaines ont été très stressantes, surtout parce que j’ai dû planifier à l’avance tout ce que j’allais devoir faire au cours des 18 prochains mois », a déclaré De Haître, lors d’un entretien téléphonique avec La Presse canadienne alors qu’il est en confinement chez lui à Calgary.

Le Franco-Ontarien tentera de se qualifier pour l’épreuve de poursuite par équipes en cyclisme sur piste aux Jeux de Tokyo, qui s’étaleront du 23 juillet au 8 août 2021, et en patinage de vitesse longue piste pour les Jeux de Pékin, qui doivent être présentés du 4 au 20 février 2022.

« L’univers a mis des obstacles sur ma route, et c’était à moi, en tant qu’athlète, de déterminer si je tente de surpasser ces obstacles, ou si je fais un détour et je change mon plan. À ce stade-ci de ma carrière, et compte tenu de mon état de santé, j’ai décidé de me fixer ces deux objectifs et de prendre du repos après tout ça. C’est ça mon plan », a-t-il dit sans détour, à peine deux ans après avoir entamé son aventure en cyclisme sur piste.

De Haître caressait ce rêve depuis longtemps déjà, mais la pandémie du nouveau coronavirus l’a remis en question puisqu’il n’y aura désormais que sept mois qui sépareront les deux plus grands évènements sportifs planétaires, et non 18 mois, comme initialement prévu.

« Mon objectif a toujours été de participer aux Jeux olympiques d’été et à ceux d’hiver. J’ai décidé de me fixer l’objectif de participer aux Jeux d’été en vélo sur piste. C’est un objectif tout de même assez difficile, surtout que l’équipe canadienne de poursuite n’a pas gagné de médaille depuis les Jeux olympiques de Londres en 1908, je crois », a-t-il évoqué.

« C’est déjà difficile de participer à des Jeux d’été et d’hiver dans un intervalle de deux ans, bien que ç’a déjà été fait, mais là je m’embarque dans un projet qui est encore plus difficile (à cause de la pandémie) », a ajouté De Haître.

Projet ambitieux

D’ailleurs, avant de prendre cette décision, De Haître s’est informé auprès d’athlètes canadiens qui ont tenté de relever un défi similaire ces dernières années. Il a notamment discuté avec ses compatriotes Clara Hughes et Georgia Simmerling, et un constat est rapidement apparu.

« La dernière fois que j’ai parlé à Clara Hughes, ça doit faire cinq ans. Je lui avait alors dit que je voulais être cycliste et patineur longue piste, et ce que j’ai retenu de son discours c’est :’Ne fais jamais les deux (sports) en même temps’. Et j’ai décidé de faire exactement le contraire. […] Georgia m’a dit la même chose », s’est-il exclamé, en riant.

De Haître, qui est âgé de 25 ans, a terminé 19e au 1000 m et 21e au 1500 m lors des Jeux d’hiver de Pyeongchang en 2018. Il s’est aussi classé 20e et 33e dans ces mêmes épreuves aux Jeux de Sotchi en 2014.

« Il y a quelques années, je ne sais pas si j’aurais été capable de prendre tout ça d’un coup, a-t-il mentionné. Mais de la manière dont mes derniers Jeux ont été, je me suis dit qu’il fallait que j’essaie quelque chose de différent. D’abord parce que je crois que je suis capable, puis parce que je veux prouver que je suis un athlète avant tout, un athlète complet. »

Afin de concrétiser son projet, le principal intéressé a précisé qu’il fera régulièrement l’aller-retour entre le Centre d’entraînement national de cyclisme sur piste de Milton, en Ontario, et celui de patinage de vitesse longue piste de Calgary.

« J’ai décidé que je vais m’entraîner avec l’équipe de patin pour les cinq ou six prochains mois, dans l’espoir de me qualifier pour les Coupes du monde de longue piste. Si c’est le cas, je continue jusqu’aux Mondiaux de Pékin (en février 2021), puis j’arrête ma saison après ça, même si elle se poursuivra jusqu’à la fin du mois de mars, a-t-il évoqué. Et je retourne au vélo à temps plein pour les six mois suivants. »

Et si tout se déroule bien, il compte répéter l’expérience en vue des Jeux olympiques d’été de Paris en 2024 et ceux d’hiver de Milan-Cortina d’Ampezzo en 2026, à l’issue desquels il souhaite annoncer sa retraite, à l’âge de 31 ans.

« Si ma transition de retour au patin de vitesse se fait rapidement, et que je crois être en mesure d’aspirer au podium comme c’était le cas avant, alors c’est sûr que je continuerai de faire le switch, pour participer au maximum de Jeux, afin de faire valoir mon point que je suis un athlète complet, talentueux. C’est ma façon de faire valoir mon point », a-t-il conclu.