(Montréal) Le report des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, officialisé mardi, entraîne son lot de questions, notamment en ce qui a trait au financement des fédérations et des athlètes canadiens.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

Le Comité international olympique (CIO) a confirmé mardi que les Jeux de Tokyo sont reportés « au plus tard jusqu’à l’été 2021 », exauçant ainsi le souhait de plusieurs comités nationaux, dont le Comité olympique canadien (COC) et le Comité paralympique canadien (CPC). Ces derniers avaient déclaré dimanche qu’ils n’enverraient pas de délégation au Japon si les Jeux avaient lieu à compter du 24 juillet prochain, comme prévu.

Plusieurs athlètes se demandaient quel impact aurait un tel report sur leurs finances. Ils ont obtenu quelques réponses mardi.

D’abord les fédérations. Celles-ci reçoivent d’importantes subventions de l’organisme À Nous le podium (ANP), en fonction de leurs espoirs de médailles pour les Jeux à venir et leurs performances lors des derniers Jeux et Championnats du monde.

Ces sommes sont importantes : ANP a distribué un peu plus de 40,5 millions aux fédérations de sports d’été qui seront représentées aux Jeux de Tokyo. De cette somme 33,75 millions sont consacrés aux sports olympiques ; 6,8 millions aux sports paralympiques.

Mardi, il a été déterminé que ce financement allait garder le cap jusqu’en mars 2021.

« Je viens tout juste de terminer une téléconférence avec nos partenaires financiers – le COC, le CPC et Sports Canada – et ils ont tous confirmé que le financement, tel qu’il est établi actuellement, allait continuer jusqu’au 31 mars 2021, date à laquelle se terminera la prochaine année fiscale », a indiqué Anne Mercklinger, directrice générale d’ANP, dans un entretien téléphonique avec La Presse canadienne.

« Les derniers jours ont été difficiles à vivre et nous saluons les décisions courageuses prises par le COC et le CPC concernant les Jeux de Tokyo, a-t-elle poursuivi. Le fait que nos partenaires aient convenu en moins de 24 heures de maintenir le financement jusqu’en mars 2021 démontre un niveau d’implication que, personnellement, je n’avais encore jamais vécu à ANP. Jamais les quatre partenaires avons travaillé de si près. […] Les athlètes ont dû pousser un énorme soupir en apprenant cela : ils savent que leur préparation olympique, du moins financière, ne sera pas affectée. »

La suite des choses, soit à compter du 1er avril 2021, demandera un certain ajustement.

« Il s’agira d’une situation plutôt exceptionnelle, puisque nous aurons alors deux Jeux en l’espace de six mois, a noté Mercklinger. Ce sera un défi à relever, comme le seront les prochains 12 à 18 mois pour tous les Canadiens, en fait. Le sport ne fait pas exception. » Les discussions pour l’année fiscale 2021 s’amorceront à l’automne.

Des pertes pour les athlètes

Quant aux athlètes, leur situation individuelle pourrait être plus précaire.

Au Canada, les athlètes brevetés reçoivent une compensation annuelle, un « salaire », pour s’entraîner et participer aux diverses compétitions dans le monde. Ces sommes seront toujours versées aux athlètes de sports d’été qui viennent de voir leur cycle olympique s’allonger d’une année supplémentaire.

Ces sommes ne sont toutefois pas suffisantes pour en vivre. Plusieurs occupent un emploi à temps partiel afin de leur permettre de joindre les deux bouts. D’autres se fient sur les bourses amassées en compétition. Pour eux, les prochains mois seront particulièrement pénibles.

C’est avec les compétitions que je fais vivre ma famille. Sans compétition, je suis pour ainsi dire sans emploi.

Le volleyeur de plage Samuel Pedlow

PHOTO RYAN REMIORZ, PRESSE CANADIENNE

Samuel Pedlow (à droite), lors d'un match aux Jeux du Commonwealth de 2018 en Australie. à gauche, son coéquipier Sam Schachter.

« Nous savons pertinemment qu’il y a des athlètes avec des emplois à temps partiel qui ont perdu des revenus, a déclaré Thomas Hall, gestionnaire national de Plan de Match, un organisme de soutien aux athlètes disponible d’un bout à l’autre du pays. L’une des premières choses que nous avons entendues il y a plus d’une semaine, avant même l’annonce de dimanche (du COC), étaient les inquiétudes des athlètes par rapport à leurs sources de revenus. »

Plan de Match a donc mis sur pied un webinaire qui aura lieu mercredi afin d’aider les athlètes qui en auraient besoin à profiter pleinement des initiatives d’appuis financiers mises sur pied par le gouvernement fédéral pour contrer les effets collatéraux de la pandémie à la COVID-19.

Certains athlètes peuvent aussi compter sur l’organisme privé B2dix, qui encadre plusieurs athlètes canadiens de haut niveau. Ceux-là toucheront leur commandite jusqu’aux Jeux de 2021.

Nous avons rejoint tous nos philanthropes et nous avons rapidement convaincu tout le monde qu’il fallait poursuivre notre aide à ces athlètes. Nos athlètes n’ont pas à s’inquiéter : on s’occupe d’eux.

Dominick Gauthier, fondateur de l’organisme B2dix.

Fondé en 2006, B2dix a jusqu’ici fait don de 35 millions aux athlètes. D’abord créé pour les sports d’hiver en vue des Jeux de Vancouver en 2010, B2dix soutient maintenant des athlètes olympiques et paralympiques autant de sports d’hiver que d’été.

En vue des Jeux de Tokyo, ce sont environ 8 millions que B2dix a versés à ses athlètes.

Donna Spencer, du bureau de Calgary, a participé à cet article.